11/02/2013
Note de lecture. 11 février 2013
Nature du document: Notes de lecture

La fin du village. Une histoire française

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On devrait faire attention aux phrases citées en exergue. Elles expriment souvent mieux l’intention d’un auteur que ce qu’il en dit lui-même. Dans l’ouvrage de Jean-Pierre Le Goff, "La fin du village, une histoire française", paru aux éditions Gallimard, Charles Péguy donne le ton : Nous avons connu un peuple que l’on ne reverra jamais. Comme en écho la conclusion sonne comme une pagnolade : Ecoute-nous bien, regarde-nous bien, Jean-Pierre... Ce que tu vois là, tu ne le reverras plus... Nous sommes une espèce en voie de disparition, seulement nous, on ne nous préserve pas !.... Entre ces deux citations, le village. Cadenet, dans le Luberon, que le sociologue fréquente depuis plus de trente ans et pour lequel il nourrit une affection particulière. Le village de la force tranquille avec son clocher comme celui qui ornait les affiches de campagne de François Mitterrand ou bien le village qui accueille les nouveaux arrivants en mal de campagne la tête pleine du village idéalisé de nos aïeux ? Un ouvrage qui a retenu l’attention de la Mission Agrobiosciences.

Tout fout le camp à Cadenet : les traditions provençales, le petit commerce, les amours d’autrefois, même la pétanque n’est plus ce qu’elle était. Aujourd’hui, le village découvre l’assistanat, l’immigration, en passant par la crise des familles, les « nouveaux parents », la solitude, etc. Jean-Pierre Le Goff montre bien la différence entre la pauvreté d’hier - « nous gagnions notre vie et nous vivions au village dans une famille structurée avec un père qui savait y faire » - et celle d’aujourd’hui, entre déstructuration familiale et assistanat désocialisant.

Aujourd’hui, finis les commérages à la Pagnol au Café du commerce. Jean-Pierre Le Goff nous dit la déshumanisation contemporaine. Le village cultive un modernisme pratique qui le défigure, exemple la profusion de mobile-homes qui enlaidissent le paysage de ce petit village de la Durance. Le bourg se réfugie dans un folklorisme de pacotille, sur fond de « fêtes traditionnelles » restaurées, de fausses « initiatives culturelles » destinées aux gogos et visant à faire croire à la résurgence des « belles traditions » provençales que l’on avait oubliées. C’est l’heure où les pseudos provençales se prennent pour Mireille.

Du paysan, de l’artisan vannier, il ne reste plus rien ou presque. On est passé au retraité, la femme du cadre et l’entrepreneur. Le curé ne dit plus les trois messes basses, il est polonais. Ainsi la modernisation est devenue problématique mais elle semble inexorable. La ­Provence, au dire d’un des habitants est devenue « le bronze-cul de l’Europe », elle attire « bobos » cultureux ou adeptes de la médecine douce qui sont totalement en dehors de la vie locale, tout en pensant le contraire. Reste, au fil des pages, le bon sens des Anciens comme ceux qui affublent du surnom de « garage » la maison ultramoderne d’un architecte de renom. On se met à penser qu’il s’en faudrait de peu pour que subsiste encore cette vieille sagesse provençale.

Note de lecture de la Mission Agrobiosciences, février 2013.

La fin du village. Une histoire française, Jean-Pierre Le Goff, Ed. Gallimard, 577 pages. 26€.

Lire sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement)  :

Jean-Pierre Le Goff ; Editions Gallimard
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