22/06/2026
Revue presse du 22 juin 2026
Nature du document: Revue de presse

Au chevet de l’arbre (qui ne cache plus la forêt)

On vous a déjà entretenu ici du Jacaranda, un arbre tropical planté dans les rues de Lisbonne ou de Johannesburg à la floraison flamboyante. Mais en ces temps de canicule, la présence d’arbres en ville est désormais considérée bien au-delà de leur valeur purement ornementale. Prenez une pause fraîcheur, avec cette revue de presse de Stéphane Thépot.

Dans Mediapart, Nathalie Machon livre un véritable plaidoyer pour végétaliser nos villes tous azimuts en plantant des arbres jusque sur les toits. « Lors de la canicule de 2003, c’est dans les rues où il n’y avait pas d’arbres qu’il y a eu le plus de morts  », souligne la chercheuse du Museum d’Histoire Naturelle de Paris. L’écologue recommande de ne pas se contenter du platane et d’alterner les essences, d’éviter les conifères « en cas d’incendies » ou l’eucalyptus « qui ajoute à la pollution » en dégageant des composés organiques volatils. « Un tiers des arbres plantés en ville sont vulnérables et vont avoir des difficultés à survivre, surtout s’ils manquent d’eau  », ajoute-t-elle. Christophe Cassou s’inquiète lui aussi dans Libération. « On voit dépérir beaucoup d’arbres plantés ces dernières années, encore fragiles faute de système racinaire assez profond  », constate le climatologue du CNRS au détour d’un grand entretien incitant à faire feu de tout bois contre l’inaction climatique, quitte à « faire de la politique ».

Avis de décès de « Major Oak » et de « Tsitakakantsa »

Loin de Paris et de nos villes accablées de chaleur, c’est la mort d’un chêne millénaire dans une forêt britannique légendaire qui focalise les projecteurs médiatiques. Aucune feuille n’a poussé cette année sur l’arbre qui aurait abrité le fameux Robin des Bois dans la forêt de Sherwood, rapporte Le Parisien. La Royal Society for the Protection of Birds (RSPB), qui avait multiplié les soins palliatifs ces dernières années, assure que ce titan doté d’un tronc de 11 m de circonférence ne sera pas abattu, « le bois mort constituant un habitat précieux pour de nombreuses espèces animales et végétales  ». L’arbre légendaire présentait des signes de faiblesse depuis la canicule de 2022, quand le mercure avait atteint 40°C au Royaume-Uni, souligne Reporterre. Le media écolo en ligne observe aussi que « ses cavités comblées au béton dans les années 1960 ont pu paradoxalement accélérer son affaiblissement en perturbant sa croissance naturelle  », mais ne reprend pas l’hypothèse d’une fragilisation du sous-sol par les anciennes exploitations minières du secteur, mentionnée dans Le Parisien. L’histoire légendaire de « Major Oak » est remise en question dans Le Figaro, mais c’est pour mieux distiller une dimension quasi mystique cultivée par la presse britannique. La journaliste Barbara Legrand termine plus prosaïquement son article en rapportant que le RSPB a veillé à planter des plants issus de l’arbre de la forêt de Sherwood « aux quatre coins du monde ».

Quatre des huit espèces de baobabs existantes à Madagascar pourraient s’éteindre d’ici à 2100

A l’autre bout du globe, c’est un baobab lui aussi millénaire qui est en train de mourir, raconte le New-York Times dans un reportage repris et traduit par Courrier International. Il n’est pas victime de la sécheresse mais, au contraire, d’un excès de pluies qui a favorisé une maladie fongique, explique Cyrille Cornu, un chercheur français qui s’est rendu au chevet de l’arbre. Les baobabs ont en effet des troncs spongieux aptes à stocker l’eau et sont classés parmi les « plantes succulentes », explique l’article. L’arbre est vénéré par les populations locales qui lui confèrent une fonction spirituelle et l’ont même baptisé Tsitakakantsa. Son petit nom en dialecte local pourrait être traduit ainsi : « si quelqu’un chante d’un côté du tronc, on ne peut pas l’entendre de l’autre côté  ». Cet arbre sacré ne serait en réalité qu’un «  gamin » de seulement 900 ans, d’après le spécialiste roumain Adrian Patrut cité par RFI. Le doyen des baobabs malgaches aurait atteint l’âge canonique de 1 600 ans, selon Guilhem Fabry, correspondant de RFI à Antananarivo. Situé sur la pointe Sud-Ouest de Madagascar, le plus vieux baobab de cette ancienne colonie française dans l’océan indien porte le nom de « Grand-mère ». Il était présenté dans National Geographic par la journaliste Sarah Gibbens, qui tirait la sonnette d’alarme dès 2023 : quatre des huit espèces de baobabs existantes à Madagascar pourraient s’éteindre d’ici à 2100.

De la reconnaissance des « arbres remarquables » aux sujets de droit

La longévité remarquable des baobabs autant que leurs dimensions, pachydermiques, peuvent toutefois conduire à des exagérations. Dans un article datant de 2021, le service de fact-checking de l’agence France-Presse a ainsi entrepris de « debunker » une série de fake news autour d’un arbre qui aurait atteint l’âge record de 6 000 ans en Tanzanie. Un écologue du CIRAD pense avoir reconnu un baobab malgache sous la photo de ce prétendu doyen du continent africain. Dans les faits, le plus vieux baobab connu serait mort en 2011 au Zimbabwe ; les scientifiques estiment qu’il a vécu 2 450 ans environ. Mais la palme de la longévité est attribuée à un pin Bristlecone baptisé "Mathusalem" dans l’Est de l’Etat de Californie, selon AFP Factuel.
La pratique de baptiser des arbres au même titre que les humains ou les animaux domestiques, voire leur prêter des pouvoirs magiques, pourra sembler incongrue à un esprit occidental pétri de rationalisme scientifique. Mais n’empruntons-nous pas la même voie teintée d’animisme en distinguant chaque année une poignée d’arbres dits « remarquables  » ?

Une résolution reconnaît officiellement les arbres comme des êtres vivants

Depuis 2011, le magazine Terre Sauvage organise un concours pour distinguer dans chaque région les spécimens les plus spectaculaires, en association notamment avec l’Office National des Forêts (ONF). De l’autre côté de l’Atlantique, nos « cousins » québécois ont choisi une autre voie pour nimber les arbres d’une aura de quasi sacralité laïque. Le conseil municipal de Terrasse-Vaudreuil, une petite ville de 2 000 habitants à l’Ouest de Montréal, vient de voter une résolution qui reconnaît officiellement les arbres comme des êtres vivants dotés de droits propres, rapporte La Presse. Une première au Canada. La «  Déclaration universelle des droits de l’arbre  » s’inscrit dans la même dynamique que celle qui a conduit des juridictions du monde entier, de la Nouvelle-Zélande à la Colombie, à accorder une personnalité juridique aux rivières et à d’autres espaces naturels, explique Yenny Vega Cárdenas, présidente de l’Observatoire international des droits de la nature.


SOURCES

Photo : une forêt aux Açores, ©MAA-INRAE

Par Stéphane Thépot, journaliste

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