27/05/2026
Revue de presse du 27 mai 2026
Nature du document: Revue de presse

Du retour de l’ours brun dans les Pyrénées à la chasse des ours (noirs) au Japon

Alors que la hache de guerre n’est toujours pas enterrée sur le versant français des Pyrénées entre partisans et opposants au retour des plantigrades, le Japon prévoit d’abattre 10.000 ours dans le nord de l’archipel.

La statue en bronze d’un ours, dressé sur ses pattes antérieures, orne depuis samedi 23 mai la place centrale du village d’Arbas (Haute-Garonne). Réalisée par un artiste récemment décédé, l’imposante sculpture a été offerte par un mécène anonyme, explique dans les colonnes d’Actu Toulouse le directeur de l’association Pays de l’Ours, qui a établi son siège dans cette petite commune de moins de 300 habitants au pied des Pyrénées. Mais elle n’est pas du goût de la chambre d’agriculture de l’Ariège, qui appelait à manifester contre cette « infamie », rapporte le site d’information en ligne. La Coordination Rurale a aussi mobilisé ses troupes, venues avec des sirènes pour tenter de couvrir les discours, rapporte France 3 Occitanie. La télévision régionale rappelle que les opposants avaient dégradé il y a vingt ans une précédente statue, en bois, érigée sur place.

Peu nombreux, les manifestants ont été tenus à l’écart par les gendarmes qui avaient barricadé la place, selon le récit de la présidente de Pays de l’Ours à Dis-Leur. « De nombreux éleveurs ont le sentiment de ne plus être entendus », déplorent le syndicat des Jeunes Agriculteurs d’Occitanie dans ce magazine régional en ligne. Trente ans après les premières réintroductions, la population d’ours « a connu une croissance numérique indéniable » dans les Pyrénées et dépasse la centaine d’individus, conclue le journaliste Olivier Schlama en s’appuyant sur les chiffres de l’Office Français de la Biodiversité.

Une réussite biologique et une nouvelle menace « silencieuse »

« Le succès ne s’évalue pas seulement par le nombre d’ours », tempère Pierre-Yves Quenette au micro d’Ici Occitanie. Chargé du suivi des réintroductions depuis le premier lâcher en mai 1996 sur la commune de Melles, le naturaliste assure que l’objectif « principal » est d’arriver « à restaurer une population en coexistence avec les activités humaines ». Baptisée Ziva, la première ourse importée de Slovénie n’aura eu qu’une seule portée de deux oursons, remarque La Semaine des Pyrénées. L’hebdomadaire des Hautes-Pyrénées publie l’arbre généalogique de cette femelle, soit onze plantigrades. « Elle n’est pas devenue la matrice dominante de la population pyrénéenne. Pourtant, son héritage demeure central », écrit le journaliste Patrick Sacristan. L’un des deux rejetons de Ziva s’est en effet accouplé avec Cannelle, « la dernière femelle de souche pyrénéenne », souligne le journaliste tarbais.

La mort de l’ourse Cannelle tuée par un chasseur lors d’une battue en 2004, a « cristallisé les oppositions », analyse La Dépêche du Midi. « Les réintroductions suivantes (2006 puis 2018) sont organisées dans un climat de forte hostilité, parfois sous protection policière ou par hélicoptère », rappelle Philippe Rioux. Le journaliste du quotidien toulousain explique que cette « réussite apparente masque aujourd’hui une autre inquiétude, moins visible et plus silencieuse : celle de la consanguinité ». Le directeur du Pays de l’Ours enfonce le clou. « Si on attend trop, la consanguinité sera hors de contrôle », prévient Alain Reynès, qui milite dans 20 Minutes pour une quatrième vague de réintroductions dans les Pyrénées. Dans le quotidien régional Sud Ouest, la géographe Sylvie Brunel met en garde contre « un scénario à la japonaise ».

Chasse à l’ours et "robots-loups" sur l’île d’Hokkaïdo

La chronique de Sylvie Brunel force le trait apocalyptique contre les « risques » du « réensauvagement ». Les ours se multiplient au Japon car ils sont « sacrés » et deviennent « de plus en plus agressifs », selon la géographe. Une société ferait même « un tabac » avec son robot en forme de loup chargé d’effaroucher les plantigrades avec force sirènes et feux clignotants, raconte Sylvie Brunel aux lecteurs du quotidien bordelais. Le correspondant de France Télévision confirme que 14.000 ours ont été abattus l’an dernier au Japon. Arnaud Boutet rapporte que 14 personnes sont mortes « sous les griffes de l’animal en 2025 ». Il y aurait aujourd’hui 40.000 ours au Japon, selon Radio France Internationale (RFI) qui distingue deux espèces : l’ours brun d’Oussouri « qui peut atteindre 2 mètres en se dressant sur ses pattes » et l’ours noir d’Asie « plus petit, mais plus dangereux ». « Une politique de coexistence avec la faune sauvage avait été mise en place avec succès dans le pays, mais le changement climatique et la raréfaction des ressources ont changé la donne », selon RFI.

Le correspondant du Monde rapporte que la maturation des glands et des noix sauvages dont les ours se nourrissent fut exceptionnellement mauvaise en 2025. Des restaurants spécialisés en viande d’ours sont aussi apparus dans le nord de l’archipel, signale Philippe Messmer. Il explique surtout que l’ours « incarne depuis des siècles une animalité effrayante » au Japon. Les plantigrades vivent principalement dans les régions de Honshu et d’Hokkaido, jadis habitées par les Aïnous, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. L’ours était la grande divinité du panthéon de ces aborigènes, « considérés par les Japonais comme inassimilables, repoussés vers le nord et folklorisés » retrace le journaliste. Le plan d’abattage massif correspond à une reprise en main par le ministère de l’environnement de la gestion des ours, qui revenait jusqu’à présent à chaque département. Le gouvernement va délimiter des zones clôturées afin de prévenir les incursions des ours dans les régions habitées.

Pour aller plus loin, le podcast BorderLine "Humains et animaux sauvages : éviter les lieux communs ?"
Entre présence humaine et faune sauvage, y a-t-il une bonne distance, ni trop proche, ni trop lointaine ? Avec Sergio Dalla Bernardina , Joëlle Zask , François Moutou , Béatrice Kremer-Cochet et Ruppert Vimal : https://www.agrobiosciences.org/animal-116/article/borderline-humains-et-animaux-sauvages-eviter-les-lieux-communs
Par Stéphane Thépot, journaliste

Mot-clé Nature du document
A la une
SESAME Sciences et société, alimentation, mondes agricole et environnement
BORDERLINE, LE PODCAST

Les limites en débat dans les champs des sciences et du vivant.

BorderLine est une série de podcasts gratuits coproduit par le Quai des Savoirs et la Mission Agrobiosciences-INRAE.

Dernier épisode : Sécheresse, comment fixer la ligne de partage des eaux ?

Voir le site
Top