Comme le dit Sage l’Ancien dans La Ferme des Animaux de George Orwell :
"Regardons les choses en face nous avons une vie de labeur, une vie de misère, une vie trop brève. Une fois au monde, il nous est tout juste donné de quoi survivre, et ceux d’entre nous qui ont la force voulue sont astreints au travail jusqu’à ce qu’ils rendent l’âme. Et dans l’instant que nous cessons d’être utiles, voici qu’on nous égorge avec une cruauté inqualifiable. Passée notre première année sur cette terre, il n’y a pas un seul animal qui entrevoie ce que signifient des mots comme loisir ou bonheur. Et quand le malheur l’accable, ou la servitude, pas un animal qui soit libre. Telle est la simple vérité. "
Et plus loin : "L’Homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’oeufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pouf attraper un lapin. Pourtant le voici le suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâche : entre eux, mais ne leur donne en retour que 1h maigre pitance qui les maintient en vie. Puis i ; garde pour lui le surplus. Qui laboure le sol : Nous ! Qui le féconde ? Notre fumier ! Et pourtant pas un parmi nous qui n’ait que sa peau pour tout bien. Vous, les vaches là devant moi, combien de centaines d’hectolitres de lait n’avez-vous pas produit l’année dernière ? Et qu’est-il advenu de ce lait qui vous aurait permis d’élever vos petits, de leur donner force et vigueur ? De chaque goutte l’ennemi s’est délecté et rassasié. Et vous les poules, combien d’oeufs n’avez-vous pas pondus cette année-ci ? Et combien de ces neufs avez-vous couvés ? Tous les autres ont été vendus au marché, pour enrichir Jones et ses gens ! "
Alexandrine Civard-Racinais a mené l’enquête, des élevages industriels aux zoos, des laboratoires d’expérimentations aux abattoirs et livre, sans fard ni pathos, la description de ce que subissent aujourd’hui les animaux. Sous la forme d’un petit dictionnaire aux accents ubuesques, on découvre, souvent avec effroi, ce que signifie "fouiller" une truie ou pourquoi les chimpanzés peuvent aussi souffrir de l’Alzheimer, cette maladie exclusivement humaine.
Loin d’être anecdotiques, les situations parfois ubuesques présentées ici sont le reflet des choix de notre société. Ce Dictionnaire horrifié se soucie donc, aussi, de nourrir une réflexion citoyenne. Ceux qui souhaitent se comporter en consommateurs informés sauront désormais à quoi s’en tenir. Ceux qui aiment à se cacher derrière leur petit doigt continueront à feindre d’ignorer que la cruauté à l’égard des animaux peut nous accoutumer à la cruauté envers les hommes.
Journaliste pendant quinze ans pour la presse magazine, Alexandrine Civard-Racinais a notamment publié De Vingt Mille Lieues sous les mers à SeaOrbiter (avec Jacques Rougerie, Democratic Books, 2010) et coordonné chez Fayard plusieurs volumes de la collection « Aux origines de… ».








