14/09/2009
La réaction à la revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 14 septembre 2009
Nature du document: Entretiens
Mots-clés: Crises , Elevage , Europe , Politiques , Travail

"30% d’éleveurs mobilisés, cela peut faire du barouf"

Il était venu en août dernier lors des Controverses de Marciac, pour exprimer le désarroi et la détermination des éleveurs laitiers étranglés par la baisse des prix.
Entretemps, l’association que cet éleveur aveyronnais a créée, a rencontré l’adhésion de 40 000 producteurs laitiers français et a lancé une grève du lait qui déborde largement nos frontières. Un entretien avec Pascal Massol, éleveur de bovins laitiers (Aveyron), président de l’APLI, pour faire le point sur cette mobilisation sans précédent dont la Mission Agrobiosciences se fait également l’écho dans sa revue de presse de ce jour : Pour 100 briques, t’as plus rien.

Mission Agrobiosciences : Où en est la grève du lait en Europe ?
Pascal Massol : Le mouvement continue de monter en puissance. Il mobilise 30% des éleveurs en France, avec des pointes à 50% dans le Sud-Est et le Grand Ouest. Dans le Béarn, ce sont 95% des producteurs qui sont en grève, et 100% dans le Pays Basque. Quant aux autres pays, via le syndicat européenn EMB qui, depuis trois ans regroupe toutes les organisations minoritaires, ils sont de plus en plus nombreux à se joindre au mouvement : la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, la Suisse, l’Italie... sans oublier les éleveurs espagnols, qui ont choisi, eux, de bloquer les livraisons de lait aux frontières.

Quelles sont les réactions des autres syndicats agricoles face à votre mouvement ?
P. M : La direction de la FNSEA reste campée sur ses positions, mais pas ses adhérents, puisqu’une partie d’entre eux fait partie des grévistes !
La Coordination Rurale étant membre de l’EMB, elle nous suit. Quant à la Confédération Paysanne, elle a choisi le blocage des laiteries et des camions. On ne partage pas trop ce type d’action, mais c’est son choix.

José Bové a déclaré qu’il allait commencer une grève de la faim. Qu’en pensez-vous ?
P. M : Il a dit qu’il commençait aujourd’hui, on verra bien. En tout cas, si le vice-président de la commission agricole du Parlement européen fait une grève de la faim, c’est bien un signe que la situation est grave.

Les effets de la grève du lait commencent-ils à se faire sentir dans les coopératives et les entreprises industrielles ?
P. M : Oui. Pas tellement pour le lait UHT, car les entreprises ont stocké massivement. En revanche, cela commence à être tendu pour les yaourts et autres préparations laitières.

Ne craignez-vous pas que les industriels contournent votre mouvement en important du lait d’Allemagne ou du Brésil ?
P. M : D’abord, c’est quasiment toute l’Europe qui est en grève. Ensuite, le faire venir de plus loin, ça prend du temps : Il faut qu’il arrive, qu’il soit redistribué, mis en rayon ...

Comment vous est venue l’idée de créer l’APLI ?
P.M : Je suis moi-même éleveur avec ma famille et en novembre 2008, j’ai provoqué une réunion locale pour alerter les syndicats officiels. Je leur ai dit que l’année 2009 allait être catastrophique pour des producteurs comme nous. Ils m’ont ri au nez. Du coup, je suis allé voir d’autres producteurs et un mois après, nous montions l’association. Aujourd’hui, nous regroupons 40 000 producteurs, soit à peu près un sur deux en France.

Quelle est la prochaine étape de votre mouvement ?
P. M : Nous sommes reçus mercredi prochain par la commission agricole du Parlement européen qui nous soutient face à la Commission européenne.
Et puis, vous savez, notre mouvement se veut pacifique, intelligent et démocratique, mais il ne faudrait pas nous pousser à bout. 30% d’éleveurs en colère, ça peut faire du barouf.

Propos recueillis par Valérie Péan, Mission Agrobiosciences, 14 septembre 2009

A propos de la grève du lait, on peut lire sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences :

Entretien avec Pascal Massol, président de l’Association des Producteurs Laitiers Indépendants (APLI)
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