18/03/2015
La revue de presse de la Mission Agrobiosciences. 18 mars 2015.

Le grand flou de l’agriculture « climato-intelligente » (article revue de presse)

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Sous ses allures high tech, le nom évoque l’univers des objets connectés et autres technologies smart, censés bouleverser notre vie. Bienvenue dans l’ère de l’agriculture « climato-intelligente », une agriculture plus « résiliente », capable de s’adapter au changement climatique tout en réduisant son empreinte écologique. A l’occasion de la 3ème Conférence scientifique mondiale qui lui est consacrée ces jours-ci à Montpellier, cette nouvelle approche sort de l’ombre. Non sans susciter d’emblée la polémique. Le hic ? Les stratégies de mises en œuvre ne font pas l’unanimité. Explications dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Le climat en ligne de mire
Il y a tout d’abord ce contexte que décrit Coralie Schaub dans les colonnes de Libération. « L’agriculture est à la fois responsable et victime du changement climatique ». Responsable au regard de son poids dans les émissions des gaz à effet de serre, estimé à un tiers. Victime car fortement impactée par le réchauffement. « Depuis les années 80, le changement climatique a déjà eu un impact négatif sur les rendements de blé de –2% par décennie à l’échelle mondiale » explique Jean-François Soussana (Inra) au quotidien. Alors que la France doit accueillir à la fin de l’année le sommet des Nations-Unies sur le changement climatique (COP 21), le sujet est on ne peut plus d’actualité.

Sécurité alimentaire, adaptation et atténuation
Mais d’abord, que désigne ce terme d’agriculture « climato-intelligente » ? Cette approche vise à « augmenter de façon durable la productivité agricole et les revenus des agriculteurs ; renforcer la résilience et la capacité d’adaptation des systèmes agricoles et alimentaires au changement climatique ; rechercher des possibilités d’atténuer les émissions de gaz à effet de serre et d’augmenter la séquestration du carbone. » Des objectifs certes louables mais qui ne disent rien des moyens utilisés pour ce faire. « L’application de cette approche est difficile, du fait notamment d’un manque d’outils et d’expérience » admet la FAO.

Des drones aux vieilles recettes agronomiques
Que recouvre-t-elle concrètement ? Bien des choses si l’on en croit Les Echos et le Midi-Libre. Ajustement des doses d’engrais délivrées aux cultures grâce au traitement numérique des données météorologiques et pédoclimatiques, sélection voire création de nouvelles variétés de plantes, projet « agrivoltaïque » associant panneaux photovoltaïques et production maraîchère, intégration de plantes de couvertures dans les cultures pour piéger le carbone [1] ou d’arbres pour accroître la résistance à la sécheresse [2], rotations culturales avec intégration de légumineuses qui fixent l’azote, déplacement des cultures, etc…
Autant de moyens envisagés, de stratégies déployées, de chantiers investis par la recherche pour atteindre les précieux objectifs d’adaptation et d’atténuation. On l’aura compris : l’éventail est très large.

Après le green-washing, le climato-washing ?
Cette diversité pourrait être atout. Pour les ONG, elle constitue surtout un danger. « Le périmètre des pratiques promues est tellement flou qu’il laisse le champ libre aux OGM ou à l’utilisation intensive de pesticides et d’engrais chimiques » explique Maureen Jorand du CCFD-Terre solidaire [3] dans les pages de Libération. Même son de cloche du côté de la Confédération paysanne et d’Attac qui voient dans ce concept une accélération « du processus d’industrialisation et de financiarisation de l’agriculture » (La France Agricole).
Dans le viseur des ONG, l’Alliance internationale pour l’agriculture « climato-intelligente » qui accompagne ce concept. Lancé en 2014 à l’occasion du Sommet sur le climat organisé en 2014 à New-York, cette Alliance, signée par plusieurs nations dont la France, intègre aussi bien des organismes de recherche comme le Cirad que de grands noms de l’agro-industrie, Monsanto, Cargill ou Mac Donald’s.
Pour les ONG, la stratégie de ces derniers est limpide : via l’Alliance, ils espèrent préserver le modèle actuel « celui-là même qui nuit le plus au climat ». Emmanuel Torquebiau (Cirad) l’admet lui aussi à Libé. « Le risque de récupération (…) par les multinationales agro-industrielles existe, pour en faire que de l’adaptation avec de la high-tech et pas d’atténuation ». Pour le Cirad, les enjeux se situent ailleurs : « nous considérons que l’atténuation et l’adaptation au changement climatique ne pourront se faire qu’avec des techniques (…) reposant sur l’agroécologie ».

Voici ainsi résumée la problématique à laquelle se trouve d’emblée confrontée l’agriculture « climato-intelligente » : pour les acteurs, elle convoque deux visions de l’agriculture qui se pensent comme contradictoires. Gageons qu’à l’approche de la COP21, l’ agriculture « climato-intelligente » fera à nouveau parler d’elle.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 18 mars 2015.

Sources :


Libération, Les Echos, Midi-Libre, La France Agricole, FAO, CSA 2015.

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