29/03/2013
La revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 29 mars 2013.
Nature du document: Revue de presse
Mots-clés: Crises , Obésité , Pauvreté , Santé

Obésité, le prix de la pauvreté (article revue de presse)

"Les prix alimentaires ont décliné depuis le pic de l’été mais restent proches de leur niveau record, poussant les plus pauvres vers la malbouffe et l’obésité". Tel est le message, repris en boucle par la presse, du rapport publié ce jeudi 28 mars par la Banque mondiale. Dans un contexte de volatilité des prix, ici comme ailleurs, les populations les plus fragiles n’ont parfois pas d’autre choix que de se tourner vers les aliments les moins chers qui sont aussi les plus caloriques. Une situation d’autant plus préoccupante que la pauvreté progresse, notamment en Europe, du fait de la crise économique.
Retour sur cette infernale spirale dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

L’obésité gagne les pays pauvres
Dans sa dernière édition du Food Price Watch, publié le 28 mars 2013, la Banque mondiale prévient : « la persistance de prix alimentaires volatils et élevés n’a pas seulement des conséquences sur la famine et la sous-nutrition ». Elle favorise aussi l’obésité. Face aux prix élevés, les plus démunis vont se tourner vers les aliments qui nourrissent à bas coût. Typiquement, selon l’organisme, les produits de « junk food », excessivement bon marché dans les pays pauvres. Conséquence : si, hier, l’obésité et le surpoids étaient l’apanage des pays riches au premier desquels les Etats-Unis ou l’Allemagne, il n’en va plus de même aujourd’hui. « L’épidémie » progresse en Russie, en Chine ou au Mexique.
Selon l’institution, la situation ne va guère s’améliorer. D’un côté, les prix alimentaires restent très élevés, proches des niveaux historiques. De l’autre, les conditions climatiques très sèches des derniers mois laissent craindre des récoltes moindres, et avec elles de nouvelles envolées sur les marchés. A plus long terme, la Banque Mondiale estime que le nombre d’adultes en surpoids dans le monde pourrait atteindre « 2,16 milliards en 2030 dont 1,12 milliards d’obèses dans le monde et dans des régions comme l’Inde ou la Chine ». En 2008, ce chiffre était de 1,46 milliards.

Précarité, obésité, malbouffe : le trio infernal ?
Même son de cloche en Europe. Ici, la crise économique est venu exacerber un contexte déjà tendu : 17% de la population européenne est obèse, le pourcentage oscillant entre 8% en Roumanie et 25% en Hongrie ou au Royaume-Uni.
« La baisse des revenus pousse de plus en plus de familles européennes à se tourner vers des produits déjà cuisinés moins onéreux » et à plébisciter les aliments les plus caloriques, affirme Anaïs Lefébure dans un article de Jolpress. Selon la journaliste, « 13% des italiens disent acheter de la nourriture moins chère et de qualité inférieure, en réponse à la crise ». Au Portugal, le président de l’association pour les personnes obèses explique : « plus de 80% des personnes souffrant d’obésité […] sont au chômage, et dans de nombreux cas, ils ne peuvent que se permettre d’acheter des produits de type fast-food ».
Qu’en est-il en France ? En l’absence d’éléments, on consultera les résultats du baromètre Opinion Way. Repris par le Point du 21 mars, cette enquête donnent quelques indications. Elle révèle entre autres choses de très fortes disparités dans le budget alimentaire des ménages. Ainsi, les foyers dont les revenus dépassent 3500€ consacrent en moyenne 539€ à l’alimentation [1] tandis que les plus modestes (revenus inférieurs à 1000€) déboursent environ 220€. Pour 61% d’entre eux, ce budget reste trop élevé.

Les politiques de prévention, victimes de la crise
Il n’y a pas que les ménages qui souffrent de la crise. Les politiques de prévention et de lutte contre l’obésité en pâtissent aussi. C’est ce que révèle le « Panorama de la santé : Europe 2012 » publié en novembre dernier par l’OCDE [2] et la Commission européenne. Premier constat posé par ce rapport : alors que, depuis 1975, les dépenses de santé ont fortement progressé dans l’UE augmentant parfois « deux à trois fois plus vite que les revenus dans de nombreux pays », elles accusent un recul en 2010.
Deuxième élément mis en exergue par cette étude : pour maintenir un niveau de financement des soins aigus, les pouvoirs publics rognent sur les programme de santé publique et de prévention.« En 2010, seuls 3% en moyenne des budgets de santé dans les pays de l’UE » ont été affectés à des programmes de prévention. Un non-sens économique aux yeux de l’OCDE qui avance l’idée qu’il serait « plus rentable de dépenser maintenant pour prévenir les maladies que de les traiter plus tard ».
Les politiques de vaccination comme les programmes de prévention contre le tabagisme, l’alcoolisme, ou l’obésité figurent donc parmi les parents pauvres des dépenses de santé. « Si certains indicateurs sont plutôt bons, avec une baisse du tabagisme et de la consommation d’alcool sur les dernières décennies, l’obésité ne suit pas une bonne pente » rappelle le Journal de l’environnement.

En conclusion de son communiqué de presse, la Banque Mondiale opère un ultime constat, que la presse n’a pas jugé bon de relever : « en dépit de la gravité du problème, il n’est pas évident que la lutte contre l’obésité figure en tête des priorités politiques ». Les faits lui donnent malheureusement raison.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 29 mars 2013.

Sources :

Banque mondiale, la France Agricole, Le Monde, Jolpress, OCDE, Le Journal de l’Environnement, Le Point.

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