29/06/2010
Focus sur la Méditerranée. Juin 2010.
Nature du document: Chroniques

Méditerranée : Mille et un mots pour une Mer

Alors que les 16èmes Controverses de Marciac se proposent d’aborder avec un regard lucide les problématiques spécifiques à l’espace méditerranéen, la Mission Agrobiosciences vous propose de revenir chaque semaine et ce, jusqu’au début de l’évènement, le 30 juillet, sur les concepts qui jalonnent cette thématique, de port en port, pour une odyssée des mots et des notions clés.

Première chronique oblige, pourquoi ne pas partir tout simplement du mot « méditerranée » ? Familier pour chacun de nous, il est pourtant loin d’être anodin.

Littéralement, « méditerranée » signifie « qui est situé au milieu des terres » du latin mediterraneus, formé sur le modèle grec de μέσος « situé au milieu » et γήιος « terrestre ». Dès lors, on peut parler de « méditerranée » pour toute mer intérieure ou continentale. Compris dans ce sens, il y a donc de nombreuses méditerranées dans le monde…

Mais bien évidemment, la « Méditerranée » est aussi et avant tout un nom propre désignant cette étendue d’eau située entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie et qui constitua très longtemps le centre du monde connu pour l’Occident…

C’est Rome qui, en parvenant à coloniser tous les rivages unifie cet ensemble formé de trois continents et c’est à cette époque que l’adjectif « mediterraneus » apparait pour désigner un espace situé au milieu des terres. Les Romains, se sentant de fait parfaitement chez eux, la surnomment mare nostrum, littéralement « notre mer ». Une expression qui nous est restée, venant recouvrir toutes les autres vagues de l’histoire, avec ses flux et ses reflux, et qui, à chaque fois, nommaient à leur manière cette mer mouvante comme pour mieux maîtriser ses contours et ses colères.

Espace très convoité, la Méditerranée a été pensée et nommée par toutes les cultures qui l’ont entourée et l’entourent encore. Et si les Romains se la sont appropriés, ce ne sont pas les seuls : déjà les Grecs, avec Thucycide, la baptisait mer Hellénique.
Autant d’appropriations différentes que reflètent les nuances du genre grammatical au gré des langues : ainsi si les latins comme les slaves lui attribuent le neutre, la Méditerranée est féminine en français, mais devient masculin en arabe ou en hébreux, tandis que les Grecs, eux, utilisent tous les genres pour la qualifier.

Et puis, selon le lieu où l’on se place, c’est tout l’horizon maritime qui s’en trouve bousculé. Méridionale pour les géographes européens de la Renaissance, la Méditerranée devient mer Supérieure du côté des pyramides, c’est-à-dire au Nord. Et se voit déplacée Mer de l’ouest pour les Philistins.
De même, cette « grande bleue » à nos yeux se teinte de bien d’autres nuances sous d’autres cieux. « La très verte » (ouajdour) pour les Egyptiens de l’Antiquité, elle est glauque par temps de tempête selon Homère. Mais le plus souvent, elle scintille de blancheur comme dans l’Ancien Testament (la « Mer Hinder »), ou pour les Turcs contemporains où elle est Akdeniz (Mer blanche). En arabe enfin, on parle d’ Al-Bahr Al-Abyad Al Muttawasit (البحر الأبيض المتوسط), c’est-à-dire mer blanche du milieu, une dénomination comme un trait d’union... De fait, la plupart des langues parlées autour de la Méditerranée utilisent encore aujourd’hui un nom propre à leur culture, confirmant ce propos de Paul Valéry : « la Méditerranée est une machine à faire de la civilisation ».

« Méditerranée : Mille et un mots pour une Mer », chronique de la Mission Agrobiosciences et Cécile Souteyrand, étudiante à l’IEP de Toulouse. Juin 2010.

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Par la Mission Agrobiosciences et Cécile Souteyrand, étudiante à l’IEP de Toulouse.

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