10/06/2026
Revue de presse du 10 juin 2025
Nature du document: Revue de presse

La Bretagne, laboratoire national de la gestion de l’eau en courants contraires

Les efforts négociés localement pour réduire les pollutions d’origine agricole des bassins versants se heurtent au projet de loi de « simplification » des réglementations, soutenu par le les syndicats majoritaires et le gouvernement. Les militants écologistes s’appuient sur les élus régionaux de gauche pour infléchir, voire changer de modèle de développement.

Des agriculteurs en tracteurs et des consommateurs, main dans la main pour protester contre les pesticides dans les rivières. Plusieurs milliers de personnes ont défilé dimanche dans les rues de Rennes, rapporte France 3 Bretagne. La métropole d’Ille-et-Vilaine est devenue l’espace d’une journée « la capitale de la lutte pour la protection de l’eau », résume la télévision régionale. Les manifestants ont marché contre le projet de loi d’urgence agricole adopté à l’Assemblée Nationale qui constitue, à leurs yeux, « un recul du droit de l’environnement, au détriment de la protection de l’eau, de la santé publique et des écosystèmes » au nom de la "simplification" des procédures administratives. Plus localement, les marcheurs de Rennes sont venus soutenir un accord qui prévoit l’interdiction des herbicides sur les cultures de maïs à proximité des captages d’eau potable, présenté comme une première en France.

Le « barrage » de la FNSEA contre « la démocratie locale »

Mais il manque encore une voix pour adopter le projet de Schéma d’Aménagement de la Gestion de l’Eau (SAGE)du bassin versant de la Vilaine et la FNSEA "fait barrage", expose 20 Minutes. La ministre de l’Agriculture soutient le syndicat majoritaire et préconise d’attendre « les derniers arbitrages du préfet », résume le quotidien gratuit. De son côté, le président de la Commission Locale de l’Eau (CLE), Michel Delmoder, déplore « une remise en cause de la démocratie locale ». Cet ancien élu local communiste a reçu le soutien de la maire (PS) de Rennes et du président (ex-PS) de la région Bretagne. Les agriculteurs de la FNSEA et leurs alliés des Jeunes Agriculteurs avaient aussi organisé une grosse manifestation en décembre dernier, rappelle Terre-Net. Présenté comme un spécialiste de l’eau à l’INRAE, Sylvain Barone déplore sur ce site agricole spécialisé que l’accord obtenu localement soit nié, « comme si la concertation n’existait pas ».

Un producteur de porc réclame, lui, dans Le Monde un délai supplémentaire avant de renoncer à épandre des produits phytosanitaires sur ses parcelles de maïs en 2029, comme le prévoit le projet du SAGE de la Vilaine. Lequel concerne entre 15 000 et 20 000 hectares de maïs, très exposés au ruissellement et à l’érosion, explique la journaliste Léa Sanchez. Soit 3 % de la surface agricole d’un vaste bassin à cheval sur la Bretagne et les Pays de la Loire. « Je crois que si on avait dit “dégressivité”, plutôt qu’“interdiction”, ce serait déjà voté », avance Aude de La Vergne (LR), élue dans la communauté d’agglomération de Vitré et membre de la CLE.

Les risques de sécheresse s’ajoutent aux marées vertes

Partisans et opposants au projet de SAGE se sont déjà retrouvés face à face, sous la pluie, en mars dernier à Pont-Péan, la commune de Michel Delmoder, rapportait Libération. « La gestion de l’eau en Bretagne est victime d’une polémique nationale », expliquait alors le président de la CLE à Pauline Mouillot. La réunion s’est tenue ce jour-là à huis clos dans sa mairie, « contrairement à l’esprit démocratique de la CLE », déplorait de son côté Reporterre, qui juge « peu restrictif » l’arrêt des épandages de pesticides sur seulement 3% de la SAU (surfaces agricoles utiles). « Depuis début 2026, le gouvernement court-circuite les travaux de la CLE et joue la montre pour repousser l’adoption du schéma d’aménagement dans un contexte de crise agricole », dénonce le média écolo en ligne. « La sagesse collective » a prévalu « en empêchant une validation précipitée », se félicitaient à la sortie de la réunion de Pont-Péan la FDSEA et les JA dans Le Paysan Breton. « Nous ne pouvons accepter un modèle qui ferait perdre des parts de marché à la France dont la balance commerciale est déjà en décroissance », ajoute un représentant local de la Coordination Rurale.

La présence de produits phytosanitaires dans les nappes et les rivières n’est pas le seul point de friction entre agriculteurs, élus et consommateurs en Bretagne. Les nitrates et l’eutrophisation des cours d’eau, avec leur lot d’échouages d’algues vertes sur les plages, demeure un sujet majeur de préoccupation dans la région, rappelle le media d’investigation Splann. Les nitrates qui provoquent l’arrivée des algues dans la rade de Brest « viennent-ils des monts d’Arrée ou de la ville de Châteaulin », demande le président (FDSEA) de la chambre d’agriculture du Finistère ? De son côté, l’association Eau et Rivières de Bretagne s’inquiète de la fin du calendrier d’épandage sur le bassin versant de l’Aulne, un petit fleuve côtier. Le déclassement de neuf communes des monts d’Arrée « met en danger la ressource au sein du château d’eau du Finistère », alerte un rapport des services d’inspection des ministères de l’environnement et de l’agriculture dévoilé par Splann. Un autre rapport, mis en avant par Ouest France, alerte sur des questions plus quantitatives que qualitatives. En dépit de sa réputation de région bien arrosée, les pluies vont se faire plus rares à l’avenir et « la Bretagne reste particulièrement vulnérable face aux sécheresses » car son « sous-sol ne permet pas de constituer un stock d’eau d’une année sur l’autre comme dans d’autres régions », prévient l’Observatoire régional de l’Environnement qui se base sur des projections climatiques à l’horizon 2050.

Par Stéphane Thépot, journaliste

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