Pétitions, manifestations : dès qu’il s’agit de faire descendre au sol ces « panneaux solaires » déjà posés depuis des années sur les toits des maisons ou des hangars, les esprits s’enflamment un peu partout en France. En Dordogne, le quotidien régional rapporte la marche de « 400 Croquants » à l’appel d’une association de défense d’une forêt contre un projet photovoltaïque de 114 hectares. Dans la Creuse, c’est une centrale de 30 ha sur une emprise totale de 42 ha porté par un jeune agriculteur qui mobilise des manifestants venus défendre « les prairies », rapporte La Montagne. Au sud de Toulouse, plusieurs projets suscitent aussi la colère des riverains et parfois des élus, témoigne La Dépêche du Midi qui évoque « une ruée vers l’or, digne du « Far West ». A défaut d’une réaction officielle de la chambre d’agriculture de Haute-Garonne, qui tente de conserver « une position modérée dans un débat complexe » » selon la journaliste du quotidien régional, un ancien responsable départemental de la FDSEA défend la cause de l’agrivoltaïsme dans un deuxième article. « En tant que professionnels, nous devons aujourd’hui diversifier nos sources de revenus pour assurer la viabilité de nos exploitations. C’est une corde supplémentaire à notre arc », assure Francis Cadours qui siège au sein de la Commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), chargée d’instruire les dossiers.
Même cas de figure dans le département du Lot, où un agriculteur a accepté de poser des panneaux sur sa prairie, rapporte Ici Occitanie ; « à condition qu’on ne les voit pas depuis le village » de Montaigu-de-Querçy, dit Roland Spoladore au micro de la radio locale. Il devrait toucher « environ 3 000 € par ha et par an pendant 30 ans », selon Ici Occitanie. Certains habitants du Querçy Blanc ne s’inquiètent pas seulement de la « visibilité » de ce projet précis, revu à la baisse, mais de leur multiplication dans toute la micro-région « À quinze kilomètres à la ronde, nous avons neuf à douze projets, on marche sur la tête ! Et au bénéfice de qui ? Pas de nous… », proteste un riverain. Ici Occitanie a aussi invité Christian Dupraz à réagir puis son studio. « On peut penser que dans un an, deux ans, les projets seront beaucoup plus vertueux, beaucoup plus concertés et qu’ils profiteront vraiment à tous les gens qui habitent autour de ces projets », assure le chercheur de l’INRAE, inventeur du concept de l’agrivoltaïsme.
Des questions autour des « friches » et des abeilles
A l’échelle nationale, on recenserait un peu plus de 1 500 centrales solaires au sol sur une surface équivalente à celle de Paris « bois de Vincennes inclus » (11 400 ha), selon PV Magazine. Ce site spécialisé de défense de l’énergie solaire, qui possède des déclinaisons dans plusieurs pays européens et dans le monde, se base sur une enquête de Reporterre. Elsa Souchay, journaliste de la publication résolument écolo, s’est lancée dans « un travail de fourni » en tentant d’établir une cartographie de tous les projets déjà aboutis. En distinguant, si possible, les espaces naturels, agricoles ou forestiers, mais aussi la notion, plus floue, de « friches ». Elle relève « le manque crucial de collecte de données publiques et industrielles ». « Comme l’éolien il y a dix ans, le solaire semble reproduire la même erreur de confier aux industriels des renouvelables le soin de choisir comment aménager la transition énergétique », écrit Elsa Souchay à la fin de son enquête. De son coté, PV Magazine renvoie vers un site de l’ADEME qui répertorie « les installations combinant production agricole et production d’électricité photovoltaïque sur une parcelle agricole ».
En 2050, l’ADEME prévoit entre 75 000 et 124 000 hectares de photovoltaïque au sol pour atteindre l’objectif de production fixé (entre 92 et 144 gigawatts), rappelle un article rédigé par un collectif d’universitaires et publié dans l’édition française de The Conversation. Ces chercheurs s’inquiètent notamment d’une « forte perte des abeille sauvages et autres pollinisateurs » sous les premiers panneaux installés dans les Landes de Gasconne, en comparaison de milieux prairies comparables. Ils recommandent la « construction de petites centrales et la réduction de leur densité au sein d’un même territoire préserveraient les connectivités écologiques ».
La marche des croquants contre le projet photovoltaïque a rassemblé 400 marcheurs à Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, La Dordogne Libre, 19/04/2026.
Saint-Pierre-Chérignat : des panneaux solaires et l’agrivoltaïsme suscitent le débat local, La Montagne, 21/04/2026.
« C’est à la fois une ruée vers l’or et une forme de Far West » : en Haute-Garonne, des terres agricoles sous tension face à l’essor de l’agrivoltaïsme, La Dépêche du Midi, 28/04/2026.
Pourtant controversé, « l’agrivoltaïsme représente une voie d’avenir pour l’agriculture en Haute-Garonne » en Haute-Garonne selon Francis Cadours, ancien président de la FDSEA 31, La Dépêche du Midi, 28/04/2026.
Une dizaine de projets d’agrivoltaïsme dans le Quercy blanc, les habitants s’inquiètent, Ici Occitanie, 24/04/2026.
Christian Dupraz, spécialiste de l’agrivoltaïsme : « La loi oblige à produire quasi normalement sous les panneaux », Ici Occitanie, 24/04/2026.
En France, les panneaux solaires occupent 11 400 hectares de forêts, de terres agricoles et d’espaces naturels, PV Magazine, 27/04/2026.
Panneaux solaires au sol : les forêts et terres agricoles sacrifiées, Reporterre, 21/04/2026.
Peut-on développer le photovoltaïque au sol sans nuire à la biodiversité ?, The Conversation, 01/04/2026.







