Un postulat est posé en introduction à ces témoignages : « La culture dans les campagnes se caractérise moins par sa production artistique que par ses modes de mise en relation des individus. D’où l’importance de la démarche socioculturelle. Ces initiatives viennent prouver qu’il est aujourd’hui possible de concilier qualité artistique et développement social, que la création a quelque chose à faire avec la question du lien social ». Là réside la clé de compréhension de l’ensemble de l’ouvrage : « la culture comme lien social » qui conduit Henry Delisle et Marc Gauchée à mettre en exergue « la culture vécue » qu’ils préfèrent au critère d’excellence de la création artistique.
Le premier chapitre décrit un parcours historique, qui tente de mettre en rapport le statut politique de l’agriculture et la politique culturelle dans les campagnes, depuis la Révolution de 1848, la Troisième République de Gambetta, l’épisode de Vichy, la PAC, jusqu’au vote des agriculteurs au cours des derniers scrutins... Pour en venir à pointer les bouleversements qui affectent l’agriculture et les territoires ruraux aujourd’hui, les « fondamentaux qui vacillent ». Ceux-ci sont nombreux. Ils dessinent le nouveau contexte d’une politique culturelle dans les campagnes : l’authenticité de la nature, la campagne paysanne, le progrès scientifique, le productivisme, l’unité du monde agricole et rural, même, « l’exception administrative » que constitue un Ministère consacré à l’agriculture. La nouvelle donne est à la fois celle de la progression de l’habitat urbain dans les campagnes et celle de l’éloignement des consommateurs des origines de leur alimentation, ce qui conduit à une profonde modification de l’image que les urbains se font de l’agriculture et à un fossé avec la réalité de celle-ci. D’où la remarque suivante : si le Ministère de l’Agriculture veut avoir un rôle en matière culturelle, il est nécessaire que ses responsables, politiques et administratifs, intègrent que « les mythes et les représentations fantasmées ont un bel avenir devant eux ».
Le troisième chapitre approche la dimension institutionnelle de la question culturelle et sonde les possibilités offertes par des organismes eux-mêmes « politiquement modifiés ». Malgré l’accord « Agriculture Culture » de 1990 entre les deux ministères concernés, le Ministère de l’Agriculture semble perdre la main - ce n’est plus son champ- et pourtant il a fait œuvre de pionnier en introduisant l’animation socioculturelle dans les lycées agricoles ! L’heure ne serait-elle pas venue pour un Ministère de la Culture de se saisir de « l’enjeu rural » pour opérer « un véritable changement de ses bases idéologiques, renouant avec l’éducation populaire et l’école » et pour abandonner « le tryptique typiquement français : aristocratie, académisme, patrimoine » ?
Un essai au ton particulièrement alerte où l’on fera moisson d’un foisonnement de témoignages et de réflexions... où l’on notera aussi la référence fréquente aux séances de l’Université d’Eté de l’Innovation Rurale de Marciac organisée par la Mission Agrobiosciences.
Mission Agrobiosciences, février 2007
Henry Delisle est inspecteur général honoraire de l’agriculture. Il occupe une place majeure dans les actions innovantes des mouvements d’éducation populaire. Ancien député du Calvados, il a été secrétaire national du PS auprès de François Mitterand.
Marc Gauchée est directeur de la communication et des publics du Parc de la Villette. Il a été directeur des affaires culturelles d’une commune francilienne puis chargé de communication au Ministère de l’Agriculture. Co-auteur d’essais sur la représentation du pouvoir au cinéma et sur la politique culturelle.








