21/03/2023
Revue de presse du 21 mars 2023
Nature du document: Revue de presse
Mots-clés: Nature

Sécheresse : la facture saumâtre du dessalement d’eau de mer ?

Cela ne vous a pas échappé, la ressource en eau douce se tarit. En cause, des épisodes de sécheresse croissants couplés à une augmentation démographique mondiale. A la veille de la journée mondiale de l’eau et de l’annonce du fameux « plan eau » par le gouvernement français, arrêtons-nous sur cette solution parfois présentée comme « miracle » : le dessalement d’eau de mer. Alors que depuis deux décennies, de nombreuses usines s’y consacrent hors de l’Hexagone, quel est leur bilan environnemental ? Etat des lieux et éléments de réflexion dans cette revue de presse, réalisée par Bastien Dailloux (Mission Agrobiosciences-INRAE).

Panne sèche


2,5%. C’est le pourcentage d’eau douce disponible à l’échelle planétaire. Essentielle à l’agriculture et pour maintenir un niveau de vie décent aux populations, cette ressource se raréfie. « La France est en état d’alerte ». Après 32 jours sans pluie, c’est « du jamais vu durant un hiver météorologique », selon Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, qui accuse le coup sur France Info le mercredi 22 février 2023 (Le Monde 22.03.2023 [1]). « On est sorti de l’été (2022), compte tenu de la sécheresse, avec un niveau de nappes (phréatiques) historiquement bas, on a eu un automne qui n’a pas spécialement rechargé les nappes et on a eu un mois de février catastrophique », a-t-il également alerté au micro de TV5 Monde le samedi 11 mars 2023. Très attendu, le gouvernement français doit annoncer son « plan eau » fin mars 2023, qui selon le ministre « est très complet, comporte une cinquantaine de mesures, traite de la sobriété, de la quantité, de la qualité, des moyens financiers, de la gouvernance ». Evasif, il n’a pas précisé si ces mesures seraient contraignantes ou purement incitatives (LaTribune 11.03.2023 [2]). Parmi les mesures esquissées, « lutter contre tous les types de gaspillage y compris les fuites, faire attention à la durée d’une douche, à la façon dont on laisse couler un certain nombre de robinets »… D’autres vont plus loin. En août dernier, Louis Aliot, maire RN de Perpignan, faisait mine de s’interroger : « Je ne vois pas pourquoi on ne chercherait pas (…) à exploiter la mer. Ce sont des questions que nous nous posons dans notre agglomération ». Pratiquée à petite échelle en France, c’est la stratégie enclenchée depuis deux décennies par certains pays situés notamment dans la « diagonale de la soif ». Une zone qui comprend l’Afrique du Nord, le Proche et Moyen-Orient, la péninsule indienne, une partie de l’Asie Centrale et la moitié septentrionale de la Chine. Prenons l’Algérie. En 2030, 60% de ses besoins en eau potable devraient être issus des usines de dessalement d’eau de mer (Comprendre 02.03.2023 [3]). Ayant fait face à son pire épisode de sécheresse depuis 40 ans en 2022, le Maroc a annoncé, quant à lui, la construction de la plus grande usine au monde (Atalayar 05.04.2022 [4]). Sauf que cette solution pour obtenir de l’eau douce, parfois potable, s’avère très complexe, coûteuse et polluante. Petite mise au point.

Accès limité


L’osmose inverse, vous connaissez ? C’est le procédé largement utilisé à grande échelle pour dessaler l’eau de mer. Soumise à une forte pression, l’eau salée passe par une membrane et finit en eau douce. Si l’équipement nécessaire est très onéreux, c’est également un procédé particulièrement énergivore. Dès lors, dans le Monde, seuls les pays disposant de solides ressources financières, souvent liées aux rentes pétrolières, peuvent y accéder. Selon Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales (IFRI), bien qu’historiquement concentrées au Moyen-Orient, les usines de dessalement gagnent du terrain à hauteur de 6 à 12% par an et se retrouvent aujourd’hui en Amérique latine, Asie, Espagne… En 2022, on comptait ainsi environ 22 000 usines dans le monde (Medias 24, 18.03.2022 [5]).
Mais, outre les freins économiques à son développement, cette technique s’avère très polluante. Pour produire un litre d’eau douce avec le procédé de l’osmose inverse, deux litres de saumure, une solution excessivement salée, sont rejetées dans l’environnement. « Un déchet dont la gestion peut constituer jusqu’à 33% des coûts d’une usine [et en fait] l’un des principaux obstacles au développement du dessalement. », indique le rapport La valeur de l’eau publié en 2021 par l’ONU. Une pollution à laquelle s’ajoutent les émissions de gaz à effet de serre pour faire fonctionner les unités... Car, bien que certains pays utilisent progressivement des énergies renouvelables pour les faire tourner (Libération 22.03.2022 [6]) - on parle notamment de parcs photovoltaïques dédiés - nombreux sont encore ceux qui emploient des centrales à charbon.

Conséquences amères


Tout en reconnaissant « le besoin urgent de rendre les technologies de dessalement moins chères et de les étendre à des pays à faibles revenus », le même rapport de l’ONU alerte sur les dangers que constitue le rejet de saumure dans l’environnement. En 2019, 142 millions de mètres cubes auraient été rejetés dans l’eau (Le Monde 14.01.2019 [7]). « 80% de la saumure étant produite dans un rayon de 10 kilomètres d’un littoral, elle est le plus souvent rejetée en mer, parfois sans dilution ou traitement » (La Tribune 14.01.2019 [8]). Conséquences : un dérèglement de la faune et de la flore aquatiques à proximité, des privatisations de plages publiques et des zones de baignade interdites, des activités de pêche stoppées, des associations militantes écologiques qui s’opposent farouchement à leur construction... Certes, des avancées technologiques permettent de limiter les impacts écologiques du dessalement, notamment par un meilleur traitement de la saumure, mais son coût reste très élevé. D’où cette autre piste envisagée pour faire face aux pénuries : le recyclage des eaux usées. Contrairement au dessalement, inutile d’être un pays disposant de littoraux pour employer la technique. Mais, cette fois, le principal frein réside a priori dans les réticences des usagers. Pour Julie Mendret, chercheuse à l’Institut Européen des Membranes, « il y a des personnes qui n’ont pas envie de consommer des légumes qui ont poussé avec des eaux usées traitées » (France Info 10.08.2022 [9]). Et pourtant, selon une étude de 2020 issue du cabinet Elabe, 83% des Français seraient prêts à consommer de l’eau à partir d’eaux usées (La Tribune 15.07.2020 [10]). Et vous ?

LE MONDE, LA TRIBUNE, LIBERATION...

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