16/12/2021
Les Echos, France Info, le Figaro, Europe 1, France Culture, Le Monde
Nature du document: Revue de presse
Mots-clés: Climat , Energie , Europe , Politiques

Prix du CO2 : quand le marché du carbone en fait des tonnes

Il n’y a pas que les cours du blé qui frôlent les sommets. Ceux du carbone connaissent également une hausse sans précédent, le prix des permis d’émission de CO2 sur le marché européen ayant atteint son plus haut niveau en ce mois de décembre 2021. Mis en place par l’Union européenne à la suite des accords de Kyoto, ce marché du carbone vise à réduire les émissions industrielles de CO2 via un système de quotas d’émission. « Si l’exploitant réduit ses émissions, il peut revendre son droit à émettre non utilisé. Dans le cas contraire, il doit en acheter, selon le principe du pollueur-payeur  »(1) . Alors qu’en début d’année, la tonne de CO2 s’échangeait 30€, sa valeur a franchi le cap des 80€ début décembre 2021. Une bonne nouvelle aux yeux de certains économistes pour qui seul un prix élevé du carbone peut permettre d’en limiter les émissions. Explications dans cette revue de presse.

2021, année de tous les records

« Le carbone n’en finit plus de battre des records » écrit Marion Heilmann dans les Echos du 5 décembre 2021. «  Le prix de la tonne de CO2 sur le marché européen des " droits à polluer" a franchi la barre des 80€ [NDLR : la tonne] ce vendredi inscrivant son douzième record historique en quinze séances  ». Après avoir connu une baisse en 2019, les prix n’ont cessé de grimper depuis le début de l’année 2021, passant de 30€ à 60€/tonne sur les huit premiers mois de l’année, jusqu’à atteindre, en ce mois de décembre, 80€.
Les raisons d’une telle ascension ? Pour les Echos, il faut y voir une conséquence de la hausse des prix du gaz qui a poussé « les producteurs d’électricité à se tourner de nouveau vers le charbon, moins cher mais plus polluant ». Et donc à acheter des droits d’émission supplémentaires. Le Figaro de son côté, y voit une conséquence des annonces de la nouvelle coalition de gouvernement en Allemagne, formée fin novembre, laquelle a indiqué « faire campagne pour un prix minimum [NDLR : du carbone] dans l’Union européenne ».
Le quotidien rappelle au passage la philosophie du système européen de quotas d’émission (SEQE-UE) (2). « Les entreprises des secteurs de l’énergie et de l’industrie reçoivent des droits à émettre du CO2 et doivent acheter des droits supplémentaires si elles veulent dépasser leurs quotas à un prix qui fluctue selon la demande. Mettre un prix sur la tonne de CO2 rejetée dans l’atmosphère est une façon de taxer les énergies les plus émettrices, dans le but d’inciter consommateurs et entreprises à recourir à des énergies propres  ».

Une hausse voulue

Cependant, l’envolée du prix du gaz ou le changement de direction outre-Rhin ne sont pas les seuls éléments à peser dans la balance. D’autres, plus structurels, sont également à prendre en considération. Citons en premier lieu le paquet climat, dévoilé le 14 juillet 2021 par la Commission européenne. Déployé dans le cadre de son Pacte vert, cet ensemble de propositions concrètes doit permettre d’atteindre la neutralité climatique en 2050. Parmi celles-ci, la Commission prévoit notamment d’étendre la tarification du carbone aux secteurs qui ne sont pas encore concernés, tels que les transports routiers et maritimes, le bâtiment, ou encore de réduire progressivement le nombre de permis à polluer pour faire monter le prix du carbone. Des propositions qui divisent les 27, analyse en détails Le Monde.
L’autre évènement, c’est, on s’en doute, la COP26 qui s’est tenue à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre 2021. Comme le rappelle France Info, l’un des points de discussion concernait l’article 6 des Accords de Paris, qui «  régit les marchés carbone » à l’échelle internationale cette fois. De délicates négociations, lourdes de conséquences comme le relate l’article, et qui ont eu pour effet de mettre un peu plus en lumière la question du carbone. Une aubaine ?

Enfin le bout du tunnel… des émissions ?

« Enfin un vrai prix pour le carbone  ! » se réjouissait dans les pages de l’Express, Christian Gollier, chercheur à TSE, en septembre dernier. Pour cet économiste, cette hausse est LA bonne nouvelle de 2021. « L’idée poussée par de nombreux économistes, notamment Jean Tirole, le Prix Nobel d’économie, c’est que le meilleur moyen de réduire les émissions de CO2, c’est par les prix » explique également le journaliste Nicolas Barré au micro d’Europe 1. Plus le coût du CO2 est élevé, plus une entreprise aura tendance à privilégier des méthodes peu génératrices de Gaz à Effet de Serre (GES) afin de limiter sa facture. « Si la tonne de CO2 coûte 1 ou 2 euros, ce n’est pas trop gênant. Mais si elle coûte 50 euros, vous allez réfléchir à deux fois et vous orienter vers du solaire ou de l’éolien. » L’idée est de dissuader et d’inciter à changer.

Même analyse sur les ondes de France Culture, où l’on apprend que, jusqu’à présent, « les plafonds fixés par Bruxelles manquaient d’ambition » ou que l’Union européenne «  distribuait en parallèle des quotas gratuits dans de très grandes quantités aux industriels ». Conséquence : un prix du carbone au ras des pâquerettes, « peu incitatif et même contreproductif selon des ONG et des économistes en faveur du marché carbone ». La cour des comptes européenne a, pour sa part, estimé que « ce système a (…)" ralenti la décarbonation" ». Nous serions donc désormais à un niveau de prix à même de produire les effets escomptés.

A double tranchant

Pour d’autres, ce système comporte des failles. Première crainte, relayée par les Echos, le risque de spéculation sur un marché qui a toutes les raisons de rester dynamique. Le quotidien explique ainsi que la hausse actuelle a pris de cours les Etats, à tel point que «  certains pays [ont appelé] à limiter la spéculation sur ce marché afin de limiter la hausse des prix et la volatilité  ». Pour le moment, selon l’autorité compétente en la matière, «  la spéculation n’était pas significative sur le carbone  », ce qui ne nécessite pas l’intervention de Bruxelles.
Revers de la médaille, la situation actuelle va gonfler le portefeuille des plus gros pollueurs, remarque de son côté France Culture. «  Car ceux qui avaient encore des quotas gratuits en stock, peuvent les vendre au plus cher, ceux qui en ont acheté à des prix dérisoires, notamment au moment du confinement quand les cours se sont effondrés, idem ». Autant dire que le prix du carbone n’a pas fini d’être scruté à la loupe.

SOURCES

Notes de bas de page :
(1) https://www.vie-publique.fr/fiches/274841-quest-ce-que-le-marche-du-carbone-ou-systeme-dechanges-de-quotas
(2) Toutes les infos depuis cette page : https://ec.europa.eu/clima/eu-action/eu-emissions-trading-system-eu-ets_fr

Revue de presse du 16 décembre 2021

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