08/04/2015
Propos épars le jeudi 19 mars 2015. Une collaboration entre la librairie Ombres Blanches & la Mission Agrobiosciences.
Nature du document: Actes des débats
Nature du document: Chroniques

A propos de l’ouvrage "Or noir. La grande histoire du pétrole".

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L’ouvrage était tout juste sorti des presses des éditions la Découverte, que la Mission Agrobiosciences et la librairie Ombres Blanches recevaient, le 19 mars 2015, Matthieu Auzanneau. Journaliste spécialiste des questions économiques et écologiques, auteur du blog "Oil Man, chronique du début de la fin du pétrole", il signe une enquête des plus sérieuses sur le sujet, avec cette singularité : non pas tant retracer l’Histoire de cette source d’énergie que la façon dont l’abondance énergétique qu’elle a générée a transformé nos modes de vie, influencé le destin de pans entiers du globe tout au long du 20ème siècle, et même emprisonné nos modes de pensée. C’est que, à l’heure où le peak oil est dépassé et que la production décroît, nul ne sait comment trouver une énergie de substitution au pétrole, au niveau d’utilisation auquel il est aujourd’hui. Pour celui qui se définit comme un "objecteur de croissance", il faudra bien à un moment ou un autre, faire voeu de sobriété et opérer le sevrage. Une thèse qu’il expose au fil d’un dialogue avec la sociologue Sylvia Becerra (CNRS), coordinatrice du projet Monoil.

PROPOS EPARS avec Matthieu Auzanneau from AGROBIOSCIENCES TV on Vimeo.

Matthieu Auzanneau est journaliste indépendant, notamment au journal Le Monde et à Arte. Il enquête depuis plus de 10 ans sur les questions à la croisée de l’économie et de l’écologie.
Publié par le site du journal Le Monde, son blog ; « Oil Man. Chroniques du début de la fin du pétrole » a révélé de nombreuses informations concernant l’avenir incertain du pétrole et ses conséquences potentielles pour chacun d’entre nous.

A PROPOS DE LA RENCONTRE

Voici un ouvrage qui repose au delà de sa richesse dans l’exposé et la matière, la question du progrès et de ses conséquences. On le sait, les combustibles fossiles fournissent encore les 4/5è de l’énergie à laquelle nous avons recours. Et depuis 1945, et aujourd’hui encore, le pétrole demeure le carburant le plus précieux de l’humanité technique. C’est de cette histoire qui mêle géopolitique et interrogation écologique dont il s’agit.
Matthieu Auzanneau montre comment le pétrole est devenu une source de profit inégalée. «  Son énergie a métabolisé la puissance économique et militaire, en même temps que certains aspects cruciaux de notre mode de vie. »
Il raconte comment le pétrole a transformé de manière presque radicale notre façon de vivre le monde : de l’ « american way of life » aux peuples livrés à la tempête guerrière avec les conséquences dramatiques que l’on sait. Il examine avec beaucoup d’érudition et de précision comment le pétrole a été le vecteur de l’essor de notre espèce et de la construction de nos sociétés contemporaines : les voies empruntées par l’exploitation pétrolière ont déterminé bien des dynamiques et des rapports de forces au sein de l’humanité.
Mais cette abondance a ses travers et ses limites. Point de bascule de toute l’histoire économique contemporaine, le choc pétrolier de 1973 a pour origine l’amorce trois ans plus tôt d’un déclin inexorable de la production de brut américaine. La guerre d’Irak, trente ans plus tard, était une guerre pour le pétrole. La puissance appelle la puissance, qui est elle-même une affaire d’énergie.

On est en droit de se demander jusqu’où cela ira-t-il ? Car le risque est double : l’exploitation forcenée conduit au bouleversement du climat de la planète. Et puis, l’épuisement guette et l’auteur prédit que peut-être «  un violent sevrage risque de s’imposer à nous avant 2030, voire 2020. »
Quid donc de ce trop fameux pic pétrolier ? Matthieu Auzanneau dénonce la tartufferie qui consiste à mettre fin aux réductions des gaz à effets de serre. Mais aussi que ce que l’on nomme développement durable aboutit à une augmentation et non à une baisse des besoins matériels. Pire, « l’homme pourrait avoir évolué afin de maximiser sa consommation d’énergie au prix d’un accroissement critique du désordre du monde. » Au fond le pétrole aura été un bienfait mais aussi une menace pour les générations futures et celles qui viendront ensuite. Alors devons-nous « tourner le dos à l’avidité, et (à) ralentir. »

Notre avenir est lié à celui que nous donnerons au pétrole, ou à celui qu’il nous imposera. Enjeu de bien des conflits, la fin du pétrole en tant que ressource primordiale de l’essor technique de l’humanité aura lieu avant que ce siècle ne s’achève. Et nul de sait où cette fin nous conduira…

Sylvia Becerra, sociologue de l’environnement et coordinatrice du projet Monoil, qui vise l’amélioration des impacts sociaux, sanitaires et environnementaux des activités pétrolières en Equateur, apporte une expérience de terrain qui montre comment les populations concernées vivent l’exploitation pétrolière. Par ailleurs, elle soulève la question de l’après pétrole et des incidences sur le développement économique de régions des pays tiers et la manière d’envisager les réponses à ce même développement.

Lors des échanges avec l’auteur, les questions de géopolitiques furent souvent abordées. Notamment, la dépendance de l’économie mondiale, la puissance du pétrole américain mais aussi sa finitude. En quoi le choc pétrolier de 1973 changea la donne mais aussi en quoi le pétrole est une source de corruption et pèse lourd dans la géopolitique mondiale : le cas de la nationalisation de Mossadegh en Iran, la guerre Iran-Irak, la guerre du Golfe mais aussi l’importance des régions contrôlées par Daech dans le chaos irakien.
La fin de la rencontre a abordé les lendemains incertains du pétrole : sommes-nous à la fin d’un monde ? Quelle alternative à un monde sans pétrole ? Comment faire vivre 9 milliards d’habitants avec une économie où le pétrole sera rare.

Ecouter le podcast :



Trois questions à Matthieu Auzanneau, journaliste indépendant, autour de son ouvrage Or noir. La grande histoire du pétrole. (La Découverte). Avec la participation de Sylvia Becerra, sociologue, CNRS, coordinatrice du projet Monoil.
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