14/10/2008
Revue de presse de la Mission Agrobiosciences. 14 octobre 2008

Vaste réforme agraire en Chine : le monde rural reconsidéré ?

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Ces derniers temps, alors que certains ont les yeux rivés sur les chiffres de la bourse, les dirigeants chinois, eux, ont le regard tourné vers leurs campagnes. Du 9 au 12 octobre dernier, se tenait en effet en Chine le 3ème plénum du XVIIe congrès du Parti communiste chinois (PCC). En discussion lors de cette réunion des membres du Comité central, une réforme agraire dont l’objectif est de « prévenir une baisse de la demande à l’exportation pour cause de récession mondiale par une relance du pouvoir d’achat dans les campagnes » (Emma Graham-Harrison pour Le Nouvel Observateur). Pour ce faire, le PCC lance une réforme du droit d’usage des terres agricoles. Reste que la question est plus épineuse qu’elle n’y paraît.

Un système obsolète ?
Rappelons que, depuis la décollectivisation des années 80, la terre est une propriété collective pour laquelle les paysans n’ont qu’un droit d’usage, fixé à 30 ans. Point de propriété privée : elle est affermé par le village aux familles qui se voient attribuer la terre au prorata du nombre de têtes. Ce système qui a permis, pendant un temps, d’augmenter le revenu des paysans chinois, trouve depuis plusieurs années ses limites.
D’une part, comme le soulignait l’économiste et sinologue Claude Aubert (1), la petitesse des terres allouées ne suffit pas à faire vivre une famille, ce qui contraint une partie de la fratrie à chercher des revenus complémentaires à l’usine du canton ou en ville. Brice Pedroletti pour Le Monde relève que la taille des exploitations est désormais inadaptée pour répondre « aux impératifs de sécurité alimentaire de la Chine d’aujourd’hui, car il favorise des exploitations morcelées et donc une agriculture peu mécanisée et peu productive ».
Par ailleurs, ces derniers temps, ce sont en grande majorité les villes qui ont récolté les fruits de la croissance économique tandis que les campagnes restaient "figées". Résultat : une inégalité flagrante entre les citadins et les ruraux, les premiers bénéficiant par exemple de l’école gratuite ou d’avantages médicaux, alors que les seconds ont été jusqu’à une date récente accablés par « un véritable fardeau fiscal » (C. Aubert). Sans oublier les pratiques douteuses que révèle Le Figaro, certains paysans étant « illégalement dépossédés de leurs terres par des cadres locaux tout puissants et corrompus ». Et autant de motifs de révoltes des paysans chinois.

Quel statut pour la terre ?
Dès lors, le PCC va-t-il accorder aux paysans le droit de devenir propriétaires ? Rien n’est moins sûr si l’on en croit Li Zhiying, un militant des droits civils, dont Arnaud de La Grange du Figaro, rapporte les propos. « Le problème de la terre touche au cœur même du système communiste. Si les paysans deviennent pleinement propriétaires, cela peut menacer la domination du Parti dans les campagnes ». « Politiquement comme financièrement » précise l’auteur de l’article, les dirigeants chinois tirant un large bénéfice de la revente de ces terres à des entrepreneurs.
Finalement, à l’issue du congrès, la direction du PCC a annoncé qu’elle allait favoriser la « circulation » des terres agricoles, c’est-à-dire permettre aux paysans de louer, d’échanger ou même de vendre leur droit d’usage. Selon le Professeur Dang Guoying, de l’Académie Chinoise des sciences sociales, « ce mouvement va accélérer l’urbanisation du pays en amenant plus de fermiers dans les villes avec les entrepreneurs de grandes fermes promouvant l’agriculture moderne dans les régions rurales » (propos rapportés par Tristan de Bourbon pour Le Temps). Il aura aussi pour effet de faciliter la création de grandes exploitations et, dès lors, d’accroître la productivité.
Ces mesures devraient permettre, selon les dirigeants chinois, d’« éliminer totalement la pauvreté absolue et de garantir la sécurité alimentaire à toute la population », et même « de doubler le revenu annuel par habitant des résidents ruraux entre 2008 et 2020 » (Le Nouvel Observateur, Le Temps). Ce qui fait dire à l’agence Chine Nouvelle que « la crise mondiale du crédit, en gelant les finances du monde, pourrait être une aubaine pour la Chine » (Le Nouvel Observateur).

(1) Ingénieur agronome de formation, Claude Aubert est aussi économiste et spécialiste du monde rural chinois. Pratiquant couramment la langue chinoise, il a longtemps sillonné la Chine rurale menant ses recherches au plus près des familles paysannes. En avril 2005, ce directeur de recherches de l’Inra (unité de recherches MONA - sur les paysanneries, territoires, environnement, marchés et politiques publiques) était l’invité des cafés-débats de Marciac, organisé par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes Bastides et Vallons du Gers, autour du thème « Entre fractures et mutation, quelle place pour la Chine rurale ? ». Sa conférence est disponible en cliquant ICI

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 14 octobre 2008

Lire aussi à ce sujet la réaction de Claude Aubert, Réforme du secteur rural en Chine : sous sa séduisante apparence, cette annonce n’est-elle pas illusoire ?

Sources

Lire sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement)  :

Le Monde, Le Figaro, Le Temps, le Nouvel Observateur
Mot-clé Nature du document
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