15/06/2026
En partenariat avec le Muséum de Toulouse
Nature du document: Actes des débats

[Manger l’animal 2/4] Consommation de viande : de quoi parle-t-on ?

Lire précédent : (Manger l’animal 1/4) Pourquoi des débats si mordants ?

A l’occasion de l’exposition temporaire "Domestique-moi si tu peux !", la Mission Agrobiosciences-INRAE et le Muséum de Toulouse s’associaient le jeudi 19 mars 2026 pour proposer une table ronde « Manger l’animal : pourquoi des débats si mordants ? », avec : le consultant en stratégie Philippe Baralon ; l’économiste Vincent Chatellier ; et la sociologue Estelle Fourat. Après la publication d’un premier volet des actes de cette rencontre consacré aux raisons de la vivacité des débats sur l’acte de manger l’animal, retrouvez-en ici un deuxième dédié aux chiffres de consommation de viande.

GARE AUX CHIFFRES

Quelle quantité de viande consommons-nous en France ? « Avant de répondre à cette question, encore faut-il s’entendre sur ce que l’on mesure vraiment », prévient d’emblée Vincent Chatellier. Car ce qu’on évalue n’est pas la quantité de viande dégustée par les mangeurs, mais celle qui est disponible. « Dans un pays, explique-t-il, il est facile de suivre la production, de connaître le nombre d’animaux abattus, le volume de viande exportée comme celle importée. A partir de toutes ces données, les économistes sont capables d’estimer la quantité disponible. Et on stipule que celle-ci est consommée ». Mais cette méthode comporte quelques imprécisions, que liste l’économiste. Première d’entre elles, elle établit une moyenne pour la population générale, sans distinction d’âge – nourrisson, enfant, adulte, personne âgée – ou de préférence alimentaire. Deuxièmement, elle néglige le gaspillage, c’est-à-dire la proportion perdue. A ces imprécisions s’ajoute une autre difficulté : « qu’appelle-t-on viande ? Travaillant sur la nomenclature des douanes, je peux vous affirmer que répondre à cette question n’est pas si simple », certains produits défiant les catégories, à l’instar des abats.

Ceci étant posé, regardons tout de même les chiffres. « Aujourd’hui, la moyenne mondiale est de 46 kg par personne [1] pour les 8,2 milliards d’individus présents sur Terre, toute viande confondue. Cela signifie que nous consommons près de 380 millions de tonnes équivalent carcasse de viande ». Difficile de prendre la pleine mesure de ces chiffres dantesques. Voilà pourquoi Vincent Chatellier invite à les comparer avec ceux de 1950. A cette époque, la population mondiale est de 2,5 milliards d’êtres humains ; la consommation, elle, oscille entre 20 et 25 kg par personne [2]. Si la consommation moyenne par habitant a doublé en l’espace de 75 ans, en valeur absolue, elle a été multipliée par 7 du fait de l’explosion démographique, insiste-t-il. « Ceci étant, n’oublions pas que beaucoup de choses ont été multipliées du fait de l’accroissement démographique et que, globalement, la société est devenue plus consommatrice [de vêtements, de biens, d’ordinateurs…]  ».

Par ailleurs, ces moyennes ne doivent pas faire oublier de très fortes disparités de consommation d’un pays à l’autre : 7kg en Inde, 60 kg en Chine, 80 kg en Europe, entre 110 et 120kg aux Etats-Unis. « On constate une forte hétérogénéité des niveaux de consommation. Et si l’on doit retenir une chose, c’est qu’il y a une zone dans le monde où cette consommation recule : la nôtre ». En effet, globalement, « la FAO et l’OCDE prévoient une augmentation de la consommation mondiale de viande de 1,07% par an, soit une hausse légèrement supérieure à la croissance démographique ». Mais là encore, attention à la manière d’appréhender les chiffres : s’il y a bien une diminution de la quantité consommée par personne en France, avec 5 à 6 kg/personne de moins qu’il y a 20 ans, « on n’y a jamais consommé autant de viande qu’en 2025 : 5,8 millions de tonnes », tout simplement parce que nous n’avons jamais été aussi nombreux.

LA VOLAILLE EN "POULE POSITION"

Enfin, regardons les viandes plébiscitées. En la matière, un produit sort du lot : "la volaille", laquelle représente dorénavant 42% des viandes consommées dans le monde. « Il y a une trentaine d’années, la proportion était de 20 à 25 % ». Au rythme où vont les choses « on estime que la consommation de volailles représentera 45% dans dix ans », prédit l’économiste, soit… une hausse de la consommation mondiale de 26 millions de tonnes en volailles, contre 8 pour la viande bovine.

Une tendance mondiale qui s’observe également en France. Mais là encore, le diable se niche dans les détails. « Cette augmentation ne concerne pas le poulet entier sous label, mais celui prédécoupé glissé dans les sandwichs » précise Vincent Chatellier. Les faits sont là : « pour la première fois, l’an passé [en 2025], la volaille a été la viande la plus consommée en France ».

Les actes de la rencontre du 19 mars 2026

[1Les chiffres sont donnés en équivalent carcasse/personne/an.

[2Cette estimation inclut l’autoconsommation.


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