26/03/2026
Revue de presse du 26 mars 2026
Nature du document: Revue de presse
Mots-clés: Cancer , Santé , Sol

Le cadmium, un poison de la fourche à la fourchette

L’alerte de l’ANSES provoque des retombées médiatiques à hautes doses. L’Agence nationale de sécurité sanitaire a publié un rapport soulignant une forte exposition des consommateurs au cadmium et la concentration de ce métal toxique dans les sols.

Ni pain, ni chocolat ? On savait déjà que le cadmium, métal lourd classé cancérigène, se cachait jusque dans les tablettes à croquer servies aux enfants pour le goûter de 4 heures. Mais sa toxicité se retrouve aussi dans les céréales du petit déjeuner et notre pain quotidien. « Même chose pour les chips », prévient Aïda Djoupa dans le Huffington Post. L’article de ce media en ligne fournit des liens vers de précédents études alertant sur les dangers de l’accumulation du cadmium dans l’organisme. La journaliste du Huff tente de rassurer l’e-lecteur-consommateur en suggérant des pistes, comme la substitution des céréales par des légumineuses (lentilles, pois chiches). Le titre des Echos est plus alarmiste : « (...) une nouvelle bombe sanitaire » ? Marie Belan semble atterrée de découvrir que l’on retrouve du cadmium jusque dans les pommes de terres. « La moitié de la population française est surexposée », alerte le quotidien économique. Les consommateurs sont même davantage exposés en France que dans d’autres pays européens, retient France Info. La faute à une utilisation plus importante « d’intrants agricoles », explique Anne Le Gall. La journaliste répercute dans sa chronique scientifique la recommandation des experts de l’ANSES : ne pas dépasser 2 grammes par hectare et par an. Elle signale aussi aux fumeurs que le tabagisme est une autre source d’exposition au cadmium.

Le quotidien gratuit 20 Minutes souligne « la dépendance de l’agriculture aux engrais phosphatés, principalement importés du Maroc ». Jérôme Gicquel rappelle que l’ANSES avait déjà recommandé de réduire les doses sur les parcelles agricoles en 2019. Le journaliste glisse au passage que ce type de fertilisant est aussi autorisé en agriculture biologique. Une autre étude, citée par France24, précise toutefois que « les niveaux de contamination en cadmium des aliments issus de l’agriculture biologique sont en effet en moyenne 48 % inférieurs à l’agriculture conventionnelle ». La chaîne de télévision explique également que la réglementation diffère d’un pays à l’autre : la concentration de cadmium maximale autorisée en France est supérieure au seuil fixée par l’Union Européenne. Le Parisien publie une carte de France des sols les plus exposés aux concentrations du cadmium. Il donne aussi la parole au cardiologue Pierre Souvet, cofondateur de l’association Santé Environnement France, qui doit publier un livre en avril sur « les polluants cachés ». Les crustacés, les mollusques et les algues peuvent aussi être riches en cadmium, prévient le Dr Souvet dans un guide à destination des médecins et leurs patients.

On retrouve le Dr Souvet dans Libération, qui sert du cadmium à toutes les sauces avec un plat de spaghettis à la Une et une photo de salade verte fluo en page intérieure. « Le blé dur, qui sert à faire les pâtes, accumule plus de cadmium que le blé tendre qu’on utilise pour le pain », explique Thibault Sterckeman, spécialiste de l’accumulation du cadmium par les végétaux à l’Inrae, à la journaliste Pauline Mouillot. « C’est tout le système alimentaire qu’il faut revoir et pas seulement l’usage des engrais phosphatés », affirme Libé dans son édito. « Il n’existe pas de menu type permettant de se protéger de l’exposition au cadmium », réplique Caroline Coq-Chodorge, journaliste spécialisée « santé » de Médiapart. Le média d’investigation en ligne enfonce le clou sur la nécessité de « revoir les pratiques agricoles ». Dans Le Point, Géraldine Woessner tente à l’inverse de relativiser le danger et déplore que les 392 pages du rapport de l’ANSES « ravive » inutilement les peurs des consommateurs. La journaliste de l’hebdomadaire libéral pense avoir déceler derrière cette avalanche d’articles les manœuvres d’un producteur russe d’engrais pour durcir la réglementation européenne et éjecter ses concurrents marocains et tunisiens du marché. Le Maroc « possède les plus grandes réserves minières en phosphates du monde », expose Stéphane Mandard dans Le Monde, mais « d’autres gisements de phosphates pauvres en cadmium sont disponibles en Finlande ou en Norvège ». Le journaliste ajoute que « des procédés de décadmiation » existent et que leur mise en œuvre entraînerait des « surcoûts agricoles limités », selon l’ANSES.

Par Stéphane Thépot, journaliste

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