23/11/2010
L’actualité Sciences et société. Nov 2010.
Nature du document: Revue de presse
Mots-clés: Obésité , Santé

La graisse fait aussi bien que la moelle osseuse !

Mastocytes

Le tissu adipeux ne cesse de réserver des surprises. Loin d’être un simple réservoir de graisse, il héberge des cellules qui jouent un rôle essentiel dans les réponses du système immunitaire, notamment pour réagir face à une inflammation ou un processus allergique. Leur nom : les mastocytes, présents dans tous les organes du corps.
Jusque là, la communauté scientifique pensait que ces derniers dérivaient tous de précurseurs situés exclusivement dans la moelle osseuse. Une conviction que vient d’infirmer une équipe toulousaine, l’UMR 5241 CNRS/Université Paul-Sabatier, dirigée par Louis Casteilla, en collaboration avec l’équipe du Professeur S. Valitutti (Inserm U563, Toulouse). Ces derniers viennent en effet de montrer, à partir de travaux sur la souris, que ces cellules étaient également produites au sein même de la masse grasse. L’intérêt ? Cette dernière constitue dès lors une source abondante de mastocytes, plus faciles d’accès que les cellules médullaires. A terme, ce sont de nouvelles pistes thérapeutiques qui s’ouvrent, pour les maladies immunitaires : l’obésité, le diabète, l’athérosclérose, l’ostéoarthrite… Sans oublier les allergies.
Explications par la Mission Agrobiosciences.

Commençons par le tissu adipeux, celui qui est dit « blanc » (1), ce fameux gras que certain(e)s cherchent désespérément à réduire, alors même qu’il joue un rôle métabolique vital. On sait en effet depuis longtemps qu’il s’agit là d’une réserve d’énergie en cas de jours maigres, et d’un écran protecteur pour bon nombre d’organes. De même, il est établi depuis belle lurette qu’il joue un rôle endocrinien, abritant quelques dizaines d’hormones (comme la leptine, qui contrôle la prise alimentaire, ou l’adiponectine, qui augmente la sensibilité à l’insuline) dont certaines agissent non seulement localement mais à distance.
Plus récemment, il a été montré qu’il hébergeait également des cellules présentes dans le sang, comme les macrophages et les lymphocytes qui participent à l’immunité, par exemple en détruisant des cellules infectées. Ces cellules, qui forment 20% des cellules du tissu adipeux blanc, sont dites « hématopoïetiques », ce qui signifie littéralement qu’elles produisent des globules sanguins (le grec poiein, dont est issu le terme « poésie », signifiant « agir », « produire », « créer »). Et jusqu’ici, on pensait qu’elles étaient toutes issues de la moelle osseuse, via des cellules souches.
C’est là qu’intervient la « découverte » de l’équipe toulousaine, dont les conclusions ont été publiées dans la revue Stem Cells, le 22 novembre dernier. Ces chercheurs sont en effet parvenus à isoler, chez les souris, un certain type de cellules souches hématopoïétiques. En clair : la masse grasse partage cette capacité avec la moelle osseuse. A cette différence près : les cellules souches du tissu adipeux se différencient majoritairement en mastocytes, dont l’intérêt est de contribuer, de façon majeure, au fonctionnement de notre système immunitaire. Injectées dans le sang des souris et mises en compétition avec les cellules souche de moelle osseuse, elles produisent en plus grand nombre des mastocytes matures et fonctionnels. Mieux, ces cellules souches colonisent d’autres organes que la moelle osseuse, comme l’intestin ou la peau, pour ensuite s’y différencier en mastocytes. Bref, en la matière, le tissu adipeux est une véritable « fabrique » de mastocytes, plus efficace et plus accessible.

Certes, il s’agit là de recherches fondamentales, ainsi que le précise l’un des membres de l’équipe, Béatrice Cousin qui insiste à raison : « Nous sommes encore très loin des applications thérapeutiques. C’est un sujet tout nouveau et il nous faut d’abord démontrer qu’il se passe la même chose chez l’homme. Notre objectif reste avant tout de mieux comprendre le rôle de ces cellules dans le tissu adipeux. » Reste qu’à l’horizon, se profilent peut-être de nouvelles réponses thérapeutiques à des maladies immunitaires, dont certaines sont au cœur des enjeux de santé publique comme l’obésité et le diabète, où les mastocytes joueraient un rôle prépondérant en terme de réponse inflammatoire (dans le cas de l’obésité, par exemple, l’inflammation est produite par la flore intestinale et donne lieu à une réponse immunitaire). Même chose pour l’athérosclérose et l’ostéoarthrite. Sans oublier les allergies, lors desquelles les mastocytes sont les premières cellules activées.
Pour caricaturer, selon que le mastocyte fonctionne correctement ou qu’il se dérègle, il y a là de quoi redonner tout son sens à la distinction populaire entre se faire une bonne ou une mauvaise graisse.

L’actualité Sciences et société. Mission Agrobiosciences. 23 novembre 2010

L’avancée scientifique d’une équipe toulousaine.

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