24/03/2020
20 minutes, France TV info, Les Echos, France 3, BFMTV, Le Télégramme...
Nature du document: Revue de presse

Coronavirus : ces denrées mises hors course

Valeur refuge que l’alimentation en ces temps incertains, où notre anxiété diminue à mesure que se garnissent les étagères du garde-manger. Si la crise du coronavirus constitue un véritable défi pour les filières alimentaires, toutes ne sont pas confrontées aux mêmes problèmes. Alors que la demande s’écroule pour certains produits, d’autres prennent leur envol tels les irremplaçables pâtes, riz, farine ou encore les surgelés. Des habitudes de consommation modifiées, objets de nombreuses attentions. Le point dans cette revue de presse.

Grand froid sur le frais
« Il faut manger des produits frais !  ». Le « cri d’alarme » de Didier Guillaume, le ministre de l’agriculture, lancé aux lendemains de la «  ruée vers les pâtes » et autres produits de longue conservation, aura largement été repris en boucle dans les médias. Si, globalement, les ventes de produit de grande consommation ont connu un bond la semaine ayant précédé l’annonce de confinement (+38%), voici venue l’heure de la décrue pour les produits les plus périssables ou distribués par des canaux bien spécifiques (Les Echos). C’est notamment le cas des fromages sous signe de qualité ou encore des produits les plus fragiles comme la fraise ou l’asperge (Terre-Net/AFP). Idem pour les produits de la pêche, victimes de la fermeture des restaurants et des cantines.

Circonstances aggravantes
Outre les caprices de la demande, les produits frais subissent également les effets secondaires du confinement. Premier d’entre eux, la fermeture des frontières qui rend impossible l’embauche, comme chaque année, des travailleurs saisonniers venus de « Tunisie, du Maroc et des pays de l’Est » (20 minutes). Directement concernés par ce trou d’air, les producteurs de fruits et légumes. D’où cet appel de la FNSEA, puis du gouvernement, adressé aux Français qui n’ont plus d’activité, à venir prêter main forte aux agriculteurs sur le terrain (France TV Info, BFMTV). Les besoins sont loin d’être insignifiants : « pour le mois de mars, il nous faut 45 000 personnes, puis 75 000 en avril, et autant en mai  » indique la présidente du syndicat. Effet insoupçonné de cette crise que celui de révéler au grand jour ce sujet de la main d’œuvre étrangère agricole.
Deuxième facteur, après des jours de tergiversations, le gouvernement aura finalement tranché ce lundi 23 mars au soir : les marchés de plein vent, c’est fini. «  Une catastrophe économique », «  un coup de massue » pour la filière, s’émeut la présidente de la Fédération nationale des marchés de France au micro de France Inter (cité par Le Télégramme). Une mauvaise nouvelle, aussi, pour tous les producteurs engagés dans la vente directe sur les marchés. A en croire Pleinchamp, certains ont d’ores et déjà anticipé l’annonce et commencé à organiser autrement la vente, en optant par exemple pour la livraison à domicile. Pour limiter la casse, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire a appelé «  les grands distributeurs à un nouvel effort : approvisionnez-vous en produits français  ». Le maître mot : « patriotisme économique » (Le Figaro).

Le retour en grâce du modèle industriel ?
Sur le devant de la scène depuis le début de la crise, les distributeurs et, plus largement, le modèle agroindustriel, souvent décriés, vont-ils connaître un retour en grâce ? C’est en tout cas ce que suggère Bernard Gaud, du cabinet Auris Finance dans un entretien accordé à La Tribune. Si, encore récemment, le secteur agroalimentaire était confronté à « l’agrobashing », la crise va peut-être bousculer les représentations. Alors que le coronavirus réveille en nous la crainte de la pénurie, reléguant au second plan la question de la qualité nutritionnelle des produits, «  les industriels retrouvent aux yeux des consommateurs leur raison d’existence, puisqu’on comprend bien que le marché paysan du coin ne pourra pas à lui seul alimenter tout le monde  » avance l’analyste. Tout n’est pas gagné pour autant. « La crise rappelle aussi à tout acteur du secteur qu’il fait désormais partie d’une chaîne logistique globale très allongée, y compris géographiquement. (…) La crise va sans doute pousser l’industrie à en revoir certains excès comme la fabrication à des milliers de kilomètres d’aliments frais qui pourraient être produits localement » précise-t-il.
C’est également le point de vue développé par Stéphane Linou, conseiller en développement local, dans les pages de 20 minutes. Ce locavore convaincu voit dans cette crise « la claque pédagogique dont on a parfois besoin pour prendre conscience des choses  ». Notre talon d’Achille ? Le transport. Ainsi, dans nos systèmes alimentaires mondialisés, les denrées circulent d’un bout à l’autre de la planète, parfois juste pour être transformées. Non pas un mais « LE point de vulnérabilité » du système.
Alors finalement, que mangeons-nous à l’heure du coronavirus ? Pour y répondre scientifiquement cette fois, on pourra consulter les résultats de l’enquête que viennent de lancer deux chercheurs du CNRS. Rassurez-vous, vous n’aurez pas à attendre trop longtemps : les premiers résultats, à chaud, seront dévoilés la semaine prochaine. On ne manquera pas de vous les relayer.

Lire également, en complément de la revue de presse, le Thread de la revue Sesame du 18 mars qui suit un fil similaire sur les contextes espagnols et italiens.

Sources :

  • Coronavirus : quels effets secondaires sur la consommation ? France 3 Bretagne, 7 mars 2020. Accéder à l’article
  • Coronavirus et confinement : les ventes de produits de grande consommation ont explosé. Les Echos, 21 mars 2020. Accéder à l’article
  • Le coronavirus aura-t-il la peau des produits frais ? Terre-Net, 21 mars 2020. Accéder à l’article
  • Coronavirus : les agriculteurs cherchent 200 000 volontaires pour aider à « remplir nos assiettes ». BFMTV, 23 mars 2020. Accéder à l’article
  • Fil d’actu de France TV info. Accéder au fil
  • La fermeture des marchés de plein air, « une catastrophe » pour la filière. Le Télégramme, mardi 24 mars 2020. Accéder à l’article
  • Vente directe et coronavirus : entre effet d’aubaine et inquiétudes. Pleinchamp, 23 mars 2020. Accéder à l’article
  • Bruno Le Maire appelle la distribution à acheter des produits aux agriculteurs français. Le figaro, 24 mars 2020. Accéder à l’article
  • Alimentation : « les industriels retrouvent leur raison d’existence » La Tribune, 23 mars 2020. Accéder à l’article
  • Le coronavirus, une « claque pédagogique » pour nous faire réfléchir à notre autonomie alimentaire ? 20 minutes, 20 mars 2020. Accéder à l’article
Revue de presse du 24 mars 2020.

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