07/01/2021
Revue de presse du jeudi 7 janvier 2021
Nature du document: Revue de presse
Mots-clés: Crises , Politiques , Santé , Travail

Suicide et santé mentale : les autres maux de 2020

2021 est certes l’année internationale de la paix et de la confiance. Mais, pour l’heure, c’est plutôt la morosité et le spleen qui dominent. Alors que l’Angleterre se reconfine et que l’agressivité du virus ne faiblit pas, les professionnels de santé alertent sur une autre « épidémie » tout aussi pernicieuse : l’augmentation des troubles dépressifs, laissant craindre une recrudescence des tentatives de suicide. Retour dans cette revue de presse sur ce mal qui n’épargne aucune profession ou catégorie socioprofessionnelle et qui est devenu, notamment dans le secteur agricole, une priorité politique.

Les répercussions de la crise du Covid-19 sur la santé mentale

« Il y a eu les traumatisés de la guerre, il y aura les traumatisés du Covid  ». Cet infirmier psychiatrique ne mâchait pas ses mots, en mai dernier, pour décrire à Marianne sa vision de l’épidémie. Loin d’être un constat isolé, de nombreux professionnels de santé alertent ces derniers temps sur la dégradation de l’état de santé mentale de la population. Pour suivre l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur nos vies, Santé Publique France a d’ailleurs lancé en mars dernier une enquête de suivi. Livrant régulièrement ses conclusions, celle-ci faisait état, en novembre dernier, d’une forte hausse de l’anxiété, des états dépressifs comme des troubles du sommeil par rapport à un contexte « hors épidémie ».
Prudents quant aux chiffres, «  qui mettent plusieurs années à remonter », plusieurs psychiatres s’inquiètent néanmoins dans Marianne de la « recrudescence des idées suicidaires  ». Un risque sur lequel insiste également une étude de la Fondation Jean Jaurès au titre sans équivoque : « Suicide : l’autre vague à venir du coronavirus ?  ». Mêmes craintes évoquées dans les pages de la Nouvelle République où les professionnels interrogés constatent une «  augmentation de 20% des consultations pour anxiété et des problèmes d’addictologie accrus  ». A leurs yeux, il faut également distinguer le premier du second confinement : «  C’est l’effet de répétition qui génère le plus d’angoisse  », précisent-ils.
Les personnes les plus touchées ? Les précaires, les jeunes ainsi que « ceux qui vivent sur de petites surfaces » et les chômeurs. Parmi eux, la situation des étudiants préoccupe au plus haut niveau, suite à plusieurs suicides dans les résidences universitaires, comme le détaille un long article du Monde. Portrait d’une génération en proie à un état dépressif croissant qui va devoir affronter de surcroit, après la crise sanitaire, la crise économique.

Prendre le mal à la racine

Bien que touchant toutes les catégories de la population, cette détérioration de la santé mentale sévit également dans des secteurs où les individus sont d’ores et déjà très fragilisés. L’agriculture est de ceux-là. Chez nos voisins canadiens, le gouvernement québécois a octroyé l’été dernier, «  un soutien financier récurrent de 400 000 $ à l’organisme ‘Au cœur des familles agricoles’ », une association d’entraide en milieu agricole. Objectif : appuyer des actions de prévention pour faire face à la « grande détresse » des agriculteurs, explique Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, dans l’express.ca. Déjà manifeste depuis quelques années, le mal-être s’est accentué avec la pandémie de Covid-19, qui a fortement modifié les marchés outre-Atlantique, précise Radio Canada.
En France, sans la lier à l’épidémie de Covid-19, la Mutualité Sociale Agricole a fait elle aussi, de la santé mentale, un axe fort de sa politique de financement de la recherche. Comme le relate Agrapresse, elle a octroyé en décembre 2020, 500 000€ à sept projets de recherche, dont «  deux portent sur le suicide et deux autres sur la santé mentale en agriculture ». Citons notamment l’étude MOSA, menée avec l’Université de Franche-Comté, qui concernera « la surmortalité par suicide des agriculteurs de 25 à 39 ans et de plus de 65 ans ». Les chercheurs s’attacheront notamment à mieux évaluer le rôle que peuvent jouer « le décalage existant entre les représentations du métier et la réalité vécue par les jeunes installés, et l’angoisse générée par l’absence de successeur familial ». Autre projet, celui proposé par l’Université de Toulouse 3, axé sur la transition agroécologique et la santé mentale - Mentagro. Il s’agit dans ce cas de déterminer si « cette transition détériore ou pas la santé mentale des exploitants » et, donc, de trouver des stratégies pour y faire face.

La détresse des agriculteurs, priorité politique

Les politiques sont eux aussi sur le pont. Ainsi, le 1er décembre dernier, le député du Lot-et-Garonne Olivier Damaisin, remettait un rapport sur la prévention du suicide des agriculteurs. Le quotidien l’Union liste, parmi les 29 propositions de l’élu, les principales recommandations telles que la « diffusion d’une information générale et non stigmatisante sur le mal-être pour qu’il ne soit plus un sujet tabou  », la formation de sentinelles pour repérer les agriculteurs fragilisés, la coordination des actions existantes, un meilleur accompagnement des exploitations en difficulté ou encore une communication «  positive » de l’agriculture face à un sentiment de dénigrement. Autre action préconisée, la pérennisation de « l’aide au répit  », permettant le remplacement pendant dix jours d’un agriculteur en situation d’épuisement et que, révèle Le Figaro, les «  ministères de l’Agriculture et des Finances n’avaient pas souhaité reconduire ».
Si cette dernière recommandation a été saluée de toutes parts, plusieurs syndicats et associations dénoncent cependant des «  angles morts ». Terre-net nous apprend ainsi que la FGA-CFDT regrette que «  aucune organisation de salariés en agriculture n’[ait] été auditée, alors qu’ils représentent 60 % des actifs en agriculture » et que « en 2015, 233 salariés agricoles se sont suicidés  ». Pour cette même année 2015, 372 suicides d’exploitants avaient été recensés. Dans son édito, Plein champ insiste de son côté sur les critiques émises par l’association Solidarité Paysans, réseau actif sur ces questions. Son analyse : «  le mal n’est pas pris à la racine  » (…) «  Il faudrait surtout interroger le modèle de développement agricole, responsabiliser l’amont et l’aval de la production, et former les futurs paysans à une agriculture plus autonome, respectueuse des Hommes et de la terre » affirme l’association. Côté ministère, Julien Denormandie a indiqué qu’il proposerait dans les prochains mois un «  plan d’action opérationnel  » (La dépêche du Midi).

Briser le silence

Le député n’est pas le seul à se pencher sur le sujet. Au Sénat, la Commission des Affaires économiques a créé depuis plus d’un an un groupe de travail transpartisan sur la détresse agricole. Avec, pour philosophie, celle de « sortir de l’approche très administrative de cette question tragique pour lui donner un aspect beaucoup plus humain » explique la sénatrice Sophie Primas au Figaro. Après une série d’auditions, les élus ont ouvert mi-décembre une plateforme pour recueillir, de façon anonyme, les témoignages des proches. Une manière de briser l’omerta autour de ce sujet : «  ce fléau se renforce du silence qui l’entoure  » rappelle Henri Cabanel, copilote du groupe de travail. Autant de raisons de continuer d’en parler.

SOURCES :

Marianne, La Nouvelle-République, le Monde, Radio Canada...

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