12/05/2026
La revue de presse du 12 mai 2026
Nature du document: Revue de presse
Mots-clés: Consommation , Paysage , Terroir , Travail

Quel avenir pour la vigne ?

Face aux faillites en cascade, un établissement foncier va racheter les parcelles de vignes arrachées pour limiter la casse et les friches en Gironde. Elever des poulets ou élever le vin au rang d’un produit de luxe, l’avenir des vignobles interroge en France comme en Suisse. Le point dans cette revue de presse signée Stéphane Thépot.

Faut-il se résoudre à arracher les (« mauvaises ») vignes pour sauver le (« bon ») vin ? C’est en substance ce que préconise le journaliste Patrick Monay. Dans son édito de l’édition dominicale du quotidien francophone 24 Heures, le rédacteur en chef de ce titre du groupe Tamedia, leader de la presse helvétique, trie le bon grain de l’ivraie. « Le monde du vin a trop tardé à réagir à la baisse de la consommation  », assène Patrick Monnay. Est-ce que des oliviers vont remplacer les vignes sur « le majestueux vignoble surplombant le Léman  » ou va-t-on plutôt y construire « des immeubles pour répondre à la pénurie de logements », demande le journaliste ? Au final, les vins suisses seraient à considérer moins comme des vieux coucous que des produits de luxe, destinés à l’export et une clientèle exigeante. Ils peuvent « miser sur les produits haut-de-gamme » ... comme dans l’horlogerie. « L’arrachage des vignes renforcera leur qualité  », assure le chroniqueur libéral du Matin Dimanche.

La Radio-Télévision Suisse (RTS) s’intéresse aussi à la sévère restructuration en cours du vignoble en France. « Certaines régions dans le vignoble français produisent trop de vins par rapport à leur capacité de commercialisation  » diagnostique Jérôme Baudouin au micro de la chaîne de service public helvétique. Le rédacteur en chef de La Revue du Vin de France (RVF) est intervenu à l’Assemblée Nationale à l’occasion d’un colloque sur l’avenir du vignoble français, début mai. « Très peu de parlementaires étaient présents dans l’hémicycle », observe la RTS. Moins abrupt que Patrick Monay, le journaliste français se montre davantage inquiet de la disparition annoncée de 150.000 ha de vignes en France, soit 20% des surfaces plantées dans tout le pays. «  La viticulture est une des dernières agricultures de "l’économie peuplante", qui concentre énormément de main-d’œuvre sur une petite surface, souligne Jérôme Baudouin. Des villages, des villes moyennes, des petits bourgs vivent encore parce que la viticulture est un tissu économique viable », assure le journaliste de la RVF.

Friches et faillites en cascade

Outre le bilan des trois vagues successives d’arrachages subventionnés des vignes dans le Bordelais et le recul des hectolitres de vins produits (-25 à 35% en dix ans, hors grands crus), Passion Aquitaine livrait dès le début de l’année 2026 un chiffre alarmant. Les tribunaux girondins ont enregistré 265 défaillances d’exploitations viticoles en 2024, révélait ce média en ligne du groupe Ouest France. « Que va-t-il rester des villages viticoles de Gironde  », demande la journaliste Charline Lataste ? « Dans les zones les plus exposées, dont l’Entre-deux-Mers, le Blayais et les Côtes de Bourg, des professionnels estiment que sur les 110 000 hectares du vignoble bordelais, seulement 30 000 sont économiquement viables », rapporte la journaliste, fraîchement arrivée en Nouvelle Aquitaine. La Tribune actualise ces données en recensant de son côté 123 ouvertures de procédures collectives en 2025. Elles se sont traduites par 81 redressements et 19 liquidations judiciaires. Pierre Cheminade, correspondant du média économique numérique à Bordeaux, ajoute à cette liste de défaillances financières la faillite retentissante d’une entreprise spécialisée dans la location de tonneaux qui avait pignon sur rue à Bordeaux.

Le tableau général d’une crise qui frappe toute la filière en Gironde est confirmée par le Conseil national des administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires (CNAJMJ), au détour d’un article du Figaro consacré à une « initiative inédite » : une « foncière » dotée de 20 millions d’euros d’argent public et d’un consortium de banques, pour « racheter des terres » (5.000 ou 6.000 euros l’hectare) afin de « désendetter des vignerons, tout en finançant une distillation d’excédents  », comme l’explique Dominique Techer de la Confédération Paysanne. Ce viticulteur de 75 ans, installé en bio à Pomerol, est l’instigateur de cette sorte de SAFER spécialisée, présentée au public dans des lycées agricoles de Montagne et Langon, le 5 mai dernier. « Moi, je veux sauver les paysans et les gens qui bossent douze, parfois quinze heures par jour et qui se retrouvent ruinés... Le paysage girondin, 110.000 hectares, c’était une anomalie agronomique  », dit Dominique Techer, en rapprochant le vignoble bordelais... de la restructuration des bassins miniers et métallurgiques. « Certains vont arrêter, c’est normal, mais d’autres vont se projeter vers d’autres cultures. Il y a des possibilités de polycultures, comme on l’a connu par le passé en Gironde  », reconnaît Bertrand Fages, président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), au micro d’Ici Gironde. Parmi les pistes de diversification ou de reconversion évoquées, le président de la SAFER cite à l’antenne les élevages de poulets : « En 90 jours, on fait une bande de poulets et ça peut refaire de la trésorerie assez rapidement », assure Fabien Joffre.

Par Stéphane Thépot, journaliste

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