20/04/2026
Pesticides et santé humaine : un sujet maltraité ?
Nature du document: Actes des débats
Mots-clés: Cancer , Pesticides , Santé , Travail

[Pesticides 1/3] « Le monde agricole prend conscience du danger »

Lire précédent : présentation du forum

Premier temps fort du forum « Pesticides et santé humaine : un sujet maltraité ? », l’introduction de l’association Agri’Culture & Société.

Christian Manauthon, agriculteur et membre de l’association : « Rares sont ceux qui réfutent la nocivité des pesticides notamment envers le principal utilisateur, le paysan. Rares sont ceux qui réfutent la nocivité du tabac notamment envers le principal utilisateur, le fumeur. Je suis fumeur, mais à la différence de l’agriculteur, il est tout à fait concevable que nous en discutions, que chacun avance ses arguments, sans haine, sans suspicion, sans jugement. Dans mon cas, la seule condition imposée sera que le débat ait lieu en terrasse afin que je puisse librement tirer sur ma clope…

Je suis passé en agriculture biologique uniquement pour des raisons économiques, mais quel que soit le contexte, un retour vers l’agriculture conventionnelle me serait impossible pour l’unique raison que je ne veux plus être en contact direct avec ces produits. Pour la cigarette, oui. Pour les produits phytosanitaires, non. Belle contradiction, me direz-vous ! Loin de moi, donc, l’idée d’avancer, en introduction de ce débat, quelque piste que ce soit puisque moi-même je n’arrive pas à m’expliquer mon propre comportement.

Ce qui me rassure et qui m’inquiète à la fois, c’est que mon cas n’est pas unique. 15 millions de fumeurs en France. 340 000 exploitations agricoles conventionnelles en France. Durant l’épisode Covid, 50 millions de citoyens qui ne supportent pas une alimentation à base d’OGM mais qui s’en injectent allègrement directement dans le sang. Il doit y avoir, dans le lot, quelques cas désespérés qui cumulent, à la fois, paysan, fumeur et vacciné, mais ça fait quand même du monde qui se confronte au même dilemme que moi… Une première question s’impose : cette omerta sur les méfaits de certaines substances est-elle propre au milieu agricole ?

Pourtant, quelques exemples laissent penser que ce monde agricole prend conscience du danger. Ce producteur de poireaux qui, aujourd’hui, avec un produit moins nocif, fait 12 traitements insecticide sur sa parcelle alors qu’auparavant il n’en faisait qu’un seul… Le témoignage de cet entrepreneur dont les clients sous-traitent de plus en plus l‘épandage, lui-même conscient qu’ils lui délèguent une part d’empoisonnement… On a l’impression que l’agriculteur prend conscience du danger mais se refuse toujours à l’exprimer, vrai ou faux ? Et pourquoi ?

A sa décharge, il faut reconnaître que son environnement est de plus en plus en plus exigeant et pointilleux sur la qualité – excusez-moi pour le terme qualité. Une benne de haricots verts peut être refusée si elle présente trop de mauvaises graines ou d’insectes. C’est notifié dans son contrat. Même si l’agriculteur n’est pas emballé, pas d’insectes égal insecticide, pas de mauvaises graines égal désherbant. Sinon pas de contrat. Si pas de contrat, pas de revenu. J’obéis et je me tais, sinon je meurs de faim. Mourir de faim ou d’autre chose….

Pour infos, Phyteis représente 90% du marché de la protection des cultures en France, protection des cultures, pas des cultivateurs, je précise, annonce un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros… On comprendra aisément, qu’en bout de chaîne, le paysan n’a pas trop son mot à dire. Je conclurai par une petite anecdote.

Dans ma jeunesse, j’ai eu produit des légumes, dont des tomates. Généreux, j’en propose gratuitement à mon voisin qui m’envoie « bouler » arguant du fait que je les inondais d’insecticide. Naïf, je m’informe sur sa capacité à produire d’aussi belles et saines tomates dans son jardin. Il m’explique qu’il ne met absolument rien sur ses tomates à part un traitement de Decis, le même insecticide que j’utilisais sur l’exploitation. Mais lui, juste une cuillère à soupe. La dose homologuée que je pratiquais était de 0,3 litre par hectare. Sa cuillère à soupe sur ses 5 pieds de tomates, je l’avais évaluée à 30 litres par hectare. Je lui en avais fait la remarque. Il n’avait pas apprécié. Mais, grâce à ce petit échange, courtois mais piquant, l’année suivante, il se fit un plaisir de m’apporter un kilo de tomates, plus nature que ça tu meurs…

Débattre, argumenter, discuter, discutailler, ferrailler même sert toujours à faire avancer les choses pour plus de transparence, de vérité, de crédibilité. Espérons que ce débat serve à ça… »

LES SÉQUENCES DU FORUM « PESTICIDES ET SANTÉ HUMAINE : UN SUJET MALTRAITÉ ? »
• Présentation de la rencontre et contexte (cliquez ici)
• Propos introductifs de l’association Agri’Culture & Société (cliquez ici)
• Contours du sujet par la sociologue Agossè Nadège Degbelo (cliquez ici)
• Points clés des discussions avec les participants et conclusion (cliquez ici)

L’association Agri’Culture & Société est composée d’agriculteurs, de citoyens du territoire et d’enseignants. Son but : ouvrir la réflexion sur les problématiques agricoles au plus grand nombre. Elle organise tout au long de l’année à Vic-en-Bigorre des rencontres-débats.

L’introduction d’Agri’Culture & Société, par Christian Manauthon

Mot-clé Nature du document
A la une
BORDERLINE, LE PODCAST

Les limites en débat dans les champs des sciences et du vivant.

BorderLine est une série de podcasts gratuits coproduit par le Quai des Savoirs et la Mission Agrobiosciences-INRAE.

Dernier épisode : Sécheresse, comment fixer la ligne de partage des eaux ?

Voir le site
Top