20/12/2021
France 3 ; Sud-Ouest ; Terre net ; l’Usine nouvelle ; RFI ; la Dépêche du Midi ; Le Monde
Nature du document: Revue de presse

Lait : comme un poids à l’estomac

Les fêtes de fin d’année risquent de rester sur l’estomac des éleveurs laitiers. Dans le Sud-Ouest, ceux qui approvisionnaient l’usine Danone de Villecomtal-sur-Arros, dans le Gers, devront dès janvier 2023 trouver un autre acheteur, l’entreprise ayant annoncé qu’elle faisait de ce site un lieu intégralement dédié à la production de boissons végétales. De l’autre côté des Pyrénées, les éleveurs espagnols sont à bout de nerfs, amers face à la pression des industriels. Tour d’horizon d’une profession en mal d’avenir dans cette revue de presse du 20 décembre 2021.

Danone végétalise son offre…

Changement de cap pour la laiterie gersoise de Villecomtal-sur-Arros. Dès 2023, ce n’est plus du lait collecté dans six départements du Sud-Ouest qui y sera transformé, mais de l’avoine, en provenance d’Allemagne et de plusieurs pays nordiques (France info). Hier fleuron des yaourts aux fruits, l’usine va désormais devenir la pièce maîtresse de Danone pour conquérir le marché des boissons végétales.
Comme le détaillait mi-novembre le Groupe, dans un communiqué de presse largement repris, «  le marché de l’alimentation végétale a triplé au cours des sept dernières années et devrait encore croître de 50% d’ici à 2025 en France ». En y consacrant ainsi une usine de fabrication, Danone prévoit d’accroître « sa capacité de production de boissons végétales de 25% d’ici 2024  », tout en « réduisant son empreinte carbone de 70%  » se réjouit Thierry Pasquet, le directeur du site (cité par France 3). Objectif : partir à la conquête des marchés européens, notamment ceux de l’Europe du Sud, encore balbutiants.

… et laisse les producteurs sur la paille

Des Landes aux Pyrénées-Atlantiques, ce revirement laisse, outre une partie des salariés de l’usine, près de 190 éleveurs sur la paille. « Dans le département du Gers, où la filière est déjà en péril, c’est près d’un tiers des exploitations agricoles laitières qui vont être impactées. Il est nécessaire de trouver une solution pour que la production gersoise perdure sans entrainer une augmentation du coût de transport [NDLR vers d’autres laiteries] pour les éleveurs » arguent les Jeunes Agriculteurs (France 3). Dans un communiqué salé, les Chambres d’Agriculture du Sud-Ouest font elles-aussi part de leur colère, au regard notamment des délais, très courts : le passage au tout végétal est programmé dès le début 2023 (Sud-Ouest).
La pilule passe d’autant plus mal que, comme le révèlent Terre-Net et l’Usine Nouvelle, Danone n’a pas prévu de « réduire sa production de yaourts en France ». Les volumes jusqu’alors traités à Villecomtal-sur-Arros seront transférés vers d’autres sites de Danone, à savoir Bailleul (Nord), Pays de Bray (Seine-Maritime) et Saint-Just-Chaleyssin (Isère), investissements à la clé. Mais le lait, lui, ne sera plus acheté auprès des producteurs du Sud-Ouest.
« Quand il y aura la rupture de contrat, il n’y aura plus de collecte par Danone, on sera sans acheteur » pour soixante-dix millions de litres de lait, lâche à l’AFP Romain Gavoille, président de l’OPSOL, l’Organisation des Producteurs Sud Ouest Laitier (Terre Net). Dorénavant, charge à l’Organisation de négocier les «  conditions de rupture du contrat  » et de chercher de nouvelles entreprises laitières (Dépêche du Midi). Rien que ça…

A en faire saliver plus d’un

Du lait, il en est également question sur les ondes de RFI qui a consacré une série de reportages à ce thème brûlant. La journaliste Sarah Cozzoline a posé valises et micros au Brésil, «  l’un des plus grands consommateurs de lait de vache au monde ». Ici aussi, et ce n’est pas intuitif, les boissons végétales sont en plein boum, avec un taux de croissance à en faire saliver plus d’un : + 860% depuis 2015. Certes, le marché partait sans doute de loin, mais la dynamique est là. Côté produit, ce n’est pas l’avoine qui est roi, mais… le soja. Reste que si celui-ci « domine encore le marché, il perd chaque année des consommateurs, inquiets de l’impact de cette culture sur l’environnement ». Conséquences : les professionnels du secteur s’orientent de plus en plus vers des produits emblématiques de la culture brésilienne comme la noix de cajou, la noix de coco, l’amande voire, même, «  des substituts pensés en laboratoire, qui se rapprochent le plus possible de la texture et du goût du lait de vache ».

En Espagne, le secteur bout

Toujours sur les ondes de RFI, on pourra également écouter les témoignages des éleveurs laitiers espagnols de Castille-et-Leòn, à deux doigts d’entamer une grève du lait. Actuellement, ceux-ci perdent entre six à dix centimes par litre de lait : alors que les prix de l’électricité, du diesel ou du plastique, encore indispensable pour emballer le foin, ont grimpé depuis le début de l’année, celui du lait plafonne à trente centimes. Dans la région de Leòn, une partie d’entre eux manifestent régulièrement devant le siège de Lactiber, principal industriel du coin. «  Les éleveurs font pression car c’est en décembre que sont renégociés les contrats du lait pour l’année qui vient » explique l’un des manifestants à la journaliste Diane Cambon.
L’ire n’est pas seulement pécuniaire. « Abandonnés au marché du lait et au bon vouloir des multinationales », méprisés par les citadins, les éleveurs s’inquiètent également d’une disparition progressive des actifs dans leurs rangs. « On accuse une baisse de 7% des éleveurs en moyenne en Espagne » témoigne ainsi un représentant du syndicat COAG. A terme, c’est tout un tissu économique qui est menacé, font valoir les intéressés, qui se considèrent un peu comme le dernier rempart au dépeuplement des campagnes ibériques.
Des propos qui font écho au constat dressé lors du dernier recensement agricole français. Publié le 10 décembre 2021, celui-ci fait état d’un recul de l’élevage, « le nombre d’exploitations spécialisées dans la production de lait ou de viande ayant plongé de 31 %  » par rapport à 2010 (Le Monde).

Sources :

Revue de presse du 20 décembre 2021

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