24/02/2026
Revue de presse du 24 février 2026
Nature du document: Revue de presse

Au salon, l’amour vache entre agriculteurs et Emmanuel Macron

L’inauguration de l’édition 2026 du salon de l’agriculture s’est déroulée sans heurts majeurs. Après le président de la République, tous les prétendants à l’Elysée vont se succéder porte de Versailles, sans aucun bovin et dans un climat de désillusion grandissant dans les campagnes à l’égard des politiques. Adieux veaux, vaches, couvées…

Des brebis avec des lunettes noires. Faute de vaches, c’est avec un agneau de race Caussenarde dans les bras qu’Emmannuel Macron a inauguré le salon international de l’agriculture (SIA), samedi 21 février à Paris. Le cliché figure sur le site en ligne de 20 Minutes. Une photographie similaire avait déjà été publiée l’an dernier dans Paris Match pour illustrer une inauguration « plus apaisée » qu’en 2024. Cette fois, le cliché diffusé par l’agence SIPA a été sélectionné par le quotidien gratuit pour illustrer une courte dépêche de l’agence France Presse qui mentionne également le passage du président de la République sur les stands des territoires d’outre-mer, où il a notamment retrouvé l’éleveur martiniquais contraint de renoncer à présenter Biguine, choisie pour être l’égérie de l’édition 2026 du SIA. La vache brahmane était toutefois présente sous la forme d’un hologramme, rapporte la chaîne de télévision La 1ère. « Les autres années, il ne passait jamais », glisse le président de la chambre d’agriculture de Guadeloupe à la télévision publique des territoires ultras-marins. Cette année, les stands des régions d’outre-mer, généralement relégués « au fond » du parc des expositions de la porte de Versailles, ont été regroupés avec les produits de métropole qui participent au Concours Général Agricole dans le Hall 5, explique un journaliste du Parisien lors d’une séance de chat avec ses lecteurs.

L’AFP rapporte de son coté la déception d’un leader syndical de la Coordination Rurale. « Les agriculteurs attendaient de ce salon des réponses. Là, il n’y a pas une vache. Il n’y a plus rien. C’est une honte », déplore José Pérez sous son bonnet jaune de président départemental du syndicat dans son fief du Lot-et-Garonne. « Pas d’odeurs, pas de bouses sous la semelle, pas de chaleur des bêtes pour réchauffer les allées, pas de meuglement », énumère la journaliste du quotidien régional Sud Ouest. Valérie Deymes évoque une inauguration « un peu triste » dans « un climat quelque peu plombé » et « avec moins de médias que d’habitude ». Le Courrier International profite de l’occasion pour republier un article du quotidien suisse Le Temps rapportant qu’Emmanuel Macron avait « fait pression » au début du mois de février à Vesoul pour tenter de revenir sur la décision de ne pas présenter de bovins en raison de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse. « Un aspect typique de la verticalité du pouvoir », analyse le journaliste et essayiste suisse Paul Ackermann.

« En France, on attend du président de la République qu’il agisse sur tout ce qui compte et qui tient à cœur, même le nombre de vaches qu’il y aura au Salon de l’agriculture », s’étonnait le journaliste de la confédération helvétique. Emmanuel Macron a d’ailleurs assuré « qu’il allait peser de tout son poids pour que Biguine soit présente au Salon de l’agriculture en 2027 », confie l’éleveur martiniquais Andrée Prosper à Pleinchamp. Le site spécialisé du Crédit Agricole rapporte au passage que les cinq vaches brahames se sont parfaitement acclimatées aux cotés de l’élevage de charolaises qui les hébergent depuis novembre dans le département de la Haute-Saône. Elles resteront en métropole et leurs veaux feront le voyage de retour, explique le journaliste Raphaël Lecocq.

Le défilé des présidentiables de 2027

Sans surprise, ce sont les agriculteurs de la Coordination Rurale qui sont les plus vaches avec Emmanuel Macron. Mais ils ont été tenus à distance par « un imposant service de sécurité » rapporte Libération. Les deux envoyés spéciaux observent que leurs pancartes, « hostiles à « ’’l’écologie punitive’’ ou au ’’blabla’’ du Président », ont toutefois été « immortalisées » par les caméras. « Emmanuel Macron n’a pas rassuré les exposants, n’a pas convaincu les syndicats », énumère Le Point. « Le président en fin de mandat a serré des mains… dans le vide », résume Thomas Graindorge.

« Personne aujourd’hui, de Mélenchon à Le Pen, n’a un projet sérieux pour nous », déplore dans Mediapart un bonnet jaune de la Coordination Rurale, qui a fait le déplacement avec une cinquantaine d’agriculteurs du Lot-et-Garonne. « On n’a rien de spécial contre Macron mais on n’en attend plus grand-chose. On a plutôt appris depuis à se débrouiller tout seuls », ajoute une vigneronne bio de Gironde qui s’est diversifiée en se lançant dans l’élevage ovin.

« Signe de ce sentiment de lassitude générale, même la puissante FNSEA, accusée d’être trop proche du gouvernement par ses syndicats concurrents, a expliqué « ne plus attendre aucune vision » de la part du président », relève Anthony Bertelier dans le Huffpost. « On attend le lancement de la “présidentielle agricole” lors de ce salon pour échanger avec les futurs candidats », explique Arnaud Rousseau. « Pour la plupart des syndicalistes qui se sont exprimés, l’enjeu du salon cette année n’est pas forcément la rencontre avec le président, mais celles qui s’annoncent avec les prétendants pour 2027 », analyse l’article du HuffPost. Un défilé qui agacerait presque le président du SIA. « C’est un vrai casse-tête à organiser », avoue Jérôme Despey au micro de RMC. « Nous avons diminué le nombre de personnes qui accompagnent chaque personnalité. Désormais, nous demandons des parcours précis, car il faut sécuriser les exposants et les visiteurs » explique le viticulteur de l’Hérault, n°2 de la FNSEA.

Par Stéphane Thépot, journaliste

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