08/03/2010
Vient de paraître dans le cadre de "Ça ne mange pas de pain !". Mars 2010
Avec : Joël Gellin
Mots-clés: Génétique

Art et science. Clonage : la réplique des artistes (interview originale)

En février 2010, la Mission Agrobiosciences consacrait son émission radiophonique mensuelle "Ça ne mange pas de pain ! " aux liaisons plus ou moins heureuses entre les arts, l’alimentation et les sciences. Au menu de cette spéciale "Le festin des muses", nature morte, design, littérature dans une rencontre avec Pascal Dessaint, et enfin une interview de Joël Gellin, généticien à l’Inra et co-auteur d’une pièce, "Billy est mort, vive Billy", destinée à faire réfléchir le public sur les questions posées par le clonage. Un parti pris : pas de prise de tête, mais de l’humour pour faire un pas de côté sur ce sujet grave et complexe.
"Billy est mort, vive Billy" sera jouée par la compagnie 2 sous dessus, le samedi 27 mars 2010, à 20h30, lors du 8ème Festival « Théâtralement vôtre », à l’Espace Boris Vian de la Salvetat St Gilles (31). D’une durée de une heure, elle sera suivie d’un débat.

Clonage : la réplique des artistes
Une interview Les Pieds dans le Plat, février 2010

Sylvie Berthier. Mon invité, Joël Gellin, généticien à l’Inra, a choisi une autre manière de parler de la science et en particulier d’un clonage, avec le théâtre. Il est le coauteur de la pièce « Johnny est mort, vive Johnny ! », qui a été rebaptisée « Billy est mort, vive Billy ! » pour la scène. On le comprend, car Johnny est une star de Rock’n Roll dans la pièce. Il n’aurait pas été de bon ton de le faire mourir, bien qu’il n’y ait pas plus de ressemblance que cela avec un personnage de la vraie vie.
"Billy est mort, vive Billy" sera jouée le samedi 27 mars 2010, à 20h30, lors du 8ème Festival « Théâtralement vôtre », à l’Espace Boris Vian de la Salvetat St Gilles (31). Cette pièce qui dure une heure sera suivie d’un débat.

Bonjour Joël. Vous êtes généticien à l’Inra et co-auteur de cette pièce. Qui est l’autre auteur ?
Joël Gellin. L’autre auteur est un scientifique, un peu loufoque comme moi. Il s’agit de Thomas Boudier qui est un brillant mathématicien à Paris. Nous avons eu l’occasion de discuter de ce projet, je me souviens, un soir dans une crêperie à la gare Montparnasse. Nous avons écrit cette pièce ensemble, en 2008. Moi, j’étais principalement dans les idées, et Thomas s’est chargé de l’écriture et de la structure scénique.

Pouvez-vous nous donner le pitch de la pièce ?
Nous partons d’une famille comme une autre, les Perrin, qui ont un fils unique, Billy, mordu de Reggae. Les parents un peu balourds sont fans de Billy Summer, une star de Rock’n Roll. Jusqu’au jour où la mort de ce dernier est annoncée à la radio. Les parents décident alors de révéler à leur fils le secret qu’ils portent depuis 17 ans : lui, leur fils Billy Perrin est en fait celui de Billy Summer. Est-ce vrai ? Madame a-t-elle fauté ? Y-a-t il autre chose de plus bizarre ?
Quoi qu’il en soit, les parents du jeune Billy Perrin réclament l’héritage du chanteur. Et l’essentiel de la pièce concerne le procès qui s’engage.

Le but est d’amener le public à réfléchir au sujet complexe qu’est le clonage… parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : Billy Perrin est le clone de Billy Summer. Vous êtes scientifique, pourquoi avoir choisi de mettre ce sujet en scène, et non pas de le traiter au travers d’une conférence-débat classique ?
D’abord, il faut rappeler que le clonage humain n’est pas possible actuellement, ne serait-ce que pour des questions pratiques. Nous ne savons pas faire le faire. Il est de toute façon formellement interdit par la loi depuis 2004. Mais il est vrai que dans cette pièce, les préoccupations de bioéthique sont au cœur du récit. On se met dans une situation imaginaire où un clone humain a été créé. Tout de suite, nous avons choisi de passer par un événement artistique, par l’espace théâtral, qui permet de décrire des idées importantes, mais dans un contexte plus serein et avec beaucoup plus de liberté. Un débat aurait été plus coincé et peut-être rébarbatif. Et là, avec la fiction, on peut vraiment pousser au bout les arguments et, pour un temps, avoir le rire comme trame.

Alors justement, quels sont les arguments que vous essayez de pousser au bout, dans cette pièce ?
Dans la loi française le clonage humain est interdit. Nous prenons acte. Mais qu’est-ce qui justifie qu’on ne doit pas faire de clones humains ? Je ne peux répondre simplement à cette question. L’homme ne peut-il être défini que par sa biologie ? Un homme obtenu par clonage serait il qu’un « clone » avant d’être un homme ? Doit-on le définir par des lois spéciales ? En fait, on cherche à faire réfléchir les gens sur ce que serait la définition d’un clone humain : par rapport à un homme... tout simplement ?

Ce spectacle est destiné aussi bien aux ados – vous allez d’ailleurs le jouer dans un lycée, mais ce ne sera pas ouvert au public-, qu’aux adultes. Elle est abordable par le plus grand nombre et permet de bien comprendre les arguments avancés, à la fois biologique, éthique ou juridique, sur une trame comique ?
Oui, nous avons voulu écrire une pièce avant tout comique. On rigole bien. La scénographie est là pour ça, également. Les acteurs sont dans leurs jeux. Les personnages sont bien plantés et n’hésitent pas l’incohérence burlesque, à paraître à la fois des clowns, pervers et lourdement inconséquents. Puis, nous glissons au cours de la pièce vers une dimension dramatique. Soudain un vrai drame apparaît ! Et le pauvre petit Billy souffre énormément. Ce clone, Billy est-il quelqu’un ?

Une autre pièce en préparation, Joël ?
Oui, sur la mémoire. Nous voudrions parler des mémoires comme par exemple au Moyen âge où les livres étaient si lourds et rares qu’on devait les apprendre par cœur sans pouvoir les déplacer. Les gens avaient inventé des systèmes extraordinaires, des moyens mnémotechniques parfois stupéfiants pour se souvenir de livres entiers. Mais tout cela n’est encore qu’un projet.

Bertil Sylvander, vous êtes économiste, sociologue, ex chercheur de l’Inra, et fondateur du Bataclown, une troupe de clowns-analystes. Que pensez-vous de cette manière de traiter par le burlesque une question de biologie, de philosophie et de droit comme celle du clonage ?
Bertil Sylvander. Il y a de l’art, quand il y a de l’inattendu. Il est intéressant quand on prend une question sérieuse, logique, juridique, scientifique, etc., comme celle du clonage, de faire un pas de côté et de la traiter de manière inattendue. Parce que l’inattendu crée de la connaissance : ne pensant plus de la même manière, on peut s’autoriser à penser mieux.
On a tort d’opposé le rire et le tragique. En fait, le rire se fonde sur du tragique. Le rire est du tragique distancié. On voit bien le tragique avec Charlot et les grands maîtres. Il est donc intéressant d’avoir traité une question tragique humoristiquement.

Une interview de Joël Gellin, généticien, co-auteur de la pièce « Billy est mort, vive Billy ! »
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