11/02/2014
Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 11 février 2014

Etiquetage de la viande. L’origine pour seul cheval de bataille ? (article revue de presse)

Indiquer l’origine de la viande sur les morceaux non transformés mais aussi, et surtout, pour ceux entrant dans la composition des plats cuisinés : telle était l’une des pistes identifiées pour regagner la confiance du consommateur au lendemain de ce qu’il est désormais coutume d’appeler le Horsegate. Porté par la France, souhaité par les consommateurs de l’Union européenne, le projet a été débouté par la Commission en décembre dernier. Alors que certains blâment une euroburaucratie qui fait le jeu des lobbyistes, une question reste en suspens : l’indication d’origine est-elle véritablement un outil efficace pour se prémunir des fraudes ? Tentative de réponse dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Fraude à vaste échelle
Voilà un an, le public découvrait, effaré, que de nombreux plats cuisinés – lasagnes, hachis…- contenaient non pas de la viande de bœuf mais de cheval. Au-delà de la déconvenue symbolique et de la tromperie caractérisée, l’affaire a révélé la grande opacité des systèmes d’approvisionnement, avec ses traders de la viande et autres "minerais".
Depuis lors, un mot revient sans cesse : traçabilité. Avec cette idée : étendre à l’ensemble des viandes (celles non transformées et celles entrant dans la composition des plats préparés) le dispositif mis sur pied pour la filière bovine au lendemain de la crise de la vache folle. A savoir l’indication de l’origine de la viande, ses lieux de naissance, d’élevage et d’abattage. Ça, c’est pour l’aspect théorique.

La faute à Bruxelles ?
Car en pratique, les rouages sont un brin grippés, comme le détaillent 20 minutes, Libération et l’AFP. Certes, le dispositif visant à spécifier l’origine figure effectivement dans la loi sur la consommation de Benoît Hamon, dont la promulgation doit avoir lieu au printemps. Mais «  la mention d’origine du bœuf, obligatoire sur l’étiquette depuis la crise de la vache folle (…) qui sera étendue ce mois-ci aux autres viandes sur une base volontaire, ne concerne toujours pas les plats préparés. »
Pourquoi laisser de côté ceux par qui le scandale est arrivé, à savoir les plats cuisinés ? C’est la question que pose à juste titre le Huffington Post. Sa réponse : la France ne peut avancer sur ce terrain réglementaire sans l’accord de Bruxelles. Or, à ce jour, la Commission européenne s’y oppose, pour des raisons avant tout financières [1], « indiquer l’origine de la viande dans les plats cuisinés implique un surcoût de fabrication oscillant entre 15 et 50%  », principalement dû aux évolutions logistiques que cela suppose. En clair, pour la Commission, le coût de mise en œuvre l’emporte sur le bénéfice attendu.

Une Commission sous pression des industriels ?
Comme on pouvait s’y attendre, cette position a suscité un tollé. D’autant qu’une estimation conduite par l’association de consommateurs UFC-Que-Choisir, reprise un peu partout, évalue à 0,7% le surcoût, soit 1,5centimes par barquette de lasagnes…
Le ministre de la Consommation, Benoît Hamon, a ainsi fait part de sa rancœur : « Je regrette que la Commission européenne soit toujours plus sensible au lobbying des industriels qu’à celui des consommateurs et des Etats qui les contrôlent ».
« Chapeau bas aux industriels et aux groupes de la grande distribution : ils ont mené un lobbying efficace à Bruxelles » a ironisé de son côté Jean-Pierre Fleury, le secrétaire général de la Fédération nationale Bovine. Avant d’ajouter : « Nos ministres de l’agriculture et de la consommation ont mené un travail courageux mais la commission s’assied dessus. »
Ce jeudi 6 février, le Parlement européen en a remis un couche en demandant à la Commission de réviser ses conclusions en matière d’étiquetage des viandes.

L’origine, miroir aux alouettes ?
C’est que, à en croire les eurodéputés, les citoyens de l’UE seraient « préoccupés » par cette question de l’origine. Plaidant pour des règles plus strictes en matière de traçabilité et d’information, les élus expliquent que les consommateurs « souhaitent avoir une vue d’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de la viande ». Pour savoir, nous dit la députée Glenis Willmott (Royaume-Uni), si « les animaux sont originaires de pays qui appliquent des normes de bien-être » et se faire une idée de la « distance parcourue par les bêtes pour des raisons d’éthique et d’environnement ».
En France, un sondage IPSOS réalisé en novembre 2013 confirme cette idée. « 60% des consommateurs maintiennent leur défiance envers les plats industriels, jugeant qu’ils manquent d’informations sur le contenu. (20 minutes) »
Le fait de mentionner l’origine des viandes pourra-t-il pour autant nous prémunir d’autres fraudes ? Rien n’est moins sûr. Par la voix d’Alberto Alemanno, juriste, le Huffington rappelle que « la source de l’étiquetage trompeur ne provient pas d’un manque d’indications sur l’origine du produit, mais plutôt de la présentation délibérée d’un produit comme différent de ce qu’il contient en réalité ».

La question des prix bas revient au galop
Finalement, à trop débattre de cet aspect, on en oublierait presque l’origine… du problème. Pour beaucoup, le nerf de la guerre réside dans l’insatiable quête de prix toujours plus bas. «  On a un réseau de responsables qui laissent entendre qu’on peut toujours trouver moins cher et cette question là n’a pas été résolue » martèle Pierre Halliez, directeur général du syndicat national des viandes. Colère de la filière bovine qui blâme les industriels de l’agroalimentaire lesquels, à leur tour, dénoncent la pression exercée par la grande distribution.
Sur cette question, récurrente, de la spirale infernale des bas prix, Benoît Hamon précise : «  Le kilogramme de hachis Parmentier à 1,30€, ça se fait sur le contenu, donc c’est un encouragement à la tromperie ».
Voilà qui devrait animer les prochaines négociations commerciales entre la grande distribution et ses fournisseurs.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 11 février 2014.

Sources.


AFP, Libération, 20 minutes, Huffington post, la France Agricole, Communiqué de presse du Parlement européen

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