14/01/2014
La revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 14 janvier 2014

A Carhaix, les Chinois boivent du petit lait (article revue de presse)

En Bretagne, il n’y a pas que les bonnets qui sont rouges, les tapis aussi. Deux kilomètres d’étoffe avaient ainsi été déployés pour inaugurer, en grandes pompes, la construction de l’usine de production de lait en poudre le vendredi 10 janvier dernier, à Carhaix. Fruit de la rencontre de deux géants de l’agroalimentaire, le chinois Synutra, et la coopérative française Sodiaal, l’usine doit livrer chaque année quelque 100 000 tonnes de lait en poudre, exclusivement à destination du marché chinois.
Alors que la demande mondiale de ce produit s’accroît, chacun place ses pions en prévision des futures évolutions du marché. Un vaste monopoly que retrace cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Au bon lait de Carhaix
Le compte est rond. Et il se porte tout de même à 100 000. C’est le tonnage de poudre de lait que doit livrer la future usine de Carhaix, la « plus grande et la plus moderne du monde » selon les dires du PDG de Synutra, Liang Zhang. Prévue pour 2015, l’usine, financée par cette entreprise chinoise spécialisée dans l’alimentation infantile, doit traiter 300 000 tonnes de lait par an, et 30 000 de lactosérum [1] et employer 260 personnes.
Pour assurer l’approvisionnement, une coopérative française, bien implantée en Bretagne : Sodiaal. Propriétaire des marques Candia ou Yoplait, troisième collecteur européen de lait, le groupe s’est engagé à fournir la totalité des besoins en lait et en lactosérum. L’investissement chinois assurera un débouché à 20% de la collecte laitière de Sodiaal en Bretagne et devrait solliciter environ 700 producteurs de la région » détaille Agro-media. Le tout sera emballé et expédié en Chine.

Le Made in France, gage de qualité
Pour comprendre les raisons d’un tel investissement (près de 100 millions d’euros nous dit le Figaro), il faut remonter à l’année 2008 et au scandale du lait coupé avec de la mélamine.
A l’époque, pour gonfler artificiellement la teneur en protéines des laits infantiles, les fabricants chinois avaient ajouté ce composé, toxique pour les reins. Résultat : 300 000 nourrissons hospitalisés, plusieurs décès et un discrédit durable quant à la qualité des produits alimentaires chinois. Avec cette production « made in France » et ses exigences sanitaires en matière de lait infantile, les investisseurs chinois espèrent redorer leur blason.
Ce n’est pas tout. Comme l’explique le directeur de Synutra France, Christian Mazuray, il s’agit aussi de sécuriser les approvisionnements. « Les Chinois sont très présents dans le porc et les céréales, pas dans les vaches laitières », révèle cet ancien d’Entremont aux Echos. En outre, avec l’entrée en vigueur de la nouvelle politique de natalité, «  le nombre d’enfants de moins de 3 ans devrait augmenter de 13% environ d’ici à la fin 2017, estiment certains experts. ». Quand on sait qu’ils sont d’ores et déjà 20 millions, on comprend vite que le secteur est très porteur… Sans compter qu’avec la suppression programmée des quotas laitiers pour 2015, « ce nouveau marché est bienvenue chez les producteurs » précise le quotidien.

Comme une traînée de poudre
Premier importateur de lait au monde, la Chine « tire le prix du lait vers des sommets » titre une note de conjecture du Figaro. Citant Luc Morelon, membre de la Fédération internationale de laiterie, elle indique que les importations chinoises de poudre en lait entier sont « en progression d’environ 30% par rapport à 2012 » et qu’elles « représentent environ 40% de la demande mondiale de ce type de produit ». Avec, pour conséquence, une augmentation des prix payés aux producteurs. « Le prix annoncé pour le mois de janvier (…), oscille entre 360 et 410€ les 1000 litres, des niveaux jamais atteints à cette période de l’année ». Voilà qui devrait redonner un peu d’air aux éleveurs après des années de vache maigre.
« Avec 1,3 milliards d’habitants et une surface agricole utile de 9%, le prochain enjeu de ce pays est la nourriture » déclare au Figaro le maire de Carhaix, Christian Troadec. Le quotidien passe en revue les projets d’investissement sur le sol français. Depuis 2009, la société chinoise Biostime achète de la poudre de lait à la laiterie de Montaigu en Vendée. Et, en juillet dernier, elle a acquis 20% du capital de la coopérative normande Isigny-Sainte-Mère ». En Bretagne, à Plouvien, le groupe Sill « travaille à la construction d’une tour de séchage dont la production pourrait également être destinée à la Chine ». Bref, c’est la ruée vers l’Ouest…

Et demain, le marché indien
Autre pays, autre compagnie, autre stratégie. Car dans les mêmes temps, le groupe Lactalis, quant à lui, poursuit son ascension mondiale et son implantation dans les pays émergents. Dernier épisode en date relaté par les Echos, le rachat, total, de l’indien Tirumala, l’un des principaux groupes laitiers d’Inde, et de ses sept usines. Désormais, Lactalis « possède plus de 200 sites industriels dans 37 pays ».
L’acquisition n’a rien du hasard puisque, précise la journaliste Marie-Josée Cougard, l’Inde « offre des perspectives de croissance de l’ordre de 13 à 15% ». Quand on sait que le pays est le plus gros producteur de lait au monde, on se dit que la partie est loin d’être terminée.

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 14 janvier 2014.

Sources


Agro-media, les Echos, le Figaro, la France Agricole

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