10/07/2017
Agriculture et société. 07 juillet 2017

Statut du paysan : faim de droits, fame di diritti (article revue de presse)

Qu’est-ce qu’un paysan ? Et à quels droits peut-il prétendre ? Voilà plusieurs années que la question du droit des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural est débattue au sein des Nations Unies sans pour autant être tranchée. Dernier événement en date, en mai dernier, une nouvelle session de travail s’est tenue... sans pour autant aboutir.
Alors, faut-il considérer le paysan comme un travailleur comme les autres ? Quelques pistes de réflexion dans cette revue de presse de Margherita Tiriduzzi, étudiante en Sciences Sociales Appliquées à l’Alimentation et stagiaire à la Mission Agrobiosciences-Inra, qui revient sur les dernières négociations en cours.

Les paysans méritent-t-ils des droits particuliers ? Une question débattue de longue date
C’est une des questions posées lors des négociations autour de la « Déclaration des Droits des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural » qui ont eu lieu à Genève du 17 au 20 mai 2017. C’est depuis 2001 que La Via Campesina, mouvement international des paysans, FIAN International (Food First Information and Action Network), organisation qui s’occupe du droit à l’alimentation depuis 25 ans, et le CETIM (Centre Europe-Tiers Monde), ONG qui étudie les relations Nord-Sud et les questions de développement, travaillent à un brouillon de déclaration pour le soumettre à l’ONU. En 2010, le Conseil de Droits Humains des Nations Unies, organe intergouvernemental en charge des questions des droits de l’homme, réalise deux études préliminaires autour des conditions des paysans oeuvrant sur des exploitations de petite taille, principalement des cultures vivrières, en portant une attention toute particulière à la situation des femmes. Les résultats sont publiés en 2011 et en 2012. Cette année-là, le Conseil adopte la résolution afin de créer un groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée pour discuter de la question. La première session de ce groupe se tient en juillet 2013, Room XX au Palais des Nations. Jusqu’à présent quatre sessions de travail ont été menées sans qu’aucun texte ne soit encore adopté. La question reste donc ouverte et largement débattue.

A quels droits prétendre ?
Les volets que cette Déclaration traite sont nombreux et proviennent de chaque coin de la planète. Les manifestants présents sur la place des Nations pendant les négociations revendiquent plusieurs types de droits, pas toujours clairement exprimés ou détaillés dans la presse. Premier d’entre eux : l’accès aux terres. Comme le rappelle Aleyda Aragon (Nicaragua) : « L’Amérique Latine pleure les paysans assassinés pour avoir défendu leur terre, résisté aux déplacements, revendiqué leurs droits ».
Deuxième aspect, développé par des représentants de Via Campesina, la question de l’indépendance. Ainsi, Vincent Delobel, pour Via Campesina Europe, revendique une autonomie semencière, fourragère, énergétique et technique pour contrer ce qu’il appelle « l’étranglement économique ».
Troisième mot récurrent dans les discours des manifestants : dignité. « Les paysans familiaux nourrissent l’humanité. Nous leur devons de vivre dignement » témoigne Alexis Corthay, paysan genevois.

Des travailleurs quelconques ou une minorité à protéger ?
Comme le reporte un article du journal italien “La Repubblica” , le fait de passer par une approche basée sur les droits humains, qui porte en soi l’idée d’une population en situation de vulnérabilité et discrimination, constitue pour les paysans une stratégie unique pour retrouver une position centrale dans la société.
Cette approche n’est pas partagée par certains Etats qui participent aux négociations. Les Etats Unis, comme ils l’annoncent dans leur déclaration générale, comprenez le discours qu’effectue chaque Etat à l’ouverture des négociations, sont opposés à l’idée de réserver des droits spéciaux à la catégorie des paysans. Selon eux, l’important n’est pas de proposer des droits à des catégories de travailleurs, mais de garantir les mêmes droits à la totalité des individus.
De manière plus générale, les paysans relèvent-ils d’une catégorie de travailleurs, au sens où la Déclaration l’entend, c’est-à-dire percevant une rémunération ? Ou bien cette vision n’est-elle pas trop réductrice, notamment pour tous les agriculteurs disposant de très faibles revenus ?

Des approches divergentes
Cette divergence de points de vue, entre ceux qui supportent la Déclaration et ceux qui s’y opposent, se manifeste aussi au niveau des moyens à adopter. D’un côté, les Etats-Unis et l’Europe affirment que le Conseil des Droits Humains et ses organes subsidiaires ne sont pas dévoués à affronter des questions comme celles que pose la Déclaration des droits des paysans. Ils prônent plutôt des actions spécifiques d’implémentation des normes déjà existantes : « L’Europe considère que le cadre normatif des droits humains existant est adéquat et que les personnes qui travaillent et habitent dans des zones rurales ont tout d’abord besoin d’une mise en oeuvre correcte des normes existantes, non pas de nouveaux standards » [1].
De l’autre côté, en tant que lanceurs du projet, Via Campesina, FIAN et CETIM, plaident pour une approche plus politique, avec la constitution de la Déclaration des droits des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural. Elle est à leurs yeux fondamentale. Comme le rappelle Geneviève Savigny, militante de la Confédération paysanne France, « si les agriculteurs avaient la possibilité de nourrir leur famille dignement, ils ne quitteraient pas leurs campagnes ou leur pays . [...] Face à la multiplication des conflits armés et au réchauffement climatique, qui amènent une situation d’instabilité, la garantie des droits paysans est au contraire source de stabilité politique. »

Revue de presse de Margherita Tiriduzzi, stagiaire à la Mission Agrobiosciences-Inra

Sources :


La Repubblica, Via Campesina, FIAN International, Nations Unies, Le Courrier

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