06/09/2006
Table ronde de la réunion annuelle de la Fédération Européenne de Zootechnie

Conflits ou complémentarités entre valeurs éthiques et finalités économiques ? Conséquences pour les éleveurs et les productions animales.

Copyright Fédération Européenne de Zootechnie

Avec la participation de Annika Åhnberg, consultante indépendante, ancienne Ministre de l’Agriculture de Suède ; Unni Kjaernes, sociologue, National Institute for Consumer Research, Norvège ; Pieter Knap, directeur de la stratégie génétique de PIC (Pig Improvement Company), Pays-Bas ; Frans Stafleu, vétérinaire, Ethics Institute of Utrecht University, Pays-Bas. Débat animé par Peter Sylwan, journaliste scientifique, professeur associé, à l’Université de Lund (Suède), Institute of Communication.
Les valeurs éthiques sont ici identifiées au respect du bien-être des animaux d’élevage dans des conditions qui soient en accord avec les attentes de la société : les agriculteurs doivent en être convaincus mais sans qu’ils puissent en recevoir un bénéfice économique. Le débat porte sur le rôle respectif des consommateurs et des citoyens, sur ce que l’on appelle un « bon bien-être animal », et sur l’introduction de critères de moindre agressivité des animaux dans les programmes de sélection.
Dans le contexte des pays scandinaves et des Pays-Bas,
Analyse des débats par Jean-Claude Flamant, Directeur de la Mission Agrobiosciences.

Je note tout d’abord l’accent quasi exclusif mis en matière de valeurs éthiques sur le respect du bien-être des animaux. Or, comme le mentionne Michel Marie (président du Groupe de Travail de la FEZ sur l’éthique) au cours des échanges avec le public, on aurait pu envisager la question de l’éthique de l’ensemble de la chaîne alimentaire, notamment celle de la responsabilité exercée par chacun de ses acteurs, et pas uniquement celle des rapports entre homme et animal.

Cependant, cette question du bien-être animal a joué dans cette Table Ronde un rôle de révélateur pour tout un ensemble de questions éthiques. Quatre grandes questions ont notamment été abordées :

* Il s’agit tout d’abord d’une question de valeurs... Ce qu’il faut bien retenir de ce débat, c’est que « les valeurs éthiques ça ne paye pas » ! Les éleveurs ne doivent pas s’investir pour plus de « bien-être animal » comme moyen pour réaliser une plus-value ! Ils font erreur s’ils pensent qu’il s’agit d’un argument pour vendre plus cher. Les consommateurs ne veulent pas payer pour plus de bien-être animal. En fait, il y aurait d’autres voies à explorer par les agriculteurs pour mieux valoriser leurs produits - agriculture biologique, bénéfice santé, etc. Ils doivent d’abord être personnellement convaincus que les conditions d’élevage doivent être favorables au bien-être animal parce que c’est ce qu’en attend la société. Et les membres du panel insistent : c’est une question de considération vis-à-vis d’eux-mêmes. Ce ne peut pas être un argument de marketing, c’est de l’éthique !

* Deuxième question : sait-on vraiment ce que l’on appelle le consommateur ? C’est aussi une question fondamentale. Les chercheurs en sociologie de l’alimentation se demandent dans quelle mesure ils peuvent faire la part entre ce que disent leurs interlocuteurs et ce que font les consommateurs. Car le consommateur ne parle pas, il achète. Ceux qui parlent sont des militants d’associations ou des politiques. Et certains s’expriment plus fort que d’autres, notamment certains mouvements extrémistes qui voudraient que les consommateurs assimilent la consommation de viande à du cannibalisme. Et lorsqu’on parvient à cerner ce que font les consommateurs dans leur diversité, on doit faire le constat qu’ils bougent et évoluent continuellement. Finalement, il est indispensable de faire la différence entre qui est « consommateur » et qui est « citoyen ». Il s’agit de rôles différents qui sont remplis par la même personne : en tant que citoyen celle-ci s’exprime sur ce que la société devrait être, mais en tant que consommateur, elle agit sur les marchés. En fait, les rôles ne sont pas aussi tranchés et dans certaines situations le comportement du consommateur et l’expression du citoyen se rejoignent.

* Une troisième question : qu’est-ce qu’un « bon bien-être animal ? ». Alors là vraiment, il y a débat. Ce que les gens disent comme étant bon pour eux n’est pas forcément bon pour les animaux. Tout particulièrement, le débat se focalise sur les avantages d’élever « dedans » ou « dehors ». Pour les volailles ou les porcs être en plein air peut poser problème, contrairement à ce qui apparaît pour le public comme étant « l’icône » du bien-être animal. La recherche scientifique s’est-elle suffisamment engagée pour identifier ce que serait un « bon bien-être animal » ?

* Finalement, dans ce milieu de spécialistes de l’élevage des animaux, une part du débat est consacrée aux orientations des programmes de sélection, avec une focalisation sur l’amélioration génétique des lignées de porcs. L’obligation de conduire les animaux en groupes et en espace « ouvert » (et non plus en cases individuelles) introduit la possibilité qu’ils se battent et que certains d’entre eux agressent les autres, ce qui peut créer des difficultés aux éleveurs. Pourtant, si l’on admet que ce comportement est « naturel », est-il acceptable de vouloir introduire des critères de sélection ayant pour objectif la diminution de l’agressivité des animaux, voire l’élimination des animaux à problèmes ? Mais l’élevage des animaux à des fins de production n’est évidemment pas « naturel » ! Le débat n’est évidemment pas clos. Retenons que les entreprises de sélection se sont engagées dans la rédaction d’un Charte de bonnes pratiques de la sélection et de la reproduction au sein du « Forum Européen des Sélectionneurs d’Animaux de Ferme ».

Université Suédoise des sciences Agricoles (SLU), Uppsala, 7 juin 2005. Conception et préparation par le Dr. Jan Philipsson (SLU). Traduction française et adaptation par Jean-Claude Flamant, Mission d’Animation des Agrobiosciences (mai 2006)

Lire l’intégralité de la Table ronde : Conflits ou complémentarités entre valeurs éthiques et finalités économiques ?

Lire le récit de voyage à Uppsala de Jean-Claude Flamant Retour de Suède un pays exotique

[Lire les articles et publication concernant le thème "Bien être animal et élevage"- édités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences]

Lire les contenus des ACTES DE LA FÉDÉRATION EUROPÉENNE DE ZOOTECHNIE

D’après les Tables Rondes organisées par la Fédération Européenne de Zootechnie, en partenariat avec la Mission Agrobiosciences.
La FEZ rassemble toutes les personnes intéressées, d’une façon ou d’une autre, par les productions et les filières animales. Son objectif majeur est la promotion des échanges de méthodes, de résultats d’idées et une simulation des collaborations entre personnes, équipes et pays. Son activité principale concerne l’organisation de congrès et de groupes de travail ainsi que la production de publications. De nombreux zootechniciens sont bénéficiaires des travaux
et des avancées de la FEZ sans le savoir.

Lire la contribution de Jean-Claude Flamant :LE FUTUR DE L’ÉLEVAGE EN EUROPE À LA LUMIÈRE DES CRISES SANITAIRES RÉCENTES (PUBLICATION ORIGINALE).
Par Jean-Claude Flamant. Mission Agrobiosciences.
Les crises sanitaires majeures - l’ESB et la fièvre aphteuse - qui ont remué l’opinion des pays d’Europe de l’Ouest entre novembre 2000 et mars 2001, sont-elles seulement le résultat d’erreurs au sein du dispositif de contrôle sanitaire ou bien des signaux d’alarme qui indiquent que les orientations prises au cours des dernières décennies pour l’intensification de l’élevage doivent être fondamentalement révisées pour le futur ?

Lire l’extrait de la table ronde de la FEZ, septembre 2002 : L’ÉVOLUTION DE L’AGRICULTURE ÉGYPTIENNE DANS LE CONTEXTE DE LA MONDIALISATION.
Par Saad Nassar, professeur d’économie rurale, Gouverneur de la province du Fayoun.
Membre de la délégation de l’Egypte à l’OMC, Saad Nassar exposait, en septembre 2002, la stratégie agricole égyptienne dans le paysage des négociations mondiales. Une posture résolument libérale, pour un secteur qui pèse encore 20 % du PNB du pays, et qui a connu plusieurs décennies d’intensive modernisaiton pour parvenir à l’autosuffisance puis à la sécurité alimentaire au sens large.

Lire le compte rendu de la table ronde : A QUI PROFITE LA MONDIALISATION DES PRODUCTIONS ANIMALES ?
Table Ronde. Le Caire. 2 septembre 2002
Pour la première fois de son histoire, la Fédération Européenne de Zootechnie (FEZ) tenait sa Réunion Annuelle hors d’Europe, à l’Université du Caire, en même temps que se déroulait la Conférence de Johannesburgh sur le Développement Durable. Des échanges on ne peut plus d’actualité concernant l’économie des pays émergents et développés. Le lieu et le moment ne pouvaient être mieux choisis pour cerner la réalité et les conséquences de la mondialisation pour le secteur de l’élevage.

Lire le compte rendu de la table ronde LES CONSOMMATEURS CHANGENT... QUELLES CONSÉQUENCES POUR L’ÉLEVAGE ET LES PRODUITS ANIMAUX ?
Présentée et animée par Jean-Claude Flamant et Roberto Chizzolini.
Cette table ronde est un moment de réflexion au cours des Réunions Annuelles de la FEZ consacré à des discussions ouvertes sur des sujets de société qui font aujourd’hui l’objet de controverses. Présidé par Jean-Claude Flamant, Directeur de la Mission Agrobiosciences et assisté de Roberto Chizzolini, Professeur à l’Université de Parme, cette table ronde a vu les interventions de Martine Padilla, professeur à l’Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (IAMM).

Lire en anglais les ACTES DE LA TABLE-RONDE 2000 DE LA FÉDÉRATION EUROPÉENNE DE ZOOTECHNIE (FEZ).
Knowledge in agri supply chains coordinated by J.C. Flamant (Mission d’Animation des Agrobiosciences, Toulouse, France) with the contribution of Jean Boyazuglu, Pim Brascamp, Cledwin Thomas.

Lire le compte rendu de la réunion annuelle de la FEZ : LA CHAÎNE DE COMPÉTENCES : LES CONNAISSANCES AU SEIN DES FILIÈRES AGROALIMENTAIRES
Table Ronde conçue et organisée par Pim Brascamp (Wageningen Institute of Animal Science) Cette table ronde a réuni Dr Aimé AUMAITRE , INRA Rennes, France (recherche en production porcine) ; Prof Th. B. (Thomas) BLAHA, Université du Minnesota, USA (épidémiologie, assurance qualité) ; Prof. E.H. (Ederhard) von Borell, Allemagne (écologie animale, santé animale) ; Prof. A.A. (Aalt) Dijkhuizen, Directeur de la société « Nutreco », Pays-Bas (alimentation animale et groupe d’entreprises de production : saumon, porc et aviculture) ; Dr L.A. (Leo) den Hartog, Directeur de Recherches (...)

Lire le compte rendu de GLOBALISATION AND THE LIVESTOCK SECTOR : WHO BENEFITS ?.
Actes de la Table-Ronde 2002 de la Fédération Européenne de Zootechnie (FEZ). Version anglaise.
Prof. Paolo De Castro, formerly Italian Minister of Agricultural Policy in the D’Alema government. member of the Scientific Advisory Committee of CIHEAM. professor of economy in the University of Bologna and President of Nomisma, an important Italian institute of economic research. Prof. Marcel Mazoyer, from the Institut National Agronomique in Paris. In this Institute, he succeeded well known Prof. René Dumont at the chair of Compared Agriculture and Agricultural Development.

Lire en anglais les actes de la table ronde de Budapest le 26 août 2001 :THE FUTURE OF THE LIVESTOCK SECTOR IN THE LIGHT OF THE RECENT CRISES IN EUROPE.
Actes de la Table-Ronde 2001 de la Fédération Européenne de Zootechnie (FEZ).
Coordination : Jean-Claude Flamant, Mission d’Animation des Agrobiosciences, Toulouse (France) Animation : Cledwyn Thomas Malla Hovi, University of Reading. epizootiologist that Maurice Bichard. animal breeder. technical director for a commercial breeding company. Patrick Coelenbier, sales manager of a French-German rendering group (Saria-Bioindustrie) and a member of the European Association that represents renderers.

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