28/06/2013
Contribution aux 19èmes Controverses européennes de Marciac (30-31 Juillet 2013)

L’appropriation sociale des normes en agriculture

Afin de nourrir la réflexion des prochaines Controverses européennes de Marciac, "Agriculture, environnement et société : quels mondes construisent les normes ?", qui se dérouleront les 30 et 31 juillet prochains à Marciac (Gers), la Mission Agrobiosciences ouvre un espace de contributions écrites. Une invite à apporter sa contribution, son point de vue, son analyse ou ses questionnements, que l’on soit agriculteur, chercheur, formateur, étudiant, responsable de structures associatives, professionnelles ou administratives... voire "simple" citoyen. L’ensemble des textes sera non seulement publié sur le site, mais également diffusé lors des Controverses en version papier.
Dans la même perspective que Christian Peltier, Elisabeth Michel-Guillou revient sur la définition de la norme. Pour elle, l’appropriation de la norme permet à chacun de justifier ses comportements et de protéger son identité sociale.

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Se poser la question de savoir « quels mondes construisent les normes ? » ou « que construisent les normes environnementales dans le champ de l’agriculture ? » implique de s’entendre sur la définition de ce qu’est une « norme ».Dans les dictionnaires de langue française, la norme renvoie d’une part aux réglementations faisant référence aux prescriptions techniques ou aux règles de droit. Et d’autre part, elle a trait à « ce qui doit être », ce qui est « habituel, conforme à la majorité ». Ce sont les règles, les principes, les usages qu’il est convenu de suivre. Mais « la norme, ce n’est pas seulement ce qui s’impose à nous, c’est aussi ce qui, d’une certaine façon, est apprécié, subjectivement désiré ou jugé légitime » (Ogien, 2004, p.1357). C’est cet aspect qui nous intéresse plus particulièrement ici.
Dans une société, un collectif, un vivre ensemble, les normes sont importantes car elles délimitent les manières d’agir et de penser. Par conséquent, parce qu’elles définissent ce qui est attendu, elles permettent de prédire les comportements. Pour Maisonneuve (1985), les normes sont des schèmes de conduites très largement suivis dans une société ou un groupe social donné et auxquelles la plupart des membres accordent une valeur dans le cadre d’une culture (ex. : culture de pays, culture d’entreprise). La non observance de ces normes entraîne généralement des sanctions diffuses ou explicites. La notion de norme se réfère donc à ce qui paraît socialement désirable, socialement concevable dans un groupe donné. Au travers des normes transparaissent les valeurs dominantes du groupe. Normes et valeurs sont ainsi considérées comme des constructions sociales interdépendantes, propres à chaque groupe.

Alors « que construisent les normes environnementales dans le champ de l’agriculture ? ». Prenant appui sur notre définition, nous pouvons retenir l’exemple du développement durable, considéré comme une norme. Bien que le sens et la mise en application du concept soient parfois mis en doute, son appropriation par les communautés politiques et publiques a permis au développement durable d’être socialement valorisé (Pol, 2003). De nos jours et dans notre société, la « durabilité » fait partie des « bonnes pratiques », et ce quel que soit le domaine d’activité. L’agriculture ne fait pas exception. Et de fait, quelles que soient les pratiques mises en œuvre, les agriculteurs vont s’approprierle concept, et ainsi intégrer la norme. Dans leurs discours, les trois piliers du développement durable – l’environnement, le social, l’économique – se retrouvent. Comme cela se révèle dans la presse, l’environnement est la dimension la plus importante (Bihannic & Michel-Guillou, 2011). La dimension économique est également présente. Des disparités apparaissent cependant entre des agriculteurs qui s’interrogent sur le sens même de la croissance et des agriculteurs qui choisissent de concilier croissance économique et environnement. Pour les premiers, l’idée mise en avant est celle de limiter la croissance et de favoriser une économie locale. Pour les seconds, il s’agit de gagner (correctement) sa vie et de faire perdurer son exploitation, tout en conservant un confort de vie. Ainsi transparaît également la dimension sociale du développement durable qui, outre le fait de libérer du temps, permet aussi aux agriculteurs de se sentir intégrés dans la société. L’appropriation du concept de développement durable, ou de la norme de « durabilité », apparaît donc disparate selon les pratiques et les valeurs des groupes. Cette appropriation permet à chacun de justifier ses comportements et prises de position, et par conséquent de protéger son identité sociale et l’image sociale du groupe (Michel-Guillou, 2012). En ce sens, la norme peut être source de conflits. Pour être réduits ou évités, l’appropriation de la norme, autrement dit la signification qu’elle revêt, doit être explicitée et discutée.



{Références bibliographiques :}

-Bihannic, L. &Michel-Guillou, E. (2011). Développement durable et agriculture durable : sens du concept de « durabilité » à travers la presse régionale et le discours des agriculteurs. Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 2, n°3 | Décembre 2011, mis en ligne le 05 décembre 2011, consulté le 05 décembre 2011. URL : http://developpementdurable.revues.org/9076
  • Maisonneuve, J (1985). La psychologie sociale. Paris : PUF.
  • Michel-Guillou, E. (2012). Développement durable et agriculture durable : Appropriation des concepts et expression des résistances. Les Cahiers de Psychologie Politique [en ligne], 21, juillet 2012http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2167
  • Ogien, R. (2004). Normes et Valeurs. In M. Canto-Sperber (Ed.), Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale (tome 2, pp1354-1368). Paris : PUF.
  • Pol, E. (2003). De l’intervention à la gestion environnementale. In G. Moser et K. Weiss (Eds.), Espaces de vie. Aspects de la relation homme-environnement (pp. 305-329). Paris : Armand Colin.
Elisabeth Michel-Guillou, Centre de Recherches en Psychologie, Cognition et Communication

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