02/07/2013
Contribution aux 19èmes Controverses européennes de Marciac (30-31 Juillet 2013)

« Des normes souvent étrangères à nos sensibilités territoriales propres. »

Xavier Cresp, consultant, repart de la définition des normes pour en survoler les différents points de tension dans le champ de l’agriculture : des normes en trop grand nombre, souvent de conception technocratique et peu adaptées aux différents terrains… a contrario, il prône un dialogue entre toutes les composantes du monde agricole, et la société dans son ensemble.
Que l’on soit agriculteur, chercheur, formateur, étudiant, responsable de structures associatives, professionnelles ou administratives... voire "simple" citoyen, tout le monde est invité à apporter sa contribution aux prochaines Controverses européennes de Marciac. L’ensemble des textes sera non seulement publié sur le site, mais également diffusé lors des Controverses en version papier.

Normes :
« Ensemble de règles d’usage, de prescriptions techniques, relatives aux caractéristiques d’un produit ou d’une méthode, édictées dans le but de standardiser et de garantir les modes de fonctionnement, la sécurité et les nuisances (-> homologation, réglementation). »

Si l’on se réfère à cette définition extraite du « Petit Robert », nul doute que notre société actuelle s’inscrive dans ce processus de normalité accrue. La norme nous entoure, nous enserre, et nous étouffe peut-être. L’agriculture, partie intégrante de notre environnement n’échappe pas à cette règle.
Certes, un monde sans normes, relèverait plutôt de l’Utopie. Mais cet « idéal pour un peuple heureux » ne nous aide-t-il pas à vivre, ou survivre en acceptant bon gré mal gré cette fâcheuse tendance à la normalisation exacerbée.

La profusion des normes ralentit la construction.

La mise en place des programmes d’orientation européens en matière agro-environnementale et son adaptation au cœur des régions de chaque Etat-membre relève déjà de nombreuses disparités d’application. La volonté rencontrée pour avancer dans la voie varie selon les intérêts des protagonistes locaux, et du lobbying dont ils disposent.
L’interprétation des nombreux textes, riches et denses, permet ainsi une application variable, en fonction de l’intérêt de la « position dominante régionale », d’abonder, ou non, dans le sens de la norme. Très concrètement, l’agriculture des grandes plaines semble moins s’impliquer dans cette démarche, contrairement aux zones agricoles où se mêlent agriculture, tourisme et attache forte à la ruralité. Il en est de même dans les productions d’élevage intensif, où la pression des acteurs amont et aval intervient lourdement sur les filières.

Vers une application à deux vitesses.

Les textes d’application, les normes édictées, relèvent d’une nomenclature unique, issue d’un même moule, sans tenir vraiment compte de particularités régionales. Les intérêts économiques, les pressions politiques, les aspects sociaux, donnent le tempo pour accéder à une meilleure reconnaissance du pacte agro-environnemental. Le consensus n’est pas établi.

Redéfinition des modèles agricoles.

Si les normes tentent de s’appliquer d’une façon globale, il n’en demeure pas moins une grande diversité des types d’agricultures sur le territoire. L’adéquation entre la norme et l’espace agricole concerné est souvent loin d’être efficiente. Son application correspond-elle à celui qui la reçoit ? Des nouveaux modes d’exploitation voient le jour, tant en agriculture conventionnelle qu’agrobiologique. Des nouvelles structures sociales s’identifient vers des choix de vie différents. Des connexions s’établissent entre ruraux et urbains autour de projets conjoints. Les modèles agricoles sont complexes, diversifiés. La norme, d’une conception technocratique, s’adapte mal à la pluralité.

Structures globales, ou initiatives locales.

Le libéralisme économique a pour effet de compresser l’outil de production autour de centres de profits de plus en plus gigantesques et anonymes. L’agriculture suit ce même processus, ses filières se développent à un rythme accéléré, et les effets induits sur la société sont quelquefois préoccupants. La norme globalisée suit cette logique, elle se dissout dans la masse. L’initiative régionale, ou locale, efficace et de bon sens, est supplantée par la norme directive(voire coercitive), dont l’application ne donnera pas toujours les résultats escomptés. Il faudra attendre quelques rectificatifs, et beaucoup de temps passé avant qu’elle puisse s’insérer de façon logique à l’environnement qui la reçoit.

Réinventer de nouvelles formes de dialogue.

La norme devrait être consentie comme un cadre de travail choisi et accepté par toutes les parties concernées. Actuellement, elle s’apparente plus à une directive émanant d’un ministère, ou d’une institution. L’agriculture, et son environnement, dépasse largement le seul domaine de sa production. Elle inclut forcément l’espace rural, lui-même partagé avec l’espace urbain. La norme environnementale dans le champ de l’agriculture doit sortir du corporatisme ambiant, car elle aborde un thème lié au choix de société. Les derniers écueils constatés sur les produits de consommation alimentaire marquent la frontière vers laquelle le seuil ne doit pas être franchi. Un réajustement entre productions, respect des espaces et de l’environnement, doit s’opérer. Un nécessaire dialogue doit s’instaurer entre toutes les composantes du monde agricole, et la société dans son ensemble, pour construire nos espaces de vie communs, sans se faire dicter des normes, souvent étrangères à nos sensibilités territoriales propres.


Xavier Cresp, consultant à XBC SERVICES.

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