16/07/2015
Contribution aux Controverses européennes de Marciac 2015 (16 juillet 2015)
Mots-clés: Modèles

A Marciac, saurons-nous ensemble trouver les moyens de réinventer la véritable fraternité ?

Bernard Dutoit au Bénin

Depuis les attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, on ne cesse de le dire : la fraternité est restée trop longtemps la grande oubliée de notre devise républicaine et, pourtant, c’est cette fraternité qui doit orienter nos existences vers le vivre ensemble. Sans elle, la liberté est un idéal vide.
L’occasion pour Bernard Dutoit de lancer un appel aux participants des Controverses de Marciac consacrées à la coexistence (28 et 29 juillet 2015) : "saurons-nous ensemble trouver les moyens de réinventer la véritable fraternité ?"
Une contribution engagée par ce paysan qui milite, notamment, contre la guerre au sein de l’Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre. A lire ci-dessous, et accéder aux autres contributions écrites et filmées.

A Marciac, saurons-nous ensemble trouver les moyens de réinventer la véritable fraternité ?

Ma réaction semblera sans doute hors-sujet. En effet, quel peut être le lien entre des paysans algériens et nos différentes formes d’agriculture ? Chacun d’entre nous est placé devant la décision de fraternité, un choix apparemment très simple, la pulsion du rejet et d’exclusion ou la volonté de rassemblement, de réconciliation !
En 2010, au cours des Controverses de Marciac consacrées à la Méditerranée au cœur de l’Europe, Omar Bessaoud, chercheur algérien, nous avait interpellés sur un éventuel partenariat avec nos frères paysans algériens.
Adhèrent de l’AFDI (Agriculteurs Français et Développement International), je me suis senti concerné d’autant que, en tant qu’appelé, j’ai très mal vécu mon séjour obligatoire en Algérie et que je milite contre la guerre, au sein de la 4 ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre), dont les membres s’engagent à reverser leur retraite de combattant pour des actions de solidarité, de préférence, en Algérie. Ces structures nous permettent, avec d’autres, d’accompagner la réalisation de projets de développement agricole et rural dont les populations des pays concernés sont-elles mêmes les initiatrices et les bénéficiaires. Dans la région de Mostaganem et Mascara, un groupe d’agriculteurs algériens nous a sollicités, très intéressés par ces échanges.
Cette expérience efficace, fondée sur l’identité commune du métier, la connaissance réciproque, se solde toujours par une fraternité fabuleuse entre les paysans et paysannes avec lesquels nous avons mené des actions en véritable partenariat au Benin et au Burkina Faso.
Nous sommes persuadés que travailler ensemble sur des actions communes est fondamental au cœur de l’Europe et que nous devons dépasser les malentendus de l’histoire en nous engageant dans un partenariat entre nos deux pays sur la base de petits projets de développement voulus par nos frères paysans Algériens.
Mais c’est sans doute trop simple, et ce rapprochement avec nos frères musulmans suscite des réactions islamophobes violentes même dans notre rural profond gersois.
Cette violence me ramène à la coexistence difficile entre les différents types d’agriculture dans un même terroir. Le rejet de l’autre différend que l’on refuse de connaître, qui fait peur, craignant qu’il nous impose sa façon de vivre de penser ou de croire.
Coexister, vivre ensemble, suppose une véritable fraternité avec un respect profond de ce que peut penser le frère différend. C’est accepter de changer notre regard sur nous-même et sur l’autre. Si nous prétendons vivre ensemble, avec des paysans d’ailleurs ou des agriculteurs pratiquant différemment, nous ne pouvons plus nous enfermer dans des forteresses idéologiques. Regardons l’autre comme une chance [1], avec ses talents, en prenant le risque d’aller à sa rencontre. Il faut éviter de penser que ceux d’une catégorie différente sont foncièrement mauvais et irrécupérables. Tout être humain a une capacité au bien ce qui ne veut pas dire être naïf. Nos petites querelles de paysans riches entre OGM, Bio, fermes-usines… sont ridicules face à l’importante question : « Quelle terre voulons-nous ? » Une terre où plus personne ne souffre de la faim, où la justice sociale et un partage équitable des richesses et des ressources sont garantis, où le vivre ensemble et la fraternité sont rendus possibles par le dialogue et le respect de la différence.
La fraternité est restée trop longtemps la grande oubliée de notre devise républicaine et, pourtant, c’est cette fraternité qui doit orienter nos existences vers le vivre ensemble. Sans elle, la liberté est un idéal vide. Un de nos points forts ne serait-il pas de promouvoir ensemble une agriculture fraternelle, fondée sur le juste équilibre entre résultat économique bien-être social et gestion des ressources naturelles ?
Au Sud comme au Nord, les paysans partagent les mêmes valeurs fortes autour de leur métier de producteurs. La fraternité demande un engagement quotidien et doit trouver des lieux pour s’exprimer. Faire se rencontrer les gens au lieu de les laisser se considérer comme ennemis, faire émerger la fraternité en facilitant les rencontres, c’est ce que réalisent les Controverses de Marciac… Saurons-nous, ensemble à Marciac, trouver les moyens de réinventer la véritable fraternité.

Contribution de Bernard Dutoit, "paysan amorti engagé très modestement".

Accéder à l’appel à contributions aux Controverses européennes de Marciac 2015 (ouvert jusqu’au 20 juillet 2015) et lire ou voir toutes les autres contributions

Retrouvez les contributions filmées sur AgrobiosciencesTV

Sur le thème « Nouveaux résidents et agriculteurs : la grande brouille ?

  • "On évite de travailler le week-end", par Roger Beziat. Cet agriculteur met en évidence la nécessité du dialogue et du partage pour redéfinir un espace commun, au sein duquel chacun trouve son compte.
  • Une coexistence de tranchée, par Michèle Gascoin, agricultrice et ancien maire de Cobonne (Drôme).
  • Sur le thème : Afrique, Le modèle paysan survivra-t-il à l’agribusiness ?Jean-Christophe DEBAR, Farm.

Et les contributions écrites :

Télécharger le programme détaillé et le bulletin d’inscription (document interactif) des 21èmes Controverses européennes de Marciac



Par Bernard Dutoit, paysan engagé

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