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Veille sciences et société.
Les abeilles, on en parle beaucoup, et pour cause !
Un article issu du BE France 299 du 23/03/2015

Dans le cadre de sa mission de veille sciences et société, la Mission Agrobiosciences se fait ici le relais d’un article publié par le Bulletin électronique France du 23 mars 2013. Il s’agit de l’histoire d’amour entre un chercheur et des abeilles…
Apiculteur amateur depuis sa plus tendre enfance, Yves Le Conte est directeur de recherche à l’Inra où il dirige l’Unité de Recherche Abeilles et Environnement (Avignon) reconnue, aujourd’hui, comme le plus important pôle français dans ce domaine et l’un des plus réputés dans le monde. Alors bien sûr, on y étudie surtout les causes du déclin des abeilles, dont la surmortalité, avec des taux de mortalité de 30%, pique au vif. Mais pas que… Car saviez-vous que ces petites bêtes disposent d’aptitudes encore inexploitées, celle par exemple de détecter des explosifs ? Passionnant.

 

Les abeilles, on en parle beaucoup, et pour cause !

Les abeilles, Yves Le Conte les connaît bien. Apiculteur amateur depuis sa plus tendre enfance, ce directeur de recherche à l’Inra dirige aujourd’hui l’Unité de Recherche Abeilles et Environnement localisée à Avignon. Regroupant une trentaine de personnes, ce laboratoire est aujourd’hui le plus important pôle français dans ce domaine et l’un des plus réputés dans le monde. On y étudie essentiellement les causes du déclin des abeilles et on en quantifie les conséquences notamment sur la pollinisation. Ce laboratoire abrite également une Unité Mixte Technologique [1] qui fédère de 7 à 9 chercheurs et ingénieurs, toujours sur la même thématique du déclin des abeilles, mais avec une vision plus technique et appliquée.
L’année passée, Yves Le Conte à co-écrit, avec Vincent Albouy, entomologiste amateur et ancien attaché au Laboratoire d’Entomologie du Muséum National d’Histoire Naturel, un remarquable ouvrage intitulé Nos abeilles en péril, publiés par les éditions Quae. Face aux problèmes récurrents de mortalité qui touchent les abeilles depuis quelques années, le chercheur avignonnais ne peut donc qu’être inquiet, d’autant plus que cette "pollinisatrice hors pair" qu’est ce petit animal d’à peine 100 milligrammes recèle tant d’autres capacités insoupçonnées, notamment celle de détecter la présence d’explosifs.

"Nos travaux s’articulent autour de trois thématiques", rappelle d’emblée Yves Le Conte. Le première porte sur la toxicologie de l’abeille et, principalement, sur l’impact des pesticides sur sa santé. La deuxième s’intéresse à la pollinisation et aux abeilles sauvages. Enfin la troisième, celle qu’il anime, couvre la biologie et la protection de l’abeille. "En biologie, c’est essentiellement la communication chimique qui nous occupe, alors qu’en matière de protection, c’est principalement des pathogènes, en particulier varroa et noséma, et des virus que nous cherchons à protéger", explique-t-il. Et celui-ci de préciser que l’éventail des recherches qui sont menées dans ce laboratoire s’étend de l’étude du génome à celle du paysage - un chercheur travaille sur l’effet de ce paysage sur la santé des abeilles - en passant par des travaux axés davantage sur l’abeille, la physiologie, la colonie d’abeilles et le rucher. La surmortalité chez les abeilles, avec des taux de mortalité de 30%, que l’on observe depuis déjà de longues années, est évidemment au coeur de tous ces travaux. "Le sujet est complexe, d’autant plus que les stress, nombreux, nombreux, auxquels les abeilles sont soumises, interagissent. Des interactions qui, bien souvent, ne sont pas létales, mais sub-létales pour la colonie", indique-t-il. A ce propos, le chercheur rappelle les résultats de l’étude publiée par son Unité de Recherche en 2012, dans la très réputée revue Science, dans laquelle il était démontré que des butineuses qui absorbaient des doses sublétales de thiaméthoxane, une molécule présente dans un pesticide utilisé pour traiter notamment le maïs et le colza contre les ravageurs, n’étaient plus capables de rejoindre leur ruche faute de pouvoir s’orienter, d’où une disparition progressive de la colonie. Il y aussi ces abeilles qui rentrent à la ruche, mais n’ont pas un pesticide mais cinq ou six molécules différentes qui vont alors agir comme un "cocktail meurtrier" pour les abeilles qui s’y trouvent. Yves Le Conte évoque également le rôle des pathogènes, et notamment du varroa, un acarien qui fragilise leurs défenses immunitaires en les piquant. "Les virus à l’état de portage latent chez les abeilles peuvent alors se multiplier et causer leur mort", observe-t-il.br>br>

D’où une certaine inquiétude de la part de ce spécialiste des abeilles qui sait
qu’avec de tels taux de mortalité, les apiculteurs ont tendant à cesser de faire du miel pour produire des essaims, en divisant ces derniers pour reconstituer leur cheptel. Et la mortalité perdurant, le prix des essaims augmente sur le marché comme on l’observe en particulier aux Etats-Unis. Une situation d’autant plus regrettable que l’abeille, au-delà de la pollinisatrice hors pair qu’elle est, comme il est rappelé dans le premier chapitre de l’ouvrage Nos abeilles en péril, disposent d’aptitudes encore inexploitées. Savez-vous par exemple qu’une abeille est capable de détecter un explosif ? Yves Le Conte en a fait l’expérience il y a trois ans, avec un collègue croate, Nikola Kezic. "C’était un défi d’autant plus intéressant à relever qu’il s’agissait de réussir à sauver des vies", souligne-t-il. Une cage de vol, une boîte de Pétri contenant un explosif de type TNT ou DNT, un nourrisseur avec du sirop de sucre et 1 à 2 colonies d’abeilles, tels sont les principaux ingrédients pour dresser ces insectes à détecter des explosifs selon la méthode utilisée par Ivan Pavlov sur des chiens à la fin du XIXème siècle. "Lors de notre première expérience, les abeilles se sont posées systématiquement là où se trouvait l’explosif", indique-t-il. L’année suivante, les deux chercheurs ont renouvelé l’expérience sur un champ de mines, dont les détonateurs avaient été retirés, et ont pu observer plusieurs abeilles venir voler au-dessus des mines. En 2014, Nikola Kezic a effectué une expérience en modifiant un peu le protocole et a obtenu de bons résultats. "le concept fonctionne, A présent, il reste à publier", conclut le chercheur français, convaincu que les abeilles ont encore beaucoup à nous apprendre et à nous apporter. Raison pour laquelle il est nécessaire de tout mettre en oeuvre pour les protéger.

Rédacteur : ADIT - Jean-François Desessard - email : jfd@adit.fr
[1] Créée par l’ACTA (le réseau des instituts des filières animales et végétales), l’ITSAP (Institut de l’abeille) et l’Adapi (Association pour le développement de l’apiculture provençale) et l’Inra.

Pour en savoir plus : INRA - Unité de Recherche Abeilles et Environnement -
Yves Le Conte : tél. : +33 (0)4 32 72 26 01
email : yves.leconte@paca.inra.fr

Pour visualiser l’ensemble de l’article avec les images, se connecter à
BE France numéro 299 (23/03/2015) - ADIT / ADIT

Lire également sur le site de la Mission Agrobiosciences :
- Les dernières données sur le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, BE Etats-Unis, mai 2013


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[1Créée par l’ACTA (le réseau des instituts des filières animales et végétales), l’ITSAP (Institut de l’abeille) et l’Adapi (Association pour le développement de l’apiculture provençale) et l’Inra.

 

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