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Comment instruire le débat sur les OGM ? Lourdes, 28 août 2004
Monseigneur Hubert Barbier : "OGM : Il faut accepter de débattre dans la diversité des opinions, avec une confrontation de parole"
Intervention de Monseigneur Hubert Barbier, Archevêque de Bourges, membre du Comité épiscopal Monde Rural
Monseigneur Hubert Barbier

La Mission Agrobiosciences propose ici un entretien entre Jean-Claude Flamant, Directeur de Mission Agrobiosciences et Monseigneur Hubert Barbier, Archevêque de Bourges, membre du comité épiscopal Monde Rural, dans le cadre des Conférences de l’Espace Vie-Foi, Lourdes, 28 août 2004, sur le thème « Que penser des OGM ? »

 

Je n’interviendrai pas dans ce débat en tant qu’expert, mais je pense que nous ne devons pas laisser ces questions aux seuls scientifiques. Car nous sommes tous intéressés par ces questions à partir de ce que nous sommes. Pour moi, c’est une question éthique et pas uniquement scientifique : que veut-on et au nom de quoi ?

Nous nous situons à un moment seuil de l’évolution. Dans le domaine des plantes hybrides - les hybrides ce n’est pas d’aujourd’hui - dans celui de l’exploitation de la nature, des forêts, il n’y avait pas, ou « apparemment pas » jusqu’à présent, de mutations « profondes » résultant de cette évolution depuis des siècles. C’est à dire que, même si depuis un certain temps on transformait les choses par les technologies, cela ne faisait pas franchir des seuils. Or la technologie des OGM et d’autres technologies nous font franchir, depuis quelque temps, des seuils très importants, avec des possibilités d’intervention très importantes. C’est dans ce contexte de franchissement de seuils que nous sommes tous appelés à réfléchir. De plus, nous devons d’autant être plus circonspects que nous montons dans la sphère des « vivants ». C’est ma remarque préalable.

Y-a-t-il une position de l’Eglise sur les OGM ?

Il s’agit de principes généraux. Premier principe : l’Eglise apporte une contribution. Le pape Paul VI a dit : « L’Eglise n’a pas une parole unique dans ces domaines ». Cela veut dire que l’Eglise apporte une contribution au débat, mais qu’elle n’a pas à elle seule une réponse qui soit valable pour toujours et pour tous. Mais elle apporte une contribution éclairée par une lumière sur l’homme, une lumière qui nous vient à travers la Parole de Dieu, par la Bible et le Christ. Cette Parole nous révèle ce qu’est l’Homme, ce qu’est la nature. Elle apporte aussi sa contribution à travers la force de charité qui nous amène à gérer ce monde d’une telle manière que ce soit utile pour l’homme et pour tous les hommes et pour le tout de l’homme. Premier principe fondamental de notre contribution sur la base de la charité que nous pouvons avoir : faire en sorte que ce monde se développe et qu’il se développe d’une manière unie.

Deuxième principe, il faut réfléchir et oser une parole. Dans le même texte de Paul VI, et dans d’autres textes, il est dit que la première chose, c’est d’écouter. Ecouter, et aussi connaître, ne pas rester dans le silence. Car on peut aussi fuir les questions posées par les OGM, dire « cela me dépasse, donc je n’entre pas dans le débat ». « Contribution » cela veut dire, ne pas fuir le débat. Ecouter, analyser. Egalement, ne pas en rester à des slogans. Accueillir en nous même les questionnements. Nous ne pouvons pas être en dehors. Ces questionnements, ce sont nos questionnements. Donc, il faut accepter de débattre dans la diversité des opinions, avec une confrontation de parole. Confrontation, cela veut dire que la parole peut s’exprimer. La réflexion s’élabore petit à petit par la confrontation de paroles. La Parole (de Dieu) circule à travers nos paroles, pour donner naissance à une parole.

Comment comprendre ce que dit la Bible sur la Création ?

Par rapport à la Création, il faut d’abord rappeler que la terre est un don : « Le Ciel, c’est le Ciel de Yahvé. Et la Terre, il l’a donnée aux fils d’Adam ». Cette terre nous est remise pour que nous puissions la gérer, la cultiver. Ceci veut dire, première chose, qu’il faut d’abord la contempler - c’est peut-être ce qui nous manque, d’abord de la contempler : « Que tes œuvres sont belles, que tes œuvres sont grandes ». A partir de cette attitude de contemplation, on peut la respecter.

« Croissez... Dominez... Multipliez... » On pourrait, à partir de cette Parole, considérer que l’homme a tous les pouvoirs puisque c’est écrit dans la Bible ! Mais il y a un contre-sens lorsqu’on emploie le terme « Soumettez ». Cette « soumission » fait allusion dans la Bible à la domination d’un roi sage qui se charge de ses sujets et fait son possible pour que rien ne leur manque. « Soumettez toute la terre » signifie agir de manière sage, afin qu’elle puisse produire et que rien ne manque.

L’autre terme - « Dominez » - renvoie au terme de guide, pasteur de la terre. Nous sommes des pasteurs, des guides de la terre. La terre c’est le corps de l’humanité, corps matériel, individuel, social, mondial et nous avons à gérer ce corps dans sa diversité, en se disant que ce que je fais de cette terre, me touche de quelque manière que ce soit, que cela n’est pas extérieur à moi. Que si j’en fais n’importe quoi, cela a des conséquences sur moi-même. Mon corps appartient à cet ensemble. Le corps individuel et le corps social, cela forme un tout. Nous devons avoir la même manière de traiter la terre que l’ensemble de notre corps. Tout cet ensemble là concerne notre manière de vivre au monde.

Une autre réflexion : « La terre appartient à tous ». Comment tenir compte qu’elle serve à tous, par rapport à ceux qui n’ont pas à manger, qu’elle serve à tous, de quelque manière, ou pas seulement à certaines firmes non plus. La terre est le lieu aussi où on exprime la justice et où on exprime la solidarité.

Cela veut-il dire que l’on peut prendre des risques ?<br<

Ma réponse est immédiate. Oui, il faut prendre des risques ! Car ne pas risquer, c’est mourir. L’appel à la vie est un risque permanent. Mais il faut prendre des risques proportionnés. Le risque oui, mais le risque proportionné.

Et en outre, il faut que ce risque soit responsable. En ce moment, il y a débat sur le principe de précaution. Pour certains, cela veut dire : on ne connaît pas toutes les conséquences, donc il ne faut rien risquer. Certes, il faut peser avantages et risques, éliminer le maximum de risques. Pourtant, ne faut-il pas accepter d’agir alors qu’il y a un doute ? Ce qui induit une autre question : que peut-on accepter comme doute ?

Il n’est pas normal de revendiquer le risque zéro. Mais si je pense risque « proportionné », autre question : « c’est proportionné aux yeux de qui » ? de quelques-uns, d’un groupe d’experts ? » Comment par ailleurs gérer précaution et solidarité ? Il peut y avoir aussi conflit de devoir. Il peut y avoir conflit d’intérêt et il faut savoir pour qui ? Il ne faut pas être naïf, il faut savoir à qui profitent les manières d’agir et de réagir d’aujourd’hui à propos des risques et du principe de précaution.

Propos recueillis par Jean-Claude Flamant. Mission Agrobiosciences.

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