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Comment instruire le débat sur les OGM ?
Alain-Michel Boudet : "OGM : Il faut un débat en trois étapes : Sciences, Économie, Ethique »
Par Alain-Michel Boudet. Professeur de biologie végétale. UPS/CNRS

La Mission Agrobiosciences lance un cycle d’entretiens sur Quel débat OGM ? : une question, la réponse « à chaud » d’une personnalité scientifique, professionnelle, associative, industrielle, élue, enseignante, etc...
La réponse du biologiste Alain-Michel Boudet : "OGM : Il faut un débat en trois étapes : Sciences, Économie, Ethique » (Entretien agrobiosciences 28 octobre 2003)

 

 [1]

« Il faut un débat en trois étapes : Sciences, Économie, Ethique »

« Pour répondre à votre question, il y a d’abord cette problématique de fond : est-ce que sur des sujets complexes, tels que les OGM mais aussi le nucléaire, on doit privilégier le référendum ou faire confiance au parlement pour prendre une position ? Sachant qu’aujourd’hui, quelques milliers d’individus seulement, connaissent parfaitement les données du problème posé. Quelle que soit l’option prise, référendum ou parlement, il conviendrait au préalable de bien informer l’opinion sur les évolutions scientifiques et technologiques, bref sur l’objet dont on parle. Ce débat est donc difficile à mettre en œuvre. Du fait de sa complexité, il est généralement peu productif, car on a tendance à mélanger trois niveaux qui, de mon point de vue, devraient être distingués : le débat sur le scientifique et le technique ; le débat sur l’économique, le stratégique et la mondialisation ; le débat philosophique et éthique. Car c’est la confusion entre ces positionnements du débat qui fait qu’il n’en sort rien. Sinon que l’Ogm est devenu une sorte de révélateur de l’ensemble des problèmes de notre société. Un bon débat serait, selon-moi un débat sur ces étapes sectorisées. Avec l’objectif que, dans une phase ultérieure, les différentes réflexions individuelles et collectives puissent alors être confrontées. »

Science : Pour une véritable clarification des risques et des avantages

« Sur les aspects scientifiques et technologiques, et à propos des OGM, le problème réside dans le fait qu’il s’agit souvent d’une confrontation entre des gens qui ont des certitudes et des gens qui, comme souvent les scientifiques, parlent au nom d’une absence de certitudes. Il est donc indispensable que tous les participants puissent disposer au préalable d’un corpus d’information neutre. Ce n’est pas simple mais ce sont précisément les différentes informations « souvent discutables » qui polluent généralement le débat. Concernant les objectifs du débat, il s’agirait, de mon point de vue, de mettre en évidence, de clarifier et de débattre des risques et des avantages des OGM »

Économie : Se réapproprier la complexité comme un socle au débat

« Sur les aspects économique, stratégique et mondialisation, il semble que le problème récurrent soit l’idée de dépossession avec, entre autre, cette idée souvent émise contre les OGM : « l’agriculteur ne pourra plus utiliser ses semences sans dépendre de multinationales qui gouvernent le monde ». On peut retourner la question. N’y aurait-il pas une grave dépossession si on abandonnait nos recherches et les avancées sur les OGM en laissant à d’autres pays l’exclusivité de cette technologie ? A quelqu’un qui me disait « rendez-vous compte, les multinationales américaines détiennent 90% des brevets OGM ». J’ai répondu « Si on abandonne nos recherches, ils auront 100% ». C’est aussi cela le risque en matière d’OGM. Toute recherche à une importance en terme de « secteur clé stratégique » qui concerne l’ensemble de la population. Je suis convaincu d’une chose : si les Américains sortent un maïs transgénique résistant à la sécheresse, les agriculteurs se jetteront dessus quitte à payer des royalties. Toutes les facettes de ce débat sont complexes. L’enjeu est de déterminer les éléments de cette complexité. Un accord préalable est donc nécessaire pour entamer le débat : que cette complexité soit acceptée par tous comme un élément clé, un socle pour débattre ».

Ethique : Débattre de la règle et de la limite

« C’est tout le problème de la légitimité. Les OGM constitueraient une manipulation inacceptable de la nature et un risque pour l’homme. Il est vrai que la génétique, et singulièrement les OGM, nous amène à nous poser la question du rapport à la nature. Je remarque par ailleurs que les plantes hybrides, qui existent depuis longtemps, ne sont pas remises en question alors qu’elles sont obtenues par des mélanges de gènes beaucoup plus incertains quant à leurs agencements et à leurs conséquences. Est-ce la précision et la multiplicité dans la palette d’applications qui participent au rejet des OGM ? Je suis bien conscient que mettre un gène de chien dans un maïs provoque a priori un rejet fort et une question sur l’ordre de la nature. Mais si cette transgenèse permettait de soigner des maladies graves et fréquentes, on sent bien que la limite de ce rejet serait largement repoussée. Cette idée qu’on ne touche pas à la nature, n’est pas une règle écrite par l’homme, et elle n’est pas fréquemment exprimée dans l’histoire. L’homme n’a jamais cessé d’avancer dans la maîtrise de la nature. On oppose, par exemple, les OGM au développement durable. Mais on peut aussi se poser la question d’OGM qui, comme beaucoup de techniques, seraient au service du développement durable, au service de la préservation de l’environnement. Si la progression de la connaissance et la maîtrise de la nature me semble inexorables, le problème est de savoir si l’homme peut les utiliser pour son bien être ».

Propos recueillis par Jean-Marie Guilloux. Mission Agrobiosciences.

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[1Alain-Michel Boudet est professeur de biologie végétale à l’Université Paul-Sabatier. Ce scientifique est Directeur de « l’Institut de Sciences fédératives : Signalisation cellulaire et biotechnologie végétale » UPS/CNRS. Il est également membre de l’Institut Universitaire de France.

 

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