29/04/2004
Le sens des mots

Bestial, c’est humain ?

A propos de bien être animal, la peur du traitement « inhumain » à l’égard des animaux semble rejoindre la peur de notre « animalité ».

Sans prétendre retracer la longue et complexe histoire des relations entre l’homme et l’animal, ce qui semble certain, c’est qu’il y a fois un rapprochement et une distance plus forte.
Du côté de la distance, nous nous sommes éloigné de la nature et d’une certaine faune. Par le déclin de l’instrumentalisation des animaux : la disparition des bêtes de somme, en somme.

Il ne reste plus que leur fonction nourricière, qui, elle-même, décline pour certaines espèces, comme le cheval et le lapin. Ce dernier ayant changé de statut pour devenir animal familier. Ce n’est d’ailleurs pas le seul.

Plus d’ours, plus de loups, plus de bêtes féroces, plus de peur instinctive. On voit les animaux dans les zoos et les fermes pédagogiques. Et là, évidemment, derrière les grilles, ils nous semblent plus proches. Mais il n’y a pas que cela. Du fait de cette distance, nous souhaitons à nouveau nous entourer d’animaux, même si ce ne sont pas les mêmes.

Le langage semble bien signaler cette volonté de rapprochement : on parle aujourd’hui d’animaux, et non plus de bêtes. La différence est importante. Car bestia, qui signifie « bête féroce » en latin (bestial désignait au départ, en tant que nom commun, le gladiateur qui combattait les fauves), exclut de cette catégorie les hommes. Il a peu à peu été remplacé par le mot savant « animal » (à partir du 16ème siècle), qui a progressivement inclut l’espèce humaine, peut-être à partir de Darwin.

Dans les faits, non seulement les animaux de compagnie classiques se multiplient, comme les chats et les chiens, mais d’autres animaux considérés jadis comme des nuisibles, deviennent à leur tout familiers. Ils entrent dans la famille. Nous voulons être avec. Auprès d’eux. Ce sont les rongeurs, voire les serpents, araignées, insectes et autres. Ce sont les nouveaux animaux de compagnie.

Même les animaux de la ferme, peut-être moins aptes à attendrir, ont été miniaturisés, rendus nains. Cochons, chèvres... Nous les avons réduits comme pour mieux les infantiliser.

On pourrait croire a priori que nous ne cessons de repousser les frontières des espèces que nous pouvons (et souhaitons) apprivoiser, comme le renard du Petit prince. Mais si l’on reprend le sens premier du apprivoiser comme celui de « s’attacher ». Il s’agit de rendre privé. S’approprier. Ce qui traduit plutôt une relation de maître à esclave,.

C’est donc loin de signifier que nous serions tous des animaux (on dit nos amis les bêtes, pas nos sœurs les bêtes) , mais au contraire, de marquer très nettement notre spécificité d’homo sapiens.

Ainsi, se soucier du bien-être animal -ce qui en soi paraît on ne peut plus normal- exprime le rejet de pratiques barbares, cruelles, « bestiales » ! Cela semble creuser la différence fondamentale entre notre espèce et toutes les autres : on ne cherche absolument pas à voir la part d’animalité en nous.

C’est au contraire au nom de notre humanité, que nous pensons comme un devoir de traiter correctement les animaux. La peur du traitement inhumain à l’égard des animaux semble là rejoindre la peur de notre animalité. Et les traiter de manière humaine serait pour nous un véritable marqueur identitaire.

Valérie Péan

Par Valérie Péan. Mission Agrobiosciences.
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