28/01/2008
Le Billet de la Mission Agrobiosciences, janvier 2008
Mots-clés: OGM

Cachez ces OGM que je ne saurais voir !

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« Comment instruire le débat sur les OGM ? »... C’est le souci de la Mission Agrobiosciences, un souci qui témoigne d’une insatisfaction quant à la manière dont les différentes parties se saisissent du sujet, aux arguments qu’ils mettent en avant - pour ou contre -, à leur faible degré d’écoute réciproque, et aussi quant à la difficulté qu’ont les chercheurs à faire entendre et comprendre, au sein du brouhaha médiatique, les arguments des controverses scientifiques.

Dans cet état d’esprit, la Mission Agrobiosciences a organisé en 2006 la 12ème Université d’Eté de Marciac sous le titre : « Comment débattre des sujets qui fâchent ? », sans se fâcher... Parmi ces sujets de « fâcherie », une place de choix pour les OGM ! Une issue possible : ne pourrait-on pas proposer aux opposants comme aux défenseurs des OGM de tenter un bilan conjoint de ce que l’on sait et ne sait pas sur les OGM dans les différents champs de la connaissance (lire les Actes de la 12ème Université de l’Innovation Rurale).
Du côté des consommateurs, la médiatisation dont les OGM font l’objet ne facilite pas leur compréhension. Elle ne fait que les conforter dans l’idée qu’on leur « cache quelque chose », ce qui les incite à s’en méfier comme d’un objet suspect. Cette situation peut satisfaire les opposants déclarés dans la mesure où la grande distribution se fait le relais de ce doute par sa réticence, voire son refus, à mettre des produits contenant des OMG dans ses rayons, tandis que les firmes françaises et européennes de sélection de semences hésitent à inclure des transgènes dans leurs variétés commercialisées. (lire les deux Cahiers concernant l’attitude des différents acteurs concernés par les OGM, notamment les élus locaux)
Depuis les années 90, les arguments des opposants aux OGM ont évolué. Ainsi, la composante environnementale et les aspects économiques liés à la coexistence de l’agriculture biologique avec des cultures OGM ont pris l’aval sur les risques alimentaires qui étaient mis en avant à l’origine. Aucune mort, ni aucune maladie, n’a été recensée dans le monde liée à l’ingestion d’aliments provenant d’OGM, ou même de viande d’animaux nourris de maïs et soja OGM (compensant la suppression des farines animales, aux risques réels, dans les rations). Mais cet argument, exprimé par les défenseurs, est affaibli aux yeux des opposants par le fait qu’il n’y a pas eu de véritable suivi épidémiologique des populations concernées. Le seul résultat clair, retiennent cependant les scientifiques de la Haute-Autorité , c’est que le taux de mycotoxines dans le maïs Bt du MON 810 est largement réduit : il y aurait donc là un bénéfice net en faveur de ce maïs qui n’est consommé que par les animaux d’élevage.
De fait, l’attention se focalise aujourd’hui sur les pollutions fortuites des cultures non OGM dues à la dispersion du pollen provenant de parcelles cultivées OGM, ou sur les conséquences collatérales sur la microfaune, etc. Or, pour répondre aux interrogations retenues par les scientifiques de la Haute-Autorité(1), concernant les effets sur l’environnement, il faudrait s’en remettre à des essais en plein champ... auxquels s’opposent les anti-OGM et qui sont détruits par les faucheurs volontaires. Par chance (!), les plantes génétiquement modifiées sont largement cultivées aux USA et au Canada. Il devrait donc y avoir là-bas matière à réaliser les observations nécessaires au niveau de territoires complets, inaccessibles aux recherches dans l’enceinte des laboratoires.
Le recours à la clause de sauvegarde et le moratoire de l’utilisation du maïs MON 810, va-t-il enfin ébranler les lignes, relancer le débat, et permettre d’engager les recherches qui s’imposent ? A moins d’énoncer clairement que, quels que soient les résultats des recherches sur les risques alimentaires ou environnementaux qu’ils réclament, les opposants aux OGM... refusent les OGM par principe. Un non-débat qui mérite un débat !

(1) Constituée à la suite du Grenelle de l’l’Environnement.

Commentaires de Matthieu Calame-. INGENIEUR AGRONOME, CHARGE DE MISSION A LA FONDATION CHARLES-LEOPOLD MAYER POUR LE PROGRES DE L’HOMME SUR LES QUESTIONS DE GOUVERNANCE DE L’INNOVATION TECHNIQUE

« Tout à fait dommage que les arguments sociaux-économiques et éthiques éventuels ne soient pas évoqués par le billet les réduisant à l’état de « par principe », ce qui pourrait laisser penser que cela signifie « sans raison ». Le problème des brevets et de l’appropriation du vivant n’est tout de même pas seulement une question de « principe », la question de l’érosion de la biodiversité n’est pas seulement une question de « principe », l’inscription des OGMs dans une logique monoclonale et de monoculture n’est pas qu’une question de « principe », les questions éthiques nées du constat de l’homogénéité du vivant qui fait qu’en travaillant sur des maïs puis sur des mammifères l’on se rapproche de la manipulation sur l’homme, n’est pas, au regard des « évènements » du XXème siècle, qu’une question de « principe »...

« Dommage de fait que la question sanitaire soit devenue centrale parce que les pouvoirs publics et les géants de la semence comme la recherche publique engagée dans cette voie ont refusé d’ouvrir un débat sur ces petits « points de détail ». Il est vrai que les questions éthiques et sociales ne sont guère dans l’air du temps... »

« Le propre d’un « billet » étant de refléter l’opinion de son auteur, était-il possible de rester neutre sur la question des OGMs ? Sans doute pas. J’ai peut-être simplement été surpris de voir que les thèmes - à mon sens fondamentaux - portés depuis des années par les milieux dubitatifs aux OGMs ne soient même pas abordés. Je pensais justement qu’Agrobiosciences » pouvait aller au delà du caléidoscope médiatique. Dans un sens le billet tombait un peu dans l’ornière qu’il dénonçait, à juste titre d’ailleurs, il donnait une vision tronquée - et donc simpliste - du débat. C’est vrai que j’aurais aimé qu’il rende compte de la complexité du débat sur les OGMs plutôt que de risquer le simple « les contres ont peur pour la santé alors qu’il n’y a aucune preuve, mais ils sont contre par principe ». Alors, si cela est impossible dans un billet, peut-être le genre « billet » est-il à éviter pour une instance qui organise le débat mais laisse à chacun le soin de le conclure ?
Question subsidiaire : les « pour » le sont-ils par principe ? »

Matthieu Calame signale : « Société civile contre OGM. Arguments pour ouvrir un débat public », Editions Yves Michel, 2004

Réactions de l’auteur : Jean-Claude Flamant

« Les questions posées par Matthieu Calame ne peuvent être ignorées. Tout d’abord, si « par principe » peut être compris comme « sans raison », alors le terme que j’ai utilisé dans ce billet n’est pas approprié.
J’explicite... Je voulais dire que les « contre » sont contre au nom de principes qu’ils défendent, quels que soient les résultats des travaux de recherche sur les risques concernant la sécurité sanitaire des aliments ou les conséquences sur l’environnement. Et j’affirmais que les « principes » auxquels ils se réfèrent méritent débat. Mais je suis également d’accord avec Matthieu Calame pour dire que, en effet, les « pour » le sont au nom de leurs principes... et ceux-ci sont également à débattre. Matthieu Calame esquisse ce que sont ces « principes » du point de vue des opposants.
Ce ne sont effectivement pas des « points de détail », mais j’ai l’impression que tout se passe comme si les opposants organisés aux OGM, comme les défenseurs, non moins bien organisés, avaient intérêt à ce que les arguments de nature socio-économique et éthique ne soient pas mis en débat dans la société et ne soient pas considérés comme étant de vraies questions, alors que l’on met sur le devant de la scène les risques sanitaires des OGM ou leur innocuité, tout comme les risques de dissémination, en faisant appel à l’expertise des chercheurs. Chacune des parties semble s’exprimer sur le ton « Il va de soi que... » et prétend même parler au nom de l’ensemble de la société. Pour le moment, c’est principe contre principe, voire valeur contre valeur. N’y a-t-il pas une autre issue ? La Mission Agrobiosciences pose la question et a la volonté d’y répondre. »

Accéder aux précédents billets de la Mission Agrobiosciences :

Par Jean-Claude Flamant, Mission Agrobiosciences

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