21/12/2015
Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 21 décembre 2015
Mots-clés: Crises

Qualité de l’air, un modèle à bout de souffle !

©AFP

Lundi 7 décembre. A peine la COP 21 avait-elle commencé que Pékin était pour la première fois en « alerte rouge » (comprenez ici : niveau maximal de l’échelle de mesure de la pollution de l’air), impliquant l’« arrêt de tous les chantiers de construction en extérieur et fermeture des écoles » (Le Monde) et des restrictions de circulation concernant certains véhicules. Information reprise en boucle, tout le monde a désormais une idée de ce à quoi ressemble l’épais smog qui recouvre la capitale chinoise quasi-quotidiennement.
Alors, pollution de l’air : crise sanitaire et environnementale ? Est-ce seulement un problème pour les pays émergents ? Quels aspects délicats revêt la question de la qualité de l’air et quels sont les acteurs en présence ? Enfin, changement climatique et pollution de l’air : parle-t-on vraiment de la même chose ? Une revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Un « air » de déjà vu en Asie…

Pour la Chine, ce phénomène n’est pourtant pas nouveau dans un pays abonné à l’alerte « orange », et dont les effets avérés de la pollution de l’air sur la santé faisaient déjà l’objet d’une forte médiatisation durant l’été 2015. « Respirer à Pékin équivaut à fumer 40 cigarettes par jour ». Un titre choc repris notamment par BFMTV qui relayait en fait les résultats d’une étude menée par Berkeley Earth. Après « avoir contourné les pare-feux des autorités chinoises pour télécharger les données de qualité de l’air toutes les heures pendant quatre mois en 2014 », les résultats sont sans appel. L’ONG américaine « estime ainsi que la pollution atmosphérique est responsable de 1,6 millions de morts par an en Chine, soit 17% des décès enregistrés ». Des chiffres qui font froid dans le dos… Mais les chinois ne sont pas les seuls à souffrir de cette situation.

Quelque peu mise à l’index par les médias, une bonne partie de l’Asie du Sud-Est (Indonésie, Singapour, Malaisie et une part du Sud de la Thaïlande) semble toujours être sous un dense brouillard. Un pic de pollution désormais annuel qui s’explique par une perte de maîtrise des brûlis sur tourbières. Ces zones humides, en plus de constituer de formidables « tampons protecteurs contre les aléas climatiques (inondations et sécheresses) » (Journal de l’environnement), sont également « très riches en CO2, méthane, ozone et autres gaz potentiellement mortels » (Journal International) et extrêmement inflammables.
Combinez tout cela avec le phénomène climatique El Niño favorisant une sécheresse accrue et retardant la période des moussons, et vous atteindrez « une des pires années jamais enregistrées » selon la NASA (Le Petit Journal) ! Le 11 décembre, le Journal International dressait d’ailleurs ce constat alarmant : « l’Indonésie a sauté au rang de « pire pollueur mondial », au-delà des records toujours plus impressionnants d’émission de carbone de la Chine et des Etats Unis. Ce sont à ce moment même plus de 1,7 million d’hectares qui sont partis en fumée. »
Une agriculture à la fois aux bancs d’accusé et de victime : si « l’agriculture sur brûlis reste une option à bas coûts et rapide » pour planter de nouveaux palmiers à huile et arbres de pâte à papier, elle menace cependant « la biodiversité », entraîne « une déforestation massive, une dégradation des sols à long terme, et une forte pollution de l’air ». A cause de la fumée dégagée, le reste de « la production agricole s’amenuise, tandis que les légumes flétrissent » et les poulets d’élevage meurent en quantité (Le Petit Journal).
Depuis maintenant six mois, la fermeture des aéroports ou des établissements scolaires est devenue monnaie courante. L’état d’urgence a en effet été déclenché puisque « plus de 500 000 cas d’infections respiratoires ont été comptabilisées dans les zones les plus exposées ». Le brouillard ocre réduit souvent la visibilité à moins de 30 mètres, selon le Journal International.
Le petit journal rappelle que « d’après l’agence de la météorologie, du climat et de la géophysique (BMKG), 43 millions de personnes respirent actuellement la fumée toxique issue des feux de forêts en Indonésie ». Il s’agirait selon cette même agence d’un « crime contre l’humanité dans d’extraordinaires proportions » ; les crimes environnementaux revêtent donc bel et bien des aspects du droit pénal international, qui nécessite sans doute quelques évolutions.

L’Europe n’est pas en reste !

« En Europe, la pollution de l’air tue plus que la route » titrait le Journal de l’Environnement. Elle tuerait même dix fois plus ! « Plus de 400.000 Européens meurent prématurément chaque année des effets d’une exposition prolongée à un air pollué » selon le nouveau rapport de l’Agence européenne de l’environnement (AEE), publié lundi 30 novembre. Et « 6,5 millions de citadins sont victimes de maladies associées à cette pollution : asthme, bronchites ou attaques cardiaques » quand « un tiers des écosystèmes européens sont menacés par les effets de la pollution de l’air ». En France, cette forme de pollution « est à l’origine de 42.000 morts prématurées annuelles » (Nouvel Observateur).
Un problème qui relève essentiellement de l’exposition à un niveau trop élevé de particules fines, de dioxyde d’azote et d’ozone, non sans lien évident avec la circulation routière. On comprend alors la croissance des préoccupations autour de ce fléau tant d’un point de vue sanitaire que d’un point de vue environnemental.

Aspect financier : il y a de l’orage dans l’air…

Et cette pollution coûte cher ! Un rapport du Sénat paru en juillet explique que « la pollution de l’air coûte plus de 100 milliards d’euros par an à la France ». Pourtant, et malgré les menaces régulières de Bruxelles à ce sujet (notamment sur le niveau de particules fines en avril), l’Etat et les collectivités territoriales se désengagent financièrement de manière progressive vis-à-vis de l’Atmo, organisme qui fédère les associations départementales de surveillance de l’air. La conjoncture économique nécessiterait des « arbitrages ». Toujours selon le Nouvel Obs, certaines associations ne fonctionnent déjà plus depuis des années, malgré leur rôle préventif important qui est « d’alerter la population lors des pics de pollution et d’enclencher des mesures comme la gratuité des transports ou les limitations de vitesse ».

Comment apporter un souffle nouveau ?

Côté français, en septembre, un plan d’action à l’échelle nationale a été présenté par Ségolène Royal, incluant des mesures (notamment d’urgence…) comme une réforme de la circulation alternée, des zones à circulation restreinte via des vignettes-« certificats sur la qualité de l’air » à apposer sur les véhicules, une indemnité kilométrique vélo ou une aide au renouvellement des vieux appareils de chauffage au bois (Le Monde). Mais la qualité de l’air sera bientôt partie intégrante des compétences des intercommunalités (bien que la « surveillance » demeure non obligatoire ; Nouvel Obs). Il faudra alors envisager d’autres sources de financement : pourquoi pas une contribution des secteurs du chauffage et de l’agriculture ? L’industrie y contribue déjà au prorata de ses émissions.

En Europe, le Journal de l’Environnement rappelle qu’ « un paquet de réglementations « Air propre » a été proposé à l’Union européenne en 2013 » : engager des dépenses ciblées de « 2,2 milliards d’euros par an jusqu’en 2030 » permettrait d’économiser « 3,3 Md€ de coûts directs causés par la pollution et 40 à 140 Md€ en coûts indirects […] Soit un bénéfice de 20 fois la mise ».

En Asie du Sud-Est, Singapour et la Malaisie font « pression sur l’Indonésie afin qu’elle adopte des mesures coercitives de plus grande ampleur et dépense davantage sur la prévention » (Le Petit Journal) mais la réalité est plus complexe, alors que le brouillard est souvent fait sur les responsables… La solution proviendrait sans doute davantage d’ « une coopération transnationale plus poussée » ; terme qui rappelle évidemment les négociations récentes du Bourget…

Même si la question climatique semble désormais s’être installée dans le paysage politique et diplomatique (et il s’agit bien là d’une réussite !), les accords supranationaux relevant d’une réelle gouvernance ainsi que le caractère nécessairement contraignant de ces derniers ont-il réellement progressé ? Sont-ils alors susceptibles de venir à bout de la pollution de l’air et a fortiori du changement climatique ?

Et le journal Le Monde de rappeler que même si « les deux phénomènes sont étroitement liés », « le CO2 n’est pas directement responsable des pics de pollution, et à l’inverse, la pollution urbaine n’est pas synonyme de dérèglement climatique ». C’est pour cette raison que des « solutions » semblant opportunes pour l’un ne le seront pas forcément pour l’autre (exemples du diesel ou du développement du chauffage au bois individuel). La pollution de l’air relèverait davantage d’une gestion locale de court et moyen terme quand le réchauffement climatique nécessiterait des décisions mondiales nous engageant dans le long terme. Alors, quid d’une « approche intégrée air-climat-énergie » pour cesser de brasser de l’air ?

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 21 décembre 2015.

Sources :
La pollution de l’air bat tous les records à Pékin, en alerte « rouge » pour la première fois, Le Monde.fr avec AFP, 7 décembre 2015
Respirer à Pékin équivaut à fumer 40 cigarettes par jour François de la Taille, BFMTV, 18 août 2015
Les palmiers à huile sur tourbières non viables en Indonésie Hélène Huteau, Journal de l’Environnement, 11 décembre 2015
Indonésie : les fumées de la colère Mathilde Grenod, Le Journal International, 11 décembre 2015
HAZE - 2015 sera t-elle l’une des pires années jamais enregistrées ? Sebastian Zebrowski/Alexandra Le Vaillant, Lepetitjournal.com, 5 octobre 2015
HAZE - Une agence environnementale indonésienne parle de "crime contre l’humanité", Lepetitjournal.com, 26 octobre 2015
En Europe, la pollution de l’air tue plus que la route Hélène Huteau, Journal de l’Environnement, 1 décembre 2015
Moins d’argent pour surveiller la pollution de l’air en France L’Obs, le 28 novembre 2015
Ségolène Royal annonce cinq mesures contre la pollution de l’air, mais rien sur le diesel Laetitia Van Eeckhout, Le Monde, 30 septembre 2015
COP21 : n’oublions pas la qualité de l’air ! Bernard Garnier, Le Monde, 5 décembre 2015


Le Monde, BFMTV, Journal de l’Environnement, Journal International, Lepetitjournal.com, Le Nouvel Observateur

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