17/12/2003
Oswaldo de Rivero.

Le mythe du développement

Oswaldo de Rivero, diplomate péruvien, dans Le Mythe du développement, traduit en français après un très grand succès en Amérique latine, appelle de ses voeux la fin de cette idéologie . L’auteur met au jour les ressorts de l’échec que les rapports pesants des organisations financières ou onusiennes décrivent année après année :

Pauvreté, faim, manque d’eau, destruction environnementale, inégalité. C’est que, comme l’explique de Rivera, l’idéologie qui régit les rapports économiques mondiaux persiste à croire que "la déprédation sociale et environnementale est un mal nécessaire, le prix à payer pour que la main invisible du marché global et les nouvelles technologies commencent à produire de plus en plus de prospérité". Mais non : le développement ne fonctionne plus.

Un des symptômes les plus significatifs de cet échec est pour l’auteur "le rendement décroissant de la viabilité nationale" qui frappe tant d’Etats du tiers-monde. L’idée que l’on pourrait reproduire le modèle européen a pu survivre quelque temps, quand la guerre froide leur assurait une "rente stratégique". Depuis que la peur du communisme ne leur assure plus ce soutien, leur souveraineté réelle s’étiole, et d’autant plus que les entreprises transnationales pèsent plus lourd que beaucoup d’entre eux et tissent des réseaux qui se jouent des frontières.

Mais ce n’est pas seulement parce que son opérateur - l’Etat - s’est révélé une coquille impuissante que le développement a échoué. De Rivero montre aussi combien la théorie des avantages comparatifs se révèle trompeuse : ni les coûts bas du travail ni l’abondance de matières premières ne suffisent aujourd’hui à garantir le "décollage" des pays pauvres. En effet, la demande de produits à contenu technique élevé croît bien plus rapidement que celle des matières premières, ou même des biens manufacturés simples.

Pris dans cet étau, les pays du Sud ont d’autant moins de chances de se développer qu’ils ne bénéficient pas des atouts dont ont usé les pays industrialisés : un espace colonial assurant importations à bas coûts et marché captif, une protection douanière forte, une croissance démographique modérée.

La conclusion est logique : il faut arrêter d’appliquer aux pays du Sud le modèle occidental en leur faisant croire qu’ils parviendront à une situation comparable. Perspective d’autant plus impossible que, si par hasard elle se réalisait, on voit mal, rappelle l’auteur, comment l’écologie de la planète pourrait supporter cinq milliards de consommateurs aussi déprédateurs que les riches Occidentaux.

Ed. de l’Atelier, 242 p., 15 € .

Sources : Le Monde et les Ed. de l’Atelier.

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