05/01/2016
Appel à contribution "Pour que le numérique fasse campagne" (5 janvier 2016)
Nature du document: Contributions
Mots-clés: Numérique , Ville-campagne

Des « tiers-lieux » à la campagne : quels univers de justification ?

Dans le cadre des débats qui accompagnent la future "Loi pour une République numérique", la Mission Agrobiosciences a lancé un appel à contribution autour de la question : Faut-il une politique nationale de développement numérique dédiée aux territoires ruraux ?".
Laurent Rieutort, géographe, Professeur à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, Directeur de l’Institut d’Auvergne du Développement des Territoires (IADT), nous propose ici une première réflexion sur la notion de "tiers-lieux", concept sociologique qui tord le cou à une vision jacobine de la société et amène à réfléchir à une autre notion, celle du territoire virtuel.

Des « tiers-lieux » à la campagne : quels univers de justification ?

L’importance et le poids acquis par les technologies du numérique dans le développement des territoires ruraux sont mis en avant par de nombreux travaux scientifiques. Le numérique est à la fois technologie, infrastructure, contenu et vecteur de développement [1]. Les TIC sont aussi des outils de transformation de la société et des territoires du fait des mutations qu’elles permettent dans les relations sociales (notamment comme outils collaboratifs) ou par l’acquisition d’un nouveau capital culturel qu’elles autorisent par l’accès à la formation et la diffusion large de données ouvrant le champ de la créativité y compris dans le monde entrepreneurial. A travers une recherche récente [2] dans le Massif central à propos des « tiers-lieux » numériques [3], nous avons montré une diffusion de ces initiatives non seulement dans les principales aires urbaines mais aussi dans l’espace rural (exemples du Cantal ou de la Lozère), dans les petites villes ou bourgades, souvent à l’initiative des collectivités territoriales ou du monde consulaire avec des jeux d’acteurs complexes (volonté de leaders, élus ou chefs d’entreprises, relais d’associations ou de collectifs). Ces tiers-lieux sont vus comme d’utiles compléments pour les entreprises rurales existantes et pour les créateurs – souvent nouveaux arrivants – qui soulignent l’intérêt de l’accès aux équipements, à la connexion THD, tandis que le cadre de vie rural reste une plus-value résidentielle. Tous confirment également que le tiers-lieu accroît le capital social, la capacité d’ouverture et d’animation (surtout si le site est au centre du village) ; il renforce la dynamique associative et constitue une réponse à l’isolement ; il accroît l’attractivité des territoires (image favorable pour les jeunes et créatifs), permettant souvent le lien entre systèmes productifs et facilitant l’identification et la valorisation de ressources spécifiques qui peuvent être de natures diverses, matérielles ou immatérielles, marchandes ou non (ressources économiques, sociales, politiques, culturelles, environnementales, paysagères…) ; cette attractivité autorise en retour l’accueil de nouveaux habitants, de créateurs, souvent mis en réseaux.
Pour autant, des limites à la diffusion des usages numériques et des « tiers lieux » sont souvent évoquées avec l’hypothèse que, outre les retards dans les infrastructures pour cause de faibles densités, des raisons socioculturelles viendraient entraver le mouvement, les ruraux ne prendraient pas la mesure de l’intérêt et de l’importance des changements en cours. Si nos enquêtes montrent qu’un noyau de base d’acteurs motivés (notamment un tissu associatif ou de TPE/PME) est nécessaire au démarrage, elles illustrent la complexité de la construction sociale et des imaginaires qui sont à l’œuvre. Il nous paraît utile d’échelonner les arguments des acteurs par le positionnement de leurs justifications, ce qui permet de repérer des compromis possibles ainsi que les types de dynamiques territoriales que les « tiers lieux » sont susceptibles d’engendrer (accéder au PDF "tableau des différents univers de justification des tiers-lieux" ci-dessous). En complétant l’approche de la « convention Internet » élaborée par Ph. Vidal [4], nous pouvons re-mobiliser utilement les univers de justifications des économies de la grandeur à la suite de Max Weber. Se distinguent alors quelques grands profils d’acteurs [5] dans l’espace rural – des « nostalgiques » qui s’inscrivent davantage dans le champ « domestique » et recherchent un territoire « patrimonialisé », une société conviviale, une valorisation équilibrée des ressources, aux « pragmatiques » qui combinent les différents modes de justification et dont le mot d’ordre est de développer des activités pour la vie économique et sociale, ce qui passe par la recherche de performance, la création d’emplois, la valorisation des ressources locales, la recherche de lien social, en passant par les « nouveaux enracinés » qui font le choix de s’investir dans la vie locale pour faire vivre les lieux avec une forte sensibilité patrimoniale, et qui sont souvent membres actifs de collectifs, de réseaux sociaux, d’associations de défense du cadre de vie. Afin de conforter la diffusion des usages numériques et des « tiers lieux », il est essentiel de conforter mutuellement ces profils et univers de justification.

Une contribution de Laurent Rieutort, géographe, professeur à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, Directeur de l’Institut d’Auvergne du Développement des Territoires (IADT).

Voir le tableau des différents univers de justification des tiers-lieux :

Pour nourrir la réflexion

Une contribution de Laurent Rieutort, géographe.

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