04/09/2009
Sciences et société, septembre 2009.
Nature du document: Entretiens

Réglement Reach : Nous subissons les conséquences d’une négligence des politiques scientifiques

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En réaction de sa revue de presse du 2 septembre 2009, le réglement Reach, fait comme un rat ?, qui revient sur les conclusions d’une étude publiée dans Nature selon laquelle le coût et le défi représentés par Reach ont été largement sous-estimés, la Mission Agrobiosciences a sollicité la réaction d’Armand Lattes.
Pour le chimiste et ancien président de la Fédération Française pour les sciences de la Chimie, il est évident que nous manquons de toxicologues et d’écotoxicologues pour répondre aux objectifs fixés par la réglementation européenne. Mais cela n’a rien de nouveau...

La réaction d’Armand Lattes, chimiste, ancien Président de la Fédération Française pour les sciences de la Chimie

Armand Lattes : « Voilà un problème depuis longtemps soulevé par les scientifiques : nous allons manquer de toxicologues et d’écotoxicologues pour pouvoir répondre à la demande imposée par Reach. Ces deux domaines ont été négligés par les politiques scientifiques et nous en subissons aujourd’hui les conséquences.
L’un des 2 groupes de travail du Conseil Stratégique de l’Industrie Chimique [1]
(dont je suis membre) a désigné comme prioritaire, du point de vue des chimistes, l’augmentation sensible du nombre de toxicologues et d’écotoxicologues... Il est tout de même formidable que les chimistes n’aient rien demandé pour eux-mêmes et qu’ils aient insisté sur la nécessité de ce recrutement ! L’explication repose, en partie, sur le fait que la chimie se voit souvent pointée sur doigt lorsque quelque chose ne va pas en matière d’environnement alors que l’évaluation de l’innocuité des produits chimiques n’est pas de son ressort. Les chimistes connaissent bien les mécanismes de synthèse et les propriétés physico-chimiques des produits qu’ils manipulent mais non leurs propriétés toxiques et écotoxiques qui ne sont pas de leur compétence. On devrait donc rechercher les responsabilités de ce côté là puisque les produits conçus par la chimie ne peut être livrés sur le marché qu’une fois leur innocuité mesurée par les toxicologues et les écotoxicologues.
Bien sûr, comme indiqué dans la revue de presse, le nombre d’animaux de laboratoire va suivre le nombre de produits à étudier. Là non plus, il ne s’agit pas d’un problème nouveau : nous avions déjà attiré l’attention des décideurs sur cette question de la disponibilité des animaux. Afin de remplacer l’expérimentation animale, ou la limiter, il existe désormais des techniques que les chimistes utilisent depuis longtemps et qu’ils appliquent avec soin, appelées « Relations quantitatives structures/propriétés ou structures/activités » (Quantitative structure-activity relationship, QSPR ou QSAR) [2]. A l’aide d’équations simples, et sans expérimentation, il est possible de prédire, par exemple dans une famille particulière de produits, la toxicité d’une substance après avoir étudié, de façon complète mais en nombre limité, quelques membres de sa famille.

En conclusion : il faut conserver REACH et... agir pour que ce règlement soit étendu au niveau mondial et non limité au seul niveau européen. Dans le cas contraire, notre industrie chimique va devoir payer de nombreux tests pour des produits que la Chine ou l’Inde pourront produire sans contrôle supplémentaire : il s’agit là d’un problème de concurrence et donc, à terme, d’emplois.

La réaction d’Armand Lattes, à la revue de presse de la Mission Agrobiosciences, Le règlement Reach, fait comme un rat ?. Réaction publiée le 3 septembre 2009

Chimiste, Armant Lattes a présidé jusqu’en février 2009 la Fédération française pour les sciences de la chimie dont il est toujours membre. Il a été élu Président de la Société Française de Chimie en 2003, puis de la Fédération des Chimistes en 2005. Il est également membre du Comité de prévention et de précaution du ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, ainsi que du Conseil Stratégique de l’Industrie Chimique. Lire son portrait

La réaction d’Armand Lattes, chimiste, membre de la Fédération Française pour les sciences de la Chimie

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