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Comment instruire le débat sur les OGM ?
Joël Gellin : "OGM : Dépasser les fausses évidences et aider les scientifiques à s’emparer du débat".
Par Joël Gellin. Généticien. Inra. Génopole Toulouse Midi-Pyrénées

La Mission Agrobiosciences lance un cycle d’entretiens sur "Comment instruire le débat OGM ?" : une question, la réponse « à chaud » d’une personnalité scientifique, professionnelle, associative, industrielle, élue, enseignante, etc...

La réponse du généticien Joël Gellin :
"Dépasser les fausses évidences et aider les scientifiques à s’emparer du débat". (Entretien agrobiosciences 7 novembre 2003)

 

"A chaque fois que l’on évoque les OGM, il conviendrait de replacer la vraie dimension de ce problème d’environnement par rapport à celle d’autres problèmes posés par les sciences et les industries. Car les OGM, et l’apparente précision des questions qu’ils suscitent, masquent selon-moi, des problèmes plus importants tel que celui du maintien de la biodiversité. En clair, j’ai l’impression que la focalisation sur les OGM provoque une perte de charge sur d’autres débats urgents et plus graves que l’on n’aborde plus."

Des oppositions qui masquent des différences de raisonnement fondamentaux.
"En dehors du côté "dangereux" dont on qualifie les OGM, il me semble que ce qui accroche les gens, c’est que les OGM sont, à tort ou à raison, perçus comme une solution biotechnologique pour l’agriculture. Une agronomie vue "derrière l’ordinateur" une "monoagriculture" qui exclurait d’office une autre façon de gérer et d’innover. En clair, on ne pourrait pas à la fois parler des OGM et être en accord avec des gens qui se disent près de la "nature". Il y a là une opposition "préalable", une incompatibilité. Il ne s’agit tout simplement pas de la même manière de raisonner. Pour instruire le débat OGM, il est bon de clarifier dès le départ les positions en jeu, les différentes façons de penser le monde et l’avenir. Des initiatives dans ce sens sont utiles pour enrichir le débat."

Redonner du sens à travers l’histoire.
"Concernant l’image désastreuse qui colle à la peau des OGM, il me paraît également important de revenir à leur histoire. Il y a 30 ans, voilà ce qu’en disaient bon nombre de chercheurs : « Une méthode fantastique qui fait intervenir des possibilités qui vont au delà de la nature et qui permet de dépasser la notion d’espèce... ». Les mots employés par des scientifiques alors en ébullition en disent long sur le moteur de leurs euphories. Bref, historiquement, c’était mal parti. Puis la crise est venue... Et il est intéressant de constater qu’aujourd’hui, beaucoup de scientifiques changent complètement de message « Le génie génétique, c’est ce que l’on a toujours fait avec les plantes depuis le début de l’humanité... même la nature fait cela naturellement ». On perçoit ici des tentatives d’une déconstruction de la notion d’espèce en affirmant que ce n’est pas là l’important. Ce changement de discours, on peut y accorder de l’intérêt, mais c’est trop tard. Il ne passe pas. Reste que les scientifiques ont volontiers expliqué comment les OGM se font. Et aujourd’hui, les textes reprennent étroitement ces formulations. Dans un récent document technique de l’Union européenne sur l’étiquetage on peut lire : « Les OGM peuvent être définis comme des organismes dans lesquels le matériel génétique l’ADN, a été altéré par un procédé qui n’a pas son équivalent dans les croisements et la recombinaison naturels ». Aujourd’hui beaucoup de scientifiques trouvent cela "idiot" car cette définition disent-ils s’appuie sur des différences de méthodes et non de résultats et généralise des situations très diverses . Oui ils ont raison mais quelques scientifiques ont une responsabilité historique en la matière.
La réaction sociale et à la suite les propositions sur l’étiquetage sont aujourd’hui basées sur cette définition trop généraliste et simpliste. Personnellement, je pense qu’elle aboutit en Europe à une réglementation illogique, lourde et inapplicable en l’état."

Déconstruire les oppositions réductrices, les faux consensus.
"Il y a, dans les termes récurrents de ce débat, ce que beaucoup de philosophes nomment un état d’irréflexion . On ne cesse de répéter de rares "idées forces" qui limitent le débat. Mais elles demeurent car elles font consensus d’opposition entre les pour et les contre. Dès le début le fameux papillon monarque ou la pomme de terre indigeste sont des exemples constamment repris. ils finissent par incarner à eux seul le débat OGM. Tant qu’on s’acharne sur un papillon, l’espace médiatique est occupé par quelques activistes et groupes d’intérêt de tout poil. Il faudrait entamer une déconstruction de ces "fausses barbes", "fausses évidences" et "consensus d’opposition" pour que ce débat aborde enfin quelques vraies questions difficiles qui restent à se poser sur les OGM. "

Un consensus très paradoxal qui m’alerte.
"On nous dit, avec sondage à l’appui, qu’on serait une grande majorité contre les OGM dans l’alimentation, mais qu’on accepterait sans réserve des plantes modifiées devenues capables de produire des médicaments. Il y aurait donc un consensus de ce coté et, a priori, je ne peux que m’en réjouir. Sauf que surgit ici à mon sens un vrai problème de sécurité. Le cas en France du maïs transgénique produisant de la lipase gastrique médicament contre la mucoviscidose est de ce point de vue exemplaire.
Il me faut rappeler ici au préalable deux événements parmi d’autres rapportés dans la presse. Un coton trangénique résistants à certains insectes a été introduit en Inde le plus officiellement possible par des semenciers. Cet OGM sans doute efficace a très vite été piraté par des agriculteurs locaux et les graines multipliées et revendues à droite et à gauche au grand dam des industriels qui ne contrôlent plus rien . Il faut noter que personne ne contrôlera plus jamais cet OGM. A mon avis, disons le de suite, ici le préjudice industriel réel ne s’accompagne pas pour moi d’un délicat problème d’écologie. Un autre exemple plus significatif pour la suite est l’exemple d’un soja ProdiGene pour aliment contaminé par un maïs transgénique cultivé pour produire un vaccin porcin . Le danger d’une dissémination incontrôlée me parait ici plus évident.
Imaginons demain la multiplication en plein champs de plantes comestibles devenues médicaments. De comestible elles n’en auront plus que l’allure. Il faut les imaginer dans un cadre commercial complexe, dans un déferlement continu de multiples produits innovants de l’industrie pharmaceutique ! Elles ne manqueront pas (moi, en tout cas je le redoute) l’une ou l’autre et avec le temps, ne serait-ce que par une simple erreur d’étiquetage, de destination, de transport mais aussi grâce à des voleurs mal informés, de se retrouver malheureusement dans l’alimentation. Pire encore à l’occasion d’une piraterie mal ciblée et si on n’est pas assez vigilant et constant dans les méthodes de confinements biologiques (notamment des plantes strictement stériles), de retrouver leurs caractéristiques génétiques devenues toxiques dans des semences vendues sous le manteau et dispersées ici ou là. Toxique car il va sans dire, et pour reprendre notre exemple de la mucoviscidose, que la surdose de lipase gastrique est un problème chez l’individu sain. Peut on dans ce cas parler d’un danger de pollution génétique ?"

Lancer une alerte ? surtout en reparler.
"Je pense que les plantes médicaments n’ont effectivement rien à faire pour le moment dans les champs. Je rappelle que sur ce thème, le rapport des cinq sages qui avaient été saisis de la question OGM, avait, à raison, préconisé de fabriquer ces médicaments le plus possible avec des plantes au faciès clairement non comestibles et dans des conditions draconiennes de production. Il soulevait également le problème des assurances en cas d’accident. Utiliser des serres, qui d’ailleurs ne suppriment pas tous les problèmes, est loin d’être un argument démagogique. Certes cela aurait un coût. Mais soigner les maladies graves vaut bien cet investissement.
Prenons le temps. Il reste beaucoup de recherches à faire pour cette grande cause avant de cultiver ces OGM médicaments dans les champs à droite et à gauche dans nos campagnes.
Discutons en !"

Aider les scientifiques à entrer dans le débat.
"Le vocabulaire que nous employons, nous les scientifiques, pose problème. Au delà d’expliquer ce qu’est la génétique, on ne peut pas dire que l’on soit bons car nous devenons très vite imprécis. En tout cas, il y a toujours à revoir sur la manière dont nous présentons les choses. D’une certaine manière, je crois que l’ouverture des scientifiques reste modeste. Quoiqu’on en dise ici et là, ils sont restés dans leur tour d’ivoire car tout simplement, ils ont un réel besoin d’être aidés. Si on veut parler des OGM, il faut aussi savoir comment aider les scientifiques, y compris les jeunes en activité, à entrer réellement dans le débat alors même qu’ils sont très divisés sur le sujet. Il faut noter que cette diversité d’opinion est une richesse médiocrement utilisée pour le moment.

Mais disons le très fort : c’est leur rôle et leur fonction de faire savoir et de faire connaître mais aussi de débattre y compris en tant qu’individus (comme je le fais ici) face à des problèmes engageant la société."

Propos recueillis par Jean-Marie Guilloux et Jacques Rochefort. Mission Agrobiosciences.

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Généticien, directeur de recherche au « Laboratoire de Génétique Cellulaire » de l’Inra (Département de génétique animale). Génopole Toulouse Midi-Pyrénées.

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