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Le billet de la Mission Agrobiosciences. Novembre 2008
« Serons-nous bientôt obligés de nous priver de viande ? Et même de lait ? »
Par Jean-Claude Flamant, président de la Mission Agrobiosciences
Jean-Claude Flamant. Copyright P. Assalit

Les sociétés européennes accordent une importance croissante à la qualité de leurs rapports aux animaux. Il ne s’agit pas uniquement du « bien-être animal » (animal welfare), mais d’un faisceau d’indices de natures diverses qui convergent pour construire une nouvelle représentation sociale des animaux, jusqu’à en arriver à la question suivante : « Serons-nous bientôt obligés de nous priver de viande ? Et même de lait ? ».

Voici l’objet de ce nouveau billet de la Mission Agrobiosciences, signé Jean-Claude Flamant.

 

De la domestication à la défense du « droit des animaux »

"A l’origine, l’humanité s’est construite au Néolithique dans une relation intime avec les animaux. Lors du processus de domestication, ils ont été associés à des symboles religieux - la Déesse Terre et le Dieu Taureau - suivant la thèse formulée par l’archéologue Jacques Cauvin (1), et simultanément impliqués dans des sacrifices rituels. Aujourd’hui, l’élevage des animaux est soumis à des règles qui interdisent de leur infliger des souffrances inutiles, une préoccupation qui obéit au principe que les animaux sont des êtres sensibles. Conséquence, l’obligation que les conditions et les procédures d’abattage soient elles-mêmes soumises à de telles règles, ce qui amènent certains à interroger la conformité des abattages rituels tels qu’ils sont pratiqués depuis des millénaires. De fait, certains pays sont plus en pointe que d’autres, y compris en Europe, tels que la Suède qui a adopté une législation « Pour des animaux heureux et en bonne santé ».

Pourtant, ce consensus réglementaire est loin de satisfaire des mouvements qui organisent la défense des « droits de l’animal » au même titre que les « droits de l’homme ». Nos pratiques, expriment-ils, sont non seulement cruelles, mais elles conduisent à consommer de la viande d’animaux qui ont été tués : nous sommes donc les complices d’un meurtre. Ces militants ne sont pas avares d’images. Selon eux, il n’y a pas de différence entre les élevages hors sol et les camps d’extermination nazis ! Ils vont jusqu’à se manifester par des mises en scène d’êtres humains ensanglantés gisant sous film plastique sur la place publique, tels des barquettes de supermarchés. A leurs yeux, la seule solution permettant de ne pas imposer notre loi aux animaux consisterait à cesser de manger de la viande, sans oublier de supprimer de notre usage quotidien les vêtements de fourrure et en peau et les fauteuils en cuir (2).

Elevages hors sol et qualité des eaux

D’autres mouvements mettent en cause indirectement les productions animales en référence à des arguments d’une toute autre nature. Citons notamment les organisations de défense de l’environnement, tout particulièrement de la qualité des eaux, avec une cible qui pourrait apparaître lointaine à première vue : la culture intensive du maïs irrigué dans le sud-ouest. Celle-ci est critiquée pour la pollution des eaux en nitrates et en pesticides qu’elle occasionne. Certes, mais cette culture est indispensable à l’alimentation des animaux, ripostent d’autres acteurs du monde agricole. Et le discours des défenseurs de l’environnement de se déplacer alors vers un appel à consommer moins de viande.

Mais comment réaliser une telle diminution à défaut de pouvoir l’imposer ? D’abord par le niveau des prix répondent les économistes ! Car, expliquent-ils, si les prix de la viande montent, les achats baissent dans le panier familial. En effet, avant même le critère du bien-être des animaux ou celui de la qualité des eaux, le prix des aliments qu’il achète est le premier auquel le consommateur attache de l’importance. En référence à une « culture du prix bas » nous explique l’économiste François d’Hauteville. Ce qui expliquerait que les volailles et le porc sont les plus importants contributeurs, et de loin, à notre consommation de viande, notamment parce que ces animaux réalisent, en conduite d’élevage intensive, les meilleurs indices de transformation des matières premières agricoles, maïs et soja, assurant des prix plus bas. Autrement dit, affirment certains zootechniciens, ces élevages sont paradoxalement les plus aptes à satisfaire les conditions du développement durable parce que les plus économes en ressources naturelles. L’argument environnemental serait-il récusé ? Pas si simple !

Car ce sont évidemment ces élevages « hors sol » qui posent le plus de problèmes pour les territoires environnants, par leurs rejets abondants d’effluents, lesquels polluent rivières et nappes phréatiques, sans oublier les nuisances olfactives. Retour donc à la question de la qualité de l’eau !
Débat ! Pourtant ces élevages de porcs et de volailles ne sont pas définitivement condamnés car certaines pratiques de conduite peuvent assurer à la fois un meilleur bien-être des animaux, une bonne qualité environnementale et une productivité élevée. Arguments... Contre arguments... Le débat est loin d’être clos !

Produire du lait de vache sans viande bovine ?

Quel est alors l’avenir de l’élevage bovin apparemment moins efficace que celui des volailles et des porcs comme transformateur de végétaux pour la production de viande et, au-delà de celle-ci, de lait ? Il ne faut pas oublier en effet que pour produire du lait, une vache doit physiologiquement réaliser une gestation et mettre bas. Diminuer la consommation de viande de bœuf ou de veau n’a donc pas pour conséquence automatique que les élevages bovins perdent de l’importance si les besoins en lait restent élevés. En fait, autre paradoxe, l’intensification de la productivité laitière tend à diminuer le nombre de vaches pour satisfaire un volume donné de production, ce qui signifie du même coup abaisser le nombre de veaux nés, potentiellement approvisionneurs en viande. Une mesure radicale consisterait certes à tuer les veaux mâles à la naissance sans oublier de dédommager les éleveurs pour cette perte. C’est un tel dispositif, dit des « Saints innocents », qui avait été un temps mis en œuvre lors de la crise de la vache folle en 2000- 2001, la consommation de viande de bœuf s’étant alors effondrée de 50%. Pas fameux pourtant du point de vue de nos rapports aux animaux !

Autre solution... Induire une lactation par manipulation hormonale sans gestation. C’est techniquement possible. On limiterait alors la production de veaux aux stricts besoins de renouvellement des vaches laitières, et on laisserait celles-ci mourir de mort naturelle à la fin de leur carrière productive dans des prairies pour animaux retraités, au même titre aujourd’hui que les chevaux de course retirés de la compétition. Soit, mais qu’en serait-il de l’image de ce lait « hormonal » comme produit « naturel » ?

Sans oublier que nombreuses sont les personnes allergiques aux protéines du lait, et celles aussi qui ne possèdent pas l’équipement enzymatique nécessaire à la digestion du lactose. C’est clair, une autre éventualité se fait jour : pour régler tous ces problèmes, il faudra renoncer non seulement à la viande de bœuf mais aussi au lait de vache et à ses dérivés, beurre et fromages.

Consommer directement les végétaux ?

Des interrogations sérieuses se manifestent concernant la satisfaction des besoins alimentaires au cours des prochaines décennies, face à l’augmentation de la population mondiale, tandis que les ressources en énergie fossile à bas prix, qui ont permis la révolution agricole moderne - engrais, pesticides, motorisation -, ne seraient plus disponibles à terme. Pour certains analystes, une telle situation conduit inéluctablement à une réduction drastique de notre consommation de viande et de lait afin de nous passer du coûteux transformateur animal. Nous devrions alors nous satisfaire d’une alimentation essentiellement végétale. Du même coup, on réaliserait une moindre contribution des ruminants à l’émission de gaz à effet de serre ont évalué certains chercheurs.

Des raisons pour que s’impose progressivement le régime alimentaire végétalien - céréales, fruits et légumes, et soja pour produire du lait et des protéines structurées à l’aide de procédés industriels - déjà pratiqué par certains.

Alors, exit les animaux ? Pas si simple. Il y a d’abord l’argument nutritionnel à discuter qui fait qu’une alimentation sans protéines animales serait gravement préjudiciable. Mais également, nous explique l’agriculteur André Pochon, peu soupçonnable d’être un défenseur de l’agriculture intensive, pour qu’un système d’agriculture durable soit à la fois productif et respectueux de l’environnement, il a impérativement besoin des apports en matière organique et en azote générés par l’élevage des ruminants et par la participation de légumineuses dans les assolements. Sans oublier que, au-delà même de l’aspect quantitatif de satisfaction des besoins alimentaires, il faudrait prendre en considération les surfaces où le pâturage par les herbivores - bovins, ovins, caprins - est un facteur déterminant de l’équilibre des territoires et de la qualité des paysages au niveau local. Pourraient-ils être réduits au simple rôle d’entretien de l’espace ? Et à quel coût pour la société ?

Quelle issue ?

Quelle importance chaque citoyen va-t-il donner dans ses actes d’achat de consommateur à des considérations éthiques, environnementales, planétaires... par rapport à ses soucis quotidiens d’achats à bas prix en rapport avec son pouvoir d’achat ? Pas facile de donner une réponse. Je ne conclurai pas.

Mon propos est qu’il faut être attentif à l’évolution de ces « signaux faibles » défavorables aux productions animales émanant de positions que l’on peut qualifier aujourd’hui de marginales, chacune d’entre elles ayant actuellement peu de poids pour provoquer un changement fondamental de nos rapports aux animaux, à leur élevage et aux produits qu’ils nous apportent. Provenant de préoccupations apparemment distantes, leur convergence pourrait cependant donner de la force à la mise en cause de la viande et du lait dans notre alimentation et dans les cuisines qui leur sont associées, allant peut-être jusqu’à nous faire renoncer à l’héritage culturel du Néolithique, et ajoutant au « désenchantement de l’alimentation plaisir » selon l’expression du sociologue Jean-Pierre Corbeau."

(1) Champs Flammarion, 1998
(2) Voir notamment l’analyse qu’en fait Luc Ferry : « Le nouvel ordre écologique - L’arbre, l’animal et l’homme », Grasset, 1992

Le billet de la Mission Agrobiosciences, par Jean-Claude Flamant, novembre 2008.

Accéder aux précédents billets de la Mission Agrobiosciences :

- Cachez ces OGM que je saurais voir, le billet de janvier 2008, par Jean-Claude Flamant, pour la Mission Agrobiosciences
- Le changement climatique, à la fois inéluctable et incertain ?, le billet de mars 2008, par Jean-Claude Flamant,pour la Mission Agrobiosciences
- La SAGA des bio-agro carburants. Tirer le fil de l’histoire, le billet d’avril 2008, par Jean-Claude Flamant, pour la Mission Agrobiosciences.
- Les signaux faibles : de l’intuition à la co-construction, le billet de mai 2008, par Jean-Claude Flamant, pour la Mission Agrobiosciences.
- L’eau en débat à Saragosse et dans toute l’Europe. Cette quantité de débats garantira-t-elle la qualité des eaux en 2015 ? Et à quel prix ?, le billet de juin 2008, par Jean-Claude Flamant, pour la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications : Sur le bien-être animal et les relations entre l’homme et l’animal Pour mieux comprendre le sens du terme bien-être animal et décrypter les nouveaux enjeux des relations entre l’homme et l’animal. Avec les points de vue de Robert Dantzer, Jocelyne Porcher, François Lachapelle... Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Lire sur le magazine Web de la Mission Agrobiosciences (publications originales accessibles gratuitement)  :
-  "Que mangerons-nous en 2050 ?", l’intégrale de "Ça ne mange pas de pain", avec notamment un einterview d’Annie Hubert, anthropologue "Serons-nous tous végétariens en 2050 ?"
- « Comment nourrir 9 milliards d’hommes en 2050 ? », entretien avec Jean-Louis Rastoin, auteur du livre "Nourrir 9 milliards d’hommes en 2050", agronome et économiste.
- Evolution des échanges agricoles et alimentaires mondiaux : quels problèmes en perspective, le cahier du café-débat avec Michel Griffon, ingénieur agronome et économiste
- Conflits ou complémentarités entre valeurs éthiques et finalités économiques ? Conséquences pour les éleveurs et les productions animales, l’analyse des débats de la Table ronde de la réunion annuelle de la Fédération Européenne de Zootechnie, juin 2005.

Accéder à toutes les Publications : Alimentation et Société Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’alimentation. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications « l’Alimentation en question dans "Ça ne mange pas de pain !" (anciennement "Le Plateau du J’Go"). Les actes de l’émission de la Mission Agrobiosciences sur l’actualité de Alimentation-Société diffusée sur Radio Mon Païs (90.1), les 3ème mardi (17h30-18h30) et mercredi (13h-14h) de chaque mois. Revues de presse et des livres, interviews et tables rondes avec des économistes, des agronomes, des toxicologues, des historiens... mais aussi des producteurs et des cuisiniers. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes les publications : Agriculture et Société Des conférences-débats, tables rondes, points de vue et analyses afin de mieux cerner les problématiques sociétales liées au devenir de l’agriculture. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à tous les Entretiens et Publications : "OGM et Progrès en Débat" Des points de vue transdisciplinaires... pour contribuer au débat démocratique. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les Publications : "Sciences-Société-Décision Publique"de la Conversation de Midi-Pyrénées. Une expérience pilote d’échanges transdisciplinaires pour éclairer et mieux raisonner, par l’échange, les situations de blocages « Science et Société » et contribuer à l’éclairage de la décision publique. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les Publications : Science et Lycéens.
Les cahiers de l’Université des Lycéens, moment de rencontres entre des chercheurs de haut niveau, des lycéens et leurs enseignants. Des publications pédagogiques, agrémentées d’images et de références pour aller plus loin, qui retracent la conférence du chercheur et les questions des lycéens.
Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes les Publications : L’agriculture et les bioénergies. Depuis 2005, nos articles, synthèses de débats, revues de presse, sélections d’ouvrages et de dossiers concernant les biocarburants, les agromatériaux, la chimie verte ou encore l’épuisement des ressources fossiles... Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

Accéder à toutes publications Histoires de... »- Histoire de plantes (gui, luzerne, betterave..), de races animales, de produits (foie gras, gariguette...) pour découvrir leur origine humaine et technique et donc mieux saisir ces objets. Editées par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications. Sur l’eau et ses enjeux. De la simple goutte perlant au robinet aux projets de grands barrages, d’irrigations en terres sèches... les turbulences scientifiques, techniques, médiatiques et politiques du précieux liquide. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder à toutes les publications Produits de terroir, appellations d’origine et indications géographiques. Pour tout savoir de l’avenir de ces produits, saisir les enjeux et les marges de manoeuvre possibles dans le cadre de la globalisation des marchés et des négociations au plan international. Mais aussi des repères sur les différents labels et appellations existants. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences.

Accéder aux Carnets de Voyages de Jean-Claude Flamant. De Budapest à Alger, en passant par la Turquie ou Saratov en Russie, le regard singulier d’un chercheur buissonnier en quête de sens. Edités par le Magazine Web de la Mission Agrobiosciences

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