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La conversation de la Maison Midi-Pyrénées du jeudi 27 mai 2004.
La recherche publique peut-elle se passer des contrats privés ? (Article sur la conférence-débat)
Avec Michel Grossetti, directeur du Centre d’Etude des Rationalités et des Savoirs. Cnrs-Université Toulouse-Le-Mirail.
Michel Grossetti

Le 27 mai 2004, la Mission Agrobiosciences et la Maison Midi-Pyrénées recevaient Michel Grossetti pour évoquer les rapports entre la recherche publique et la recherche privée. Aujourd’hui, les entreprises financent entre 6 à 7% du budget du CNRS (150 millions d’euros).

 

" C’est une part non-négligeable et en augmentation ", commente Michel Grossetti, qui précise que l’on peut désormais recenser près de 1.200 contrats de recherche par an, contre 600 il y a quelques années. Faut-il s’en féliciter, ou craindre un mouvement de " privatisation " de la recherche ?

Un mouvement de bascule historique
Lui-même chercheur au CNRS, Michel Grossetti concède qu’il ne voit pas la marque d’une "privatisation" dans ces chiffres, qui restent limités. Au cours de son exposé,
il soulignera que, historiquement, les chercheurs n’ont pas toujours été soutenus et financés par la puissance publique. " Déjà au XIXème siècle, l’Etat demandait aux universités de se débrouiller.
C’est ainsi qu’à Toulouse, Paul Sabatier avait créé des instituts techniques bénéficiant de financements locaux. Dans l’entre-deux-guerres, la Poudrerie, la Compagnie du Midi ou la ville finançaient
des laboratoires ", raconte Michel Grossetti. C’est surtout après la seconde guerre mondiale que les états ont organisé et financé la recherche. Le dernier " basculement " remonte, selon lui, au choc
pétrolier des années soixante-dix et à l’infléchissement des financements étatiques, dont la croissance s’est ralentie nettement, alors que les industriels s’intéressaient de plus en plus à la recherche publique.

Les inquiétudes du public
" Les gens se méfient davantage des laboratoires privés que de la recherche publique " souligne une participante, membre d’une association de consommateurs. Pour elle, " la méfiance est venue avec les crises alimentaires " : vache folle, OGM, etc. Pour Michel Grossetti, c’est toute la question du " contrôle citoyen de la recherche " prônée par Habermas. Alors qu’une autre représentante des consommateurs reproche aux chercheurs d’avoir travaillé sur les OGM " dans le secret de leurs laboratoires ", un chercheur présent dans la salle se demande comment informer valablement un grand public qualifié " d’introuvable ". " Le problème des scientifiques, c’est qu’ils ne sont pas formés à s’expliquer en dehors de leurs pairs ", remarque Michel Grossetti, regrettant que les chercheurs se contentent de déplorer les réactions " irrationnelles " du public ". Aujourd’hui, la science fait peur. " L’idée de progrès est battue en brêche en Occident ", souligne l’animateur, Jean-Marie Guilloux.

La question des experts
" Le contrôle de la recherche par les citoyens, c’est du baratin ", réagit Alain Benéteau, Vice-Président du Conseil Régional Midi-Pyrénées, qui préfère que les politiques aient recours aux " experts ". " Le problème, c’est que l’on demande aux experts d’avoir un avis tranché, alors que la recherche, c’est toujours le doute ", répond Michel Grossetti. Au nom du principe de précaution, Alain Bénetau demande à la recherche publique d’aller " plus loin ", " car ce ne sont pas les semenciers qui ont investi dans les OGM qui financeront des études supplémentaires ". La question du " retour sur investissement " des firmes est posée brutalement par un intervenant : " plus on a investi dans la recherche, plus il faut " toucher ses billes rapidement ". Dès lors, trouvera-t-on encore des experts compétents et indépendants, si les meilleurs sont désormais liés par contrats, se demande Michel Grossetti ?

S.T

Une réaction politique
" Il y a quelques années, quand un laboratoire public osait signer des partenariats, on criait à la prostitution ", rappelle Alain Bénéteau. Le vice-président (PS) du Conseil Régional de Midi-Pyrénées se félicite que " la recherche fondamentale ait compris qu’il fallait faire des transferts de technologies ", mais il s’inquiète de voir le mouvement de bascule partir trop loin dans l’autre sens. " Va-t-on devoir se passer de la recherche publique ", s’interroge l’élu, qui craint la fusion du ministère de la Recherche avec celui de l’Industrie. " Aujourd’hui, tout le monde ne rêve plus que de " fondations ", et des défiscalisations qui les accompagnent ", note l’élu, qui s’inscrit en faux contre cette perspective purement libérale.

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