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Sélection d’ouvrages. 19 avril 2013
L’écologie est-elle encore scientifique ? (note de lecture)
Christian Lévêque, éditions Quae, Essais, mars 2013, 144 pages.

L’écologie est depuis quelques années sur toutes les langues. Politiques, scientifiques, militants… Tous semblent vouloir légitimer leur parole par ce terme à portée presque magique, garant des bonnes intentions de son utilisateur. Mais sait-on au moins ce qu’est l’écologie ? Christian Lévêque, écologue de profession, se saisit de la question dans cet essai où il pointe le dévoiement de cette science, non seulement par les non spécialistes qui l’utilisent pour cautionner leurs projets, mais aussi par beaucoup d’écologues eux-mêmes. Dans un style très accessible et imagé, mais sans concessions, avec de nombreux titres très parlants pour faciliter la lecture, l’essayiste bat en brèche les visions trop simpliste, économique, politique ou militante de l‘écologie, qui négligent les contraintes de la recherche.

 

Qu’est-ce que l’écologie, entendue comme discipline scientifique ? Il s’agit d’une science complexe, car multidisciplinaire et multiscalaire, qui mobilise aussi bien des géologues que des géographes, hydrologues, chimistes etc. dans une approche globale, pour étudier les conditions d’existence et les interactions entre les organismes et leur environnement. Dès le premier chapitre, Christian Lévêque éclaircit la question et en trace les différents courants. Son projet est bien de redessiner les contours de cette science, pour mieux la séparer des discours qui s’appuient – souvent fallacieusement – sur elle. En effet, comme l’écologie est aussi « la science des relations entre les hommes-sociétés et la nature-écosystèmes », nombreux sont ceux qui tombent dans des tentations normatives.

« Des discours incantatoires et idéologiques sur la biodiversité ».

La tentation normative s’appuie avant tout sur des mythes souvent colportés par une mauvaise appréhension de l’écologie : certains concepts fondateurs, aussi hors de propos que « périmés », tels qu’un état de référence et un équilibre stationnaire de la nature, seraient encore largement invoqués par ceux qui se réclament de l’écologie, et notamment de l’écologie profonde (deep ecology). Ces derniers, plutôt anglo-saxons et influencés par le créationnisme, seraient surreprésentés dans les ONG environnementales, et répandraient l’idée « qu’une belle nature, c’est une nature sans l’homme ». Pour cela, ils s’appuieraient certes sur certaines études d’écologie, mais ils en marginaliseraient aussi d’autres, dès lors qu’elles ne correspondent pas à leurs attentes.

« Le citoyen qui connaît mal l’écologie scientifique croit, de bonne foi, que les discours militants sont cautionnés par la science écologique ».

Les mensonges par omission ne seraient pas que le fait de la deep ecology. Selon l’essayiste, le courant de « l’écologie politique » les pratiquerait tout autant, et ferait des « mélanges de genre » peu profitables ni à l’écologie, ni à la politique. De même, l’écologie et l’économie sont devenues des « sœurs siamoises » avec la création de notions telles que « biens et de services rendus par les écosystèmes », ou encore « équivalence écologique », comme si le monde pouvait être entièrement gouverné par la rationalité économique, et que tous les espaces étaient substituables… Or Christian Lévêque insiste sur le fait qu’on ne peut pas mettre la nature en équation. Contrairement à la physique dans son domaine, l’écologie n’a pas inventé de langage universel qui permette de comprendre le fonctionnement de tous les écosystèmes, si bien que sa capacité prospective est très limitée. Seule l’approche comparative s’avère vraiment efficiente, mais cela signifie aussi que l’écologie ne peut pas prévoir des situations qu’elle n’a pas encore rencontrées.

Des chercheurs qui utilisent des « arguments éthiques » pour vendre leurs recherches.

Une fois démystifiée, et assumée comme une science pas si « dure » que ça, mais plutôt naturaliste, l’écologie perd un peu de sa superbe. En conséquence, certains écologues choisissent d’aller dans le sens des médias pour conserver leur aura, et « laisser croire qu’ils disposent des solutions », afin que leurs recherches continuent à être financées. Cette réaction mène à une dramatisation de l’écologie, légitimée par la logique de l’heuristique de la peur de Hans Jonas. Et cette surenchère profite avant tout à certains « « grands gourous » qui ont un accès privilégié à de grandes revues » telles que Science ou Nature, que l’auteur apparente au « Dow Jones des écologues » : Les recherches effectuées sont choisies non plus en fonction de leur intérêt scientifique, mais en fonction de la côte du thème sélectionné, afin d’obtenir le plus de citations possible, nouveau levier de l’avancement de la carrière universitaire. Et si les médias font grand bruit des prévisions catastrophistes, ils ne prennent que rarement la peine de mentionner quand elles s’avèrent fausses, quelques années plus tard.

« L’écologie, discipline naturaliste, n’a pas vocation à décider de ce qui est bon ou mauvais ».

C’est pourquoi Christian Lévêque plaide pour une écologie qui aurait le mérite et la modestie de l’honnêteté, en laissant le politique de côté. Et à son tour, le politique devrait assumer ses choix de société, sans l’appui spécieux de la caution écologique. Il faudrait alors répondre à la question « quelle nature voulons-nous ? […] selon les processus délibératifs habituels ». Processus qui prendraient en compte les attentes de la société civile qui, loin des clichés d’une nature sauvage, préfère en fait les paysages entretenus qui correspondent à l’idéal culturel des « trois pros » : production, promenade (loisirs) et protection (sécurité), qui concilient « valeur écologique et valeur paysagère et ludique ».

Politiques, militants, religieux et scientifiques en prennent tous un peu pour leur grade dans ce petit essai aux allures parfois pamphlétaires. Accessible au grand public par son contenu et par son prix, ce livre peut être recommandé à tous ceux qui se piquent d’écologie, mais ne voudraient pas tomber dans des clichés souvent difficilement contournables.

Note de lecture proposée par Diane Lambert-Sébastiani, stagiaire à la Mission Agrobiosciences et étudiante à l’IEP de Toulouse.

L’écologie est-elle encore scientifique ?, Christian Lévêque, éditions Quae, Essais, 2013. 144 pages, 16€.

Sommaire :

Avant-propos

Vous avez dit écologie ?

L’écologie des écosystèmes en France

Les relations incestueuses de l’écologie scientifique

Apocalypse now : l’écologie sous la bannière de la dramatisation

Le mythe récurrent du jardin d’Eden

La mécanisation de la nature

Fonctionnement des écosystèmes

Écologie de la restauration. Quelles natures voulons-nous ?

Prospective, prévision, prédiction. Les boules de cristal de l’écologie

Une recherche à la dérive ?

Si vous n’avez pas tout lu, ou compris

Références bibliographiques

Accéder à toutes les publications de la Mission Agrobiosciences sur les thèmes de  : Alimentation et Société ; Cancers et alimentation ; Obésité ; Consommation & développement durable ; Lutte contre la faim ; Crises alimentaires ; "Ça ne mange pas de pain !" ; Méditerranée ; Agriculture et société ; Politique agricole commune ; OGM et Progrès en Débat ; Les relations entre l’homme et l’animal ; Sciences-Société-Décision Publique ; Science et Lycéens ; Histoires de... ; Produits de terroir ; Agriculture et les bioénergies ; Les enjeux de l’eau ; Carnets de Voyages de Jean-Claude Flamant.

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