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Quand la vache folle fait le grand écart : autopsie d’une crise par Philippe Baralon
Alimentation en débat : les chroniques « Grain de Sel » de la Mission Agrobiosciences
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Ph. Baralon. Copyright www.agrobiosciences.org

Faisons un grand écart, en abordant le sujet de la vache folle avec Philippe Baralon-, responsable du cabinet Phylum et spécialiste en stratégie des filières agroalimentaires. Il s’est beaucoup impliqué dans la gestion de cette crise. Il a participé à un ouvrage collectif « L’affolante histoire de la vache folle » (2) écrit, entre autre, avec Martin Hirsch- (3), actuel Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté-, président d’Emmaüs France et ancien directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa)- (Un entretien Mission Agrobiosciences)

L’Entretien

Jean-Marie Guilloux : La crise de la vache folle- est loin derrière nous. Ce fut une crise longue-, une longue histoire- avec la mise en place de nouveaux dispositifs de sécurité, appliqués à grande échelle, tel que l’abattage et les tests, mais aussi avec ses pronostics alarmants. Certaines projections scientifiques sérieuses oscillaient entre quelques dizaines de victimes et des centaines de milliers de décès. Que reste-t-il aujourd’hui de la vache folle, Philippe Baralon, et d’abord que se passe-t-il aujourd’hui ?

Philippe Baralon : Bizarrement, aujourd’hui on est dans le bas de la fourchette que vous indiquiez, plutôt quelques dizaines de victimes, heureusement, et, en même temps, énormément d’informations nous arrivent. Elles sont le fruit de l’investissement très fort qui a été fait en recherche à la fin des années 90-2000. Nous avons donc beaucoup de résultats, dont certains sont un petit peu inquiétants. Par exemple, il y a un risque transfusionnel associé à l’ESB-. On sait que l’on trouve plus de prion de l’ESB que prévu, mais toutes ces informations n’entrent pas en écho avec la société. C’est ce

 

qui est intéressant, car on aurait eu les mêmes infos il y a dix ans, les journaux en auraient fait leurs grands titres. Aujourd’hui, ça arrive sur les bureaux des mêmes journalistes et ça ne fait même pas une ligne dans les journaux.

Jean-Marie Guilloux : Il y a un phénomène d’oubli de la vache folle. Comment le comprend-on en regard des crises passées ? Une crise chasse l’autre ?- Comment analysez-vous ce phénomène d’oubli ?

Philippe Baralon : C’est un phénomène d’oubli qui s’explique assez facilement. La situation épidémiologique a changé. Il y a dix ans on pensait, éventuellement, que ce phénomène allait faire des centaines de milliers de victimes. Aujourd’hui, on sait qu’il en fera très peu ; pour donner un ordre de grandeur-, il y a eu un pic maximal au Royaume Uni de 28 morts. C’est 28 morts de trop, certes. Mais ces 28 morts du nouveau variant de Creutzfeldt-Jakob-, c’est moins que le nombre annuel de morts dus à la forme la plus courante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, celle dite sporadique, qui tourne autour de 60-70 au Royaume Uni et de 80 en France. Cette maladie, qui existe depuis très longtemps, a été identifiée dans les années 20- et n’a jamais été un thème de recherche phénoménal, c’est le moins que l’on puisse dire. On sait aujourd’hui que ce sera probablement un phénomène mineur en terme de santé publique. Donc, ça n’intéresse plus les gens. C’est la même chose sur le plan animal : huit cas en France en 2006, presque rien... . Ça ne fait donc plus l’actualité.

Jean-Marie Guilloux : Doit-on ce peu de morts grâce aux mesures prises pendant la crise, qui ont nécessité de gros investissements ?

Philippe Baralon : Si on fait l’autopsie de la crise, on a dépensé beaucoup d’argent-. Une estimation officielle du ministère de l’Agriculture-, en 2003, indique qu’on a dépensé, en France uniquement, 850 millions d’euros pour lutter contre l’ESB. Cela fait beaucoup d’argent. A l’échelle de l’Europe, plusieurs milliards d’euros y ont été consacrés. Sur ces sommes, une partie a servi à protéger les populations, en retirant, par exemple, les matériaux à risque de la préparation des farines animales... Une petite somme a donc effectivement permis de protéger les populations et une grosse moitié a servi à rassurer la population à un coût extrêmement élevé. Cela peut être regardé, aujourd’hui, d’un œil critique.

Jean-Marie Guilloux : La moitié, cela fait quand même 400 millions d’euros. C’est cher. N’a-t-on pas sur-réagi ?

Philippe Baralon : On peut dire que l’on a sur-réagi, mais ce qui est intéressant c’est qui est derrière le « on » ? En fait, derrière ce « on », il y a nous tous. C’est une idée qui a du mal à passer, mais qui sont les « vilains » qui n’ont pas assez réagi ? Et ceux qui ont sur-réagi ? En fait, quand on regarde l’essentiel de ces crises alimentaires, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un problème largement collectif.

Jean-Marie Guilloux : Alors, c’est cher, et si c’est cher, on ne peut pas se payer une crise de la vache folle, ou plutôt une assurance de crise tous les ans. Peut-on comparer le coût de la crise de la vache folle à un autre type de crise, ou au coût dépistage du cancer, par exemple ?

Philippe Baralon : Il faut faire attention lorsque l’on fait des comparaisons. On peut dire que l’on a pris la décision collective, avec l’approbation de la population, de consacrer en France, en moins de cinq à six semaines, plusieurs centaines de millions d’euros à la crise de la vache folle : 850 millions pour l’année 2003, puis entre 450 et 500 millions encore en 2006, et sur ces 450 à 500 millions, il y en a 300 dont on sait qu’ils servent uniquement à nous rassurer. 300 millions : c’est le coût du dépistage du cancer du sein lorsque celui-ci aura atteint son niveau de croisière, ce qu’il a un mal fou à faire parce que, collectivement, nous ne sommes pas mobilisés sur ce sujet. Or, ce sujet tue chaque année des milliers de femmes. 10% des femmes seront concernées par ce problème. Et quand cela arrive, ce provoque une réelle remise en cause de la personne, de la famille, de son entourage. Il faut donc que nous apprenions à gérer, collectivement, les priorités.

Jean-Marie Guilloux : Pensez-vous qu’après cette crise de la vache folle nous avons avancé, collectivement, ou bien nous manque-t-il encore quelque chose dans cet apprentissage collectif de la gestion des risques ?

Philippe Baralon : Nous avons incontestablement avancé. Le fait d’avoir fait des erreurs dans la gestion de cette crise est une étape importante où l’on a appris beaucoup de choses. Première chose que nous ayons apprise : séparer l’évaluation du risque de sa gestion. C’est ainsi que l’Afssa a été créée en 1999. On peut dire aujourd’hui que l’Afssa est un outil dépassé, l’outil d’actualité étant l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa)-, car c’est au niveau européen que cela se passe. Il est logique de placer l’agence à l’échelle du marché. Deuxième enseignement : le fameux principe de précaution n’est pas un principe très opérationnel, parce qu’il ignore le problème fondamental qui est de hiérarchiser les événements. On n’a pas les moyens financiers, on n’a pas les moyens humains, on n’a pas les moyens psychologiques ou sociologiques de traiter tous les problèmes de manière efficace ; on est donc obligé de faire des choix, qui sont souvent souvent dictés par l’émotion ou par la place qu’ils peuvent prendre dans les grands médias, plus que par une analyse sensée des risques comme ceux de la sécurité routière ou du tabagisme, de l’alcoolisme ou du cancer du sein.

Jean-Marie Guilloux : Pour finir : comment faire avancer le corps social ? Quelle méthode mettre en scène ?

Philippe Baralon : C’est très difficile même en terme d’alimentation, parce que cela demande des débats extrêmement subtils, nuancés, et qu’aujourd’hui on n’a pas de média permettant à un très grand nombre de personnes de discuter ensemble. L’alimentation est un sujet qui concerne tout le monde. Tout le monde mange. On peut faire passer des messages très simples et donc généralement assez faux sur le mode « Je suis pour ou je suis contre les OGM »-, qui n’ont pas beaucoup de sens dans les deux cas, à un grand nombre de personnes ; ou alors, des messages très nuancés, très argumentés à peu de gens, comme ce soir par exemple. Mais on ne sait pas faire passer de messages nuancés à un très grand nombre de gens. C’est un vrai problème pour nos démocraties.

2- Editions Balland, 1996 3- Martin Hirsch a également écrit « Ces peurs qui nous gouvernent : faut-il craindre la transparence ? » (Albin Michel, 2002) Lire un article de Philippe Baralon Les crises sont-elles nécessaires au progrès de la sécurité sanitaire des aliments ? Analyse de l’exemple de l’ESB-

Lire les publications origninales Mission Agrobiosciences consacrés aux « Crises Alimentaires »-

Cette Chronique Grain de Sel « Quand la vache folle fait le grand écart : autopsie une crise » est une des séquences de l’émission du 5 février 2007. Accéder à l’Intégrale de cette émission-. Le Plateau du J’GO est co-organisé par la Mission Agrobiosciences, le Restaurant du J’GO et Radio Mon Païs.

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