13/06/2006
Lu

Nanotechnologies. Les dangers liés aux nanoparticules à nouveau sur le devant de la scène

Les dangers liés aux nanoparticules, en particulier celles qui sont libres, sont de nouveau très discutés au Royaume-Uni. En effet, la Royal Society (l’Académie des Sciences britannique) a publié un communiqué au moment même où l’un des spécialistes britanniques de la médecine du travail et de l’environnement souhaitait alerter les acteurs du domaine sur l’absence de tests d’innocuité pour ces particules.

D’une part, le professeur Ann Dowling, présidente du comité de rédaction du rapport commun de la Royal Society et de la Royal Academy of Engineering sur les nanotechnologies (intitulé "Nanosciences and Nanotechnologies : opportunities and uncertainties"), s’est exprimée au nom de la Royal Society. A l’occasion de la publication au Royaume-Uni d’un inventaire des produits de grande consommation utilisant les nanotechnologies, la société savante a demandé que les industriels rendent publiques les méthodes de test d’innocuité qu’ils appliquent aux produits contenant des nanoparticules. L’inventaire, compilé par l’organisation américaine Woodrow Wilson International Center for Scholars, recense plus de 200 produits de consommation, certains étant commercialisés au Royaume-Uni. Publié en juillet 2004, le rapport de la Royal Society et de la Royal Academy of Engineering concluait que la plupart des nanotechnologies ne posaient pas de risque nouveau mais il soulignait toutefois les incertitudes existant sur les effets potentiels sur la santé humaine et l’environnement des nanoparticules libres. On appelle nanoparticules libres celles qui ne sont pas inclues dans une matrice ; de nombreux producteurs encapsulent les nanoparticules dans des polymères ou des liquides afin de réduire les risques d’inhalation durant les procédés industriels. Les nanoparticules utilisées dans les produits de consommation sont souvent incorporées dans des matériaux composites qui empêchent leur diffusion. Toutefois, elles se trouvent sous forme libre dans certains produits cosmétiques.
Selon le professeur Dowling, une transparence accrue sur les méthodes de test permettrait de stimuler les collaborations entre les chercheurs industriels et leurs collègues académiques : ces collaborations viseraient à développer des méthodes de test consistantes et sur lesquelles tous les acteurs s’accorderaient. Il faut noter que le Department for Environment, Food and Rural Affairs (Defra, le ministère britannique de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales) étudie l’extension de son cadre réglementaire pour prendre en compte les propriétés uniques de nombreuses nanoparticules.
Dans le même temps, Anthony Seaton, professeur de médecine du travail et de l’environnement à l’Université d’Aberdeen, a tenu des propos qui ont donné naissance à une polémique. Ce scientifique réputé, d’ailleurs membre du groupe de travail auteur du rapport de la Royal Society et de la Royal Academy of Engineering, a déploré que, deux ans après la publication du rapport, les tests recommandés n’aient pas été mis en oeuvre. En particulier, à l’occasion de la conférence Nanoparticles for European Industry qui s’est tenue à Londres les 2 et 3 mai 2006, il a souligné que les technologies et les applications liées aux nanoparticules avançaient à grands pas sans qu’un programme de recherche dédié sur les effets des nanoparticules sur le système biologique ait été mis en oeuvre. Il a encore rappelé que les scientifiques n’en savaient pas suffisamment pour déterminer quelles nanoparticules étaient dangereuses. Comme la Royal Society, le professeur Seaton s’inquiète des effets des particules inhalées. Mais il a vraiment déclenché la polémique en comparant les nanotubes de carbone aux fibres d’amiante (dont on a découvert après des années d’utilisation qu’elles étaient responsables d’un nombre important de décès). Il a également fait référence au produit allemand Magic Nano, un mastic d’étanchéité pour le verre et la salle de bain, qui a causé des problèmes respiratoires chez 97 personnes.
Des acteurs britanniques du monde des nanotechnologies et des nanosciences n’ont pas tardé à réagir : certains ont été cités dans un communiqué de presse de la Royal Society of Chemistry (la société savante qui regroupe les chimistes britanniques). Ainsi, un représentant du Micro and Nanotechnology Network (MNT, le réseau micro et nanotechnologies britannique) a déclaré qu’il n’y avait rien de "nano" dans Magic Nano. Dans le même temps, Milo Schaffer, un spécialiste des nanomatériaux basé à Imperial College London, a précisé qu’il était un peu "vilain" (sic) de sauter des nanotubes à l’amiante et que les molécules étaient plus dangereuses que les nanoparticules.
Un représentant de la European Nanotechnology Trade Alliance (ENTA) a par ailleurs déclaré que les industriels attendaient la nouvelle régulation européenne Reach (pour Registration, Evaluation and Autorisation of Chemicals) : selon lui, Reach devrait remédier au problème du manque de tests standardisés pour évaluer la toxicité des nanomatériaux.
Il faut enfin noter qu’il est fort possible que les fibres d’amiante soient, à l’avenir, utilisées comme matériau de référence en matière de toxicité : c’est ce qu’ont déjà fait Wendelin Stark et ses collègues de l’Institut Fédéral de Technologie de Zurich, pour des tests de toxicité sur des cellules humaines et de rongeurs. Ils ont comparé les résultats obtenus avec, d’une part des nanoparticules composées de diphosphate tricalcique, de céramiques hautement insolubles (comme la zircone ou l’oxyde de titane) ou de matériaux modérément solubles (comme l’oxyde de zinc ou l’oxyde de fer), et, d’autre part, des particules de référence (silice non toxique et fibres de crocidolite ou amiante bleu). Les résultats obtenus peuvent être consultés dans l’article intitulé "In Vitro Cytotoxicity of Oxide Nanoparticles : Comparison to Asbestos, Silica, and the Effect of Particle Solubility" et publié, le 11 mars 2006, sur le site web du journal Environmental Science and Technology.

Sources

Rédacteur : Dr Anne Prost

extrait du Bulletin électronique 67 de l’Ambassade de France au Royaume Uni

Cette information est un extrait du BE Royaume-Uni numéro 67 du 8/06/2006 rédigé par l’Ambassade de France au Royaume-Uni. Les Bulletins Electroniques (BE) sont un service ADIT et sont accessibles gratuitement sur www.bulletins-electroniques.com

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