24/09/2004
Veille technologique
Mots-clés: OGM

Le point sur les OGM au Royaume-Uni : de la science au débat public

Les services du Royaume-Uni ont publié dans leur bulletin électronique un dossier consacré aux OGM faisant le point sur différents rapports (scientifique, économique, débat public) destinés à éclairer le gouvernement en matière de culture et de commercialisation des OGM. En voici le texte intégral, afin de nourrir notre propre réflexion sur l’instruction du débat concernant ces organismes modifiés.

Les conseillers et attachés scientifiques des Ambassades de France à l’étranger assurent une veille scientifique et technologique dans des domaines aussi variés que les biotechnologies, l’environnement, l’énergie, les ressources naturelles, l’industrie alimentaire, les matériaux, la médecine ou encore la politique scientifique et l’enseignement supérieur... En décembre 2003, les services du Royaume-Uni publiaient dans leur bulletin électronique un dossier consacré aux OGM faisant le point sur différents rapports (scientifique, économique, débat public) destinés à éclairer le gouvernement en matière de culture et de commercialisation des OGM. En voici le texte intégral, afin de nourrir notre propre réflexion sur l’instruction du débat concernant ces organismes modifiés.

L’actualité sur les OGM au Royaume-Uni est très fournie depuis le début de l’été 2003, avec la publication successive des différents rapports demandés dans le cadre du grand débat national sur les plantes génétiquement modifiées : un rapport scientifique (voir les "Actualités scientifiques au Royaume-Uni" d’août 2003), un rapport économique, et un rapport sur le grand débat public sur les OGM. A cela s’est rajouté en octobre la publication des résultats scientifiques du "Farm Scale Evaluation" (FSE), un programme d’essais de culture en pleins champs d’OGM résistants aux herbicides.
Ce "spécial" a pour but de faire le point sur ces différents rapports et résultats avant que le gouvernement ne prenne sa décision sur l’éventuelle autorisation de la culture et/ou de la commercialisation des OGM au Royaume-Uni.

1 - Le rapport économique

Dans le cadre de la réflexion sur l’éventuelle culture et commercialisation des plantes génétiquement modifiées au Royaume-Uni, le "Department for Environment, Food and Rural Affairs" (DEFRA) a demandé à la "Strategy Unit" (SU) du cabinet du premier ministre de faire une analyse générale des coûts et bénéfices des plantes génétiquement modifiées.
La SU a été créée en juin 2002 à la suite de la fusion de la "Performance and Innovation Unit" (PIU), de la "Prime Minister’s Forward Strategy Unit" (PLFSU) et d’une partie du "Centre for Management and Policiy Studies" (CMPS). Elle a pour rôle d’analyser la politique et les programmes stratégiques à long terme. Elle travaille avec les différents ministères pour faire la promotion de la pensée stratégique et améliorer les processus de décision au sein du gouvernement. Elle rend directement compte au cabinet du Premier ministre.
Pour son travail de réflexion économique, la SU a considéré que ni les cultures OGM ni leur alternatives ne constituaient une fin en eux-mêmes mais que les cultures OGM peuvent être utiles si elles vont dans le sens d’objectifs à atteindre, qu’ils soient environnementaux, sociaux ou économiques, sans pour autant imposer un coût trop important. Les analystes ont également choisi de s’intéresser non seulement aux OGM actuellement disponibles sur le marché mais également aux développements potentiels dans ce domaine dans les quinze années à venir.
Pour faciliter leurs analyses, les responsables de l’étude ont travaillé avec les parties prenantes sur cinq scénarii possibles concernant les OGM en fonction de l’acceptation des OGM par le public et de la mise en place de régulation spécifique. Les deux premiers scénarii envisagent une acceptation large du public pour les OGM. Dans le premier cas une introduction graduelle des OGM, ces introductions étant réglementée par une régulation spécifique avec un système strict d’autorisations de mise sur le marché, d’étiquetage et d’un suivi après l’introduction sur le marché. Dans le second, les OGM sont petit à petit considérées comme des plantes et des nourritures comme les autres. Les deux scénarii suivant considèrent (cas actuel) une opposition importante du public face aux OGM avec, dans un cas, une régulation stricte mise en place et dans le second une rupture entre l’attitude du public et une réglementation lâche qui ne permet pas de séparer efficacement les plantes OGM des non OGM. Le cinquième scénario considère la décision politique de refus de culture commerciale d’OGM au Royaume-Uni.
L’étude économique s’est concentrée sur plusieurs secteurs clés : l’impact sur l’économie agricole, les OGM étant actuellement majoritairement destinées à améliorer la rentabilité ; les avantages pour toute la chaîne agro-alimentaire (les nécessités de l’étiquetage, la séparation des linéaires "avec OGM" des linéaires sans) ; les impacts sur l’économie rurale et l’environnement ; l’impact sur la santé humaine ; l’impact sur la recherche et le développement technologique britannique et enfin l’impact international.
Les conclusions de la Strategy Unit ont été publiées en juillet 2003 dans un rapport intitulé "Field Work : Weighing up the costs and benefits of GM crops". Les principaux points sont :
* Les OGM peuvent offrir des avantages en terme de coût et de facilité d’utilisation pour les fermiers britanniques. De plus les développements futurs des OGM pourraient offrir une gamme importante d’avantages aussi bien pour les fermiers que pour les consommateurs. Cependant, au moins à court terme, il faut s’attendre à une faible demande des consommateurs pour des produits contenants des OGM ce qui réduit le potentiel économique de la génération actuelle d’OGM. A long terme, deux éléments seront déterminants pour évaluer les coûts et bénéfices des OGM : l’attitude du public et la capacité du système de régulation à gérer efficacement les incertitudes liées aux OGM.
* Seuls quelques semences et caractéristiques (des souches de maïs, betterave et colza résistantes aux herbicides) sont actuellement disponibles et adaptées aux conditions de culture au Royaume-Uni. Ces OGM offrent certains avantages pour les fermiers mais aucun avantage visible pour les consommateurs. Cependant, dans le futur, de nombreuses semences d’intérêt pour le Royaume-Uni pourraient être développées, en particulier des pommes de terre et du blé. De même, les caractéristiques de modification génétique développée dans le futur pourraient être plus adaptées aux besoins des fermiers (résistances aux nuisibles et aux maladies les plus fréquents au Royaume-Uni) ou aux besoins de la société (aliments moins allergènes, aliments avec des nutriments supplémentaires, production de médicaments et vaccins à partir de plantes non alimentaires). Certaines de ces améliorations pourraient également venir de techniques de culture traditionnelles ou biologiques.
* Les futures décisions concernant les semences OGM impliqueront des compromis entre les coûts dans certains domaines et les bénéfices apportés dans d’autres. Par exemple, un système de régulation strict permet de réduire considérablement les risques, ce qui est important pour le consommateur, mais cela implique également une augmentation des coûts financiers, ce qui pourrait décourager tant les compagnies agroalimentaires, pour le développement de nouvelles semences, que les fermiers, pour les cultiver.
* L’impact potentiel de la culture de semences OGM sur les fermiers conventionnels et les adeptes de la culture biologique pourrait également nécessiter la mise en place de compromis. Les règles concernant la culture des OGM détermineront avec quelle efficacité les OGM peuvent être séparés des plantes non-OGM au niveau des fermes elles-mêmes. Ces règles détermineront également le coût auquel devront faire face les fermiers désireux de cultiver des plantes OGM, tout comme celui que les fermiers traditionnels et biologistes auront à supporter pour s’assurer de l’intégrité de leurs cultures.
* Les coûts et les bénéfices des OGM varient en fonction des types de semences et des caractéristiques ajoutées. Il est donc nécessaire de faire une analyse plus approfondie au cas par cas.
* La décision concernant les OGM aura des implications plus larges à l’échelon de toute la recherche industrielle britannique, qui pèse un poids important dans l’économie du pays. De même, cette décision aura une influence sur la compétitivité du Royaume-Uni à l’échelon international et sur les décisions que pourraient prendre les pays en voies de développement concernant la politique en matière d’OGM.

2 - Le grand débat public

Mis en place à la suite des recommandations de l’"Agriculture and Environment Biotechnoloy Commission" (AEBC) dans son rapport de septembre 2001 "Crops on Trial", le grand débat public national a été cofinancé par le DEFRA, le "Department for Trade and Industry" (DTI) et les administrations écossaises, galloises et d’Ulster. Il a été organisé par un comité complètement indépendant du gouvernement britannique.
Selon les recommandations de l’AEBC, ce débat ne devait pas avoir pour but de faire répondre "Oui" ou "Non" aux OGM mais de donner l’occasion à tous les Britanniques de parler et d’exprimer leur point de vue sur les OGM, leur éventuelle culture au Royaume-Uni, les informations qu’ils souhaiteraient avoir et la réglementation qu’ils souhaitent voir mise en place. Ce débat devait également avoir pour but de donner des informations au public sur les OGM. Le débat a officiellement commencé le 3 juin 2003
Pour arriver à ce résultat, le débat a été divisé en deux parties principales. La première est une série de débats ˆ environ 675 au total de taille très variable ˆ organisés à l’échelon local (par des volontaires), régional ou national et ouverts à tous. Les discussions ont été facilitées par la projection d’un film et la distribution d’informations, en particulier à travers le site internet qui a reçu prés de 25 000 visites. Les opinions du public émises lors de ces débats ont été synthétisés et évalués par un groupe d’experts indépendants. La seconde partie du débat a consisté en des discussions plus approfondies avec des membres du public afin d’approfondir l’analyse et de vérifier les résultats des débats plus ouverts. Pour cela, 77 personnes représentant la population britannique non impliquée dans les OGM, que ce soit dans le cadre du travail ou d’un militantisme actif pour ou contre. Les dix groupes de discussions ainsi formés se sont rencontrés deux fois, à une semaine d’intervalle, les participants étant invités, entre les deus sessions de discussion a continuer leur réflexion et leur recherche d’informations.
Le comité d’organisation du débat a publié ses conclusions dans un rapport intitulé "GM Nation ? The findings of the public debate". L’analyse des données issues des deux programmes a permis de faire ressortir un certain nombre de points importants concernant l’opinion du public face aux OGM :
* Les personnes ne sont pas à l’aise avec les OGM. Cela ne concerne pas uniquement la technologie elle-même mais également les questions sociales et politiques qui y sont associées. Les opinions lors des débats publics allaient de l’attitude précautionneuse et du doute à la suspicion et au scepticisme. Le public estime que les OGM sont porteurs de risques potentiels importants. Une majorité rejette toute idée de bénéfice possible à partir des OGM (sauf pour les compagnies productrices de semences). Les discussions de groupes ont légèrement infléchi ce résultat, les personnes reconnaissant majoritairement être mal informées et inquiètes.
* Plus les personnes s’engagent dans le sujet, plus leur inquiétude se renforce. De plus, ils expriment en général des idées plus affirmées. Cependant, ils deviennent également plus prêts à reconnaître des bénéfices potentiels pour les OGM.
* Sur les participants au débat, à peine plus de la moitié souhaite que la culture des OGM soit autorisée au Royaume-Uni. Les autres souhaitent qu’au moins une condition supplémentaire soit remplie avant l’autorisation de la culture des OGM. Les conditions concernent essentiellement un délai supplémentaire pour éliminer ou du moins réduire à un niveau acceptable les risques potentiels pour l’environnement et la santé.
* Il y a une méfiance très répandue envers le gouvernement et les compagnies multinationales. En particulier, une idée très répandue était que le gouvernement avait déjà pris sa décision et que le débat n’était qu’une manþuvre de camouflage dont les résultats seraient ignorés. Le débat a également permis de souligner l’idée que le gouvernement n’a pas la possibilité, voire même ne souhaite pas, défendre les intérêts du public.
* Il y a un désir d’en savoir plus et que plus de recherches soient menées. Le public souhaite avoir plus d’information pour pouvoir résoudre lui-même les contradictions et les querelles des pour et des contres. Pour cela, les personnes souhaitent avoir accès a des informations fiables et non biaisées par un camp ou l’autre. Le public a le sentiment que personne, à l’heure actuelle, n’en sait suffisamment et qu’il faut donc poursuivre la recherche.
* Les pays en voie de développement ont des intérêts particuliers. Et, selon certains participants, les OGM peuvent leur apporter des bénéfices. Le public est cependant très divisé sur la question.
* Le débat a été apprécié malgré la suspicion concernant les motifs du gouvernement.
Les conclusions du débat public seront prises en compte, ainsi que les autres aspects (scientifiques et économiques
Il faut noter que plus de 100 chercheurs et scientifiques britanniques éminents, qui avaient choisi de s’investir dans le débat national, ont envoyé une lettre à Tony Blair pour critiquer la façon dont le débat a été mené. Ils espéraient que leur participation au débat permettrait de corriger certaines opinions fausses.Ils estiment que le gouvernement, en laissant paraître certaines informations fausses dans les médias et en refusant de les contredire, a saboté leur travail. Concernant le débat lui-même, ils estiment que les débats publics ont souvent été monopolisés (détournés) par des militants anti-OGM. Dans l’ensemble, ils ressentent un hostilité importante concernant leur travail, ce qui décourage les chercheurs et les incitent à partir a l’étranger. Ils estiment enfin que d’autres technologies innovantes pourraient subir le même sort que les OGM. Les signataires ne sont pas uniquement spécialisés dans les OGM, mais couvrent de nombreux domaines de la recherche.

3 - Les résultats des essais de culture en pleins champs

Les premiers résultats de la "Farm Scale Evaluation" (FSE) ont été publiés comme précédemment annoncé dans la revue "Philosophical Transactions : Biological Sciences" de la Royal Society le 16 octobre 2003. Cette étude a été menée par un consortium regroupant le "Centre for Ecology and Hydrology", le Rothamsted Research Institute" et le "Scottish Crop Research Institute". Elle analyse les conséquences sur la biodiversité (les insectes, les mauvaises herbes, invertébrés...) de la modification des méthodes de management des semences génétiquement modifiées par rapport aux semences normales. Les résultats publiés actuellement concerne les 3 semences de printemps (betterave, maïs et colza de printemps). Les résultats de la dernière semence, un colza d’hiver, seront publiés ultérieurement.
La FSE a été réalisée sur environ 180 champs, 60 pour chaque type de semence. Chaque champ a été séparé en deux pour permettre, dans une première moitié, la culture d’une semence génétiquement modifiée résistante à un herbicide et dans l’autre moitié la semence traditionnelle correspondante. La gestion des mauvaises herbes s’est faite à l’aide de l’herbicide correspondant à la résistance pour les semences OGM et en utilisant les techniques habituelles pour les semences traditionnelles. Les comparaisons en terme de biodiversité ont été réalisées en étudiant la quantité et la qualité des mauvaises herbes et des invertébrés, tels que les papillons et les abeilles, aussi bien dans le champ lui-même que dans les bordures.
Sur les huit articles scientifiques publiés, deux concernent les mauvaises herbes dans les champs eux-mêmes, deux se concentrent sur les invertébrés dans les champs, un a analysé les bordures des champs aussi bien pour les mauvaises herbes que pour les invertébrés et un 6ème a analysé les effets des différents types de traitements herbicides sur les animaux se nourrissant d’invertébrés et de mauvaises herbes. Les deux derniers articles discutent de la stratégie adoptée pour réaliser la FSE et des interprétations qu’elle peut permettre et comparent les techniques de gestion des cultures utilisées dans l’étude avec les techniques conventionnelles pour remettre en perspective les résultats.

Les effets sur les mauvaises herbes dans les champs :
L’étude montre que la différence de gestion entre les semences traditionnelles et les semences OGM a un impact significatif sur les mauvaises herbes. Dans les champs de betterave et de colza génétiquement modifié, le contrôle des mauvaises herbes est beaucoup plus efficace que dans les semences non résistantes aux herbicides. Cela se traduit par un nombre de graines de mauvaises herbes dans le sol en fin de récolte beaucoup plus faible avec les OGM qu’avec les semences conventionnelles. Cette diminution du nombre de graines de mauvaises herbes est un phénomène qui existe depuis plusieurs décennies au Royaume-Uni, même avec les plantes conventionnelles, mais cette étude montre que certains OGM pourraient accélérer le phénomène. En opposition avec ces résultats, les chercheurs ont observé une augmentation des mauvaises herbes dans le maïs OGM par rapport au maïs normal, indiquant que le régime d’herbicide adopté pour le maïs OGM n’est pas aussi efficace que le régime traditionnel pour limiter la prolifération des mauvaises herbes. Les cultures conventionnelles de maïs ont tendance à utiliser d’avantage d’herbicides persistants.

Les effets sur les invertébrés dans les champs :
Comme dans le cas des mauvaises herbes, l’étude a mis en évidence un impact significatif de la gestion des mauvaises herbes sur la population d’invertébrés dans les champs. De nouveau, les chercheurs ont observé une diminution de certains invertébrés dans les champs de betterave et de colza OGM et une augmentation dans les champs de maïs OGM par rapport à leurs équivalents conventionnels. Les invertébrés supérieurs actifs sur les graines et la couche de litière étaient dans l’ensemble peu affectés par le type de semence cultivée et la gestion des herbicides. Cependant, de petites différences ont été observées, avec une diminution des papillons dans la partie OGM des champs de colza, et d’abeilles, de papillons et d’hétéroptères dans les champs de betterave OGM.
Enfin, dans tous les parties cultivées avec des OGM, les scientifiques ont observé un nombre accru de collemboles, un détritivore qui se nourrit de mauvaises herbes mortes et en décomposition. Ceci est dû à l’application plus tardive des herbicides dans les cas des OGM, permettant aux mauvaises de pousser avant d’être éliminées.

Les effets à la bordure des champs :
Trois composants de la bordure des champs ont été étudiés : la bordure labourée mais non plantée, l’accotement herbu du champs et la frontière elle-même. Les différences les plus importantes sont observées au niveau de la bordure labourée, beaucoup plus affectée par les herbicides répandus que les parties les plus éloignées. Les résultats sont en accord avec ce qui est observé au niveau des champs eux-mêmes. Ainsi, pour le colza OGM, les scientifiques ont observé une diminution de la couverture, de la floraison et de l’ensemencement de 24, 44 et 39% respectivement par rapport au colza traditionnel dans la bordure labourée. Dans le cas de la betterave, les différences concernent uniquement la floraison et l’ensemencement avec une diminution de 34 et 39% respectivement par rapport aux champs cultivés conventionnellement. Enfin, pour le maïs, on observe une augmentation de la couverture et de la floraison de 28 et 67% respectivement dans les champs de maïs génétiquement modifiés par rapport aux champs plantés de maïs conventionnels.
Concernant les invertébrés, une diminution de 24% des papillons est observée uniquement dans les bordures des champs de colza, reflet de la diminution du nombre de fleurs. Très peu de différences ont été observées pour les abeilles, les limaces et les autres invertébrés.

Impact sur la suite de la chaîne alimentaire :
Les effets négatifs e la gestion des mauvaises herbes dans les champs de betterave et de colza OGM sur la biomasse et les invertébrés, ou l’effet positif concernant le maïs, ont des répercussions dans la suite de la chaîne alimentaire. Dans les champs où la flore est réduite, on retrouve moins d’herbivores, de pollinisateurs et d’insectes qui s’attaques aux herbivores. Cependant, dans l’ensemble les différences sont faibles (moins d’un facteur deux) comparées aux différences observées tout au long d’une année et entre les différentes type de semence. La direction du changement dépend de l’efficacité de la gestion des mauvaises herbes dans la partie OGM comparée à la partie conventionnelle.

Justification des modalités de l’étude et interprétation des résultats :
L’article justifie la pertinence des résultats obtenus en détaillant les modalités de l’étude qui ont permis d’éviter les biais. Ainsi, des études précédemment menées sur les sols, la végétation et la gestion des champs, ont été utilisées pour sélectionner les sites des essais afin qu’ils soient représentatifs des champs cultivés au Royaume-Uni. De même, les changements historiques et récents dans les mauvaises herbes ont été utilisés pour évaluer la biodiversité initiale dans les différents sites et envisager les possibles modifications à long terme.
Des réinterprétations d’expérimentations en plein champs menées dans les années 90 ont permis d’établir que des changements de pratique de gestion des mauvaises herbes peuvent provoquer des différences importantes dans la biodiversité. La FSE a été mise au point de telle manière que de telles différences entre les cultures conventionnelles et les cultures de plantes résistantes aux herbicides puissent être détectées.

Gestion des cultures et contexte britannique :
Pour la validité de l’étude, il était important que le mode de gestion des cultures conventionnelles soit représentatif de la pratique des fermiers britanniques, ce qui a été le cas. De même les localisations et l’intensité des cultures étaient représentatives de la gamme observée normalement au Royaume-Uni. Les quantités d’herbicide utilisées et la date d’administration sont également représentatives de la pratique conventionnelle pour les cultures non OGM et des recommandations des producteurs de semences pour les cultures résistantes aux herbicides. Cela se traduit dans l’ensemble par une diminution de la quantité d’herbicide sur les cultures OGM, mais accompagnée d’une administration plus tardive dans la saison, par rapport aux cultures conventionnelles. La seule exception est le colza pour lequel aucune différence en terme de quantité d’herbicide n’est observée.

Les résultats illustrent les différences que peuvent provoquer des changements dans la gestion des mauvaises herbes, dans ce cas, changements provoqués par l’utilisation de semences résistantes aux herbicides. Ils montrent également que l’impact sur l’environnement est très variable suivant les semences (et donc la gestion associée). Cet essai ne peut donc s’appliquer qu’aux trois semences testées et ne permet aucune extrapolation pour d’autres semences OGM.
Les scientifiques ont beaucoup insisté, en particulier dans les médias, sur le fait que les résultats observés ne sont pas dus à la façon dont les plantes ont été génétiquement modifiées mais au fait que cette modification permet de changer la gestion du contrôle des mauvaises herbes dans les champs, en particulier en attendant plus longtemps avant la première aspersion et entre chacune.

Les polémiques et les critiques :
Avant même la publication des résultats, une polémique est née dans le journal "The Guardian", le journal annonçant, 15 jours avant la publication officielle des résultats, que les scientifiques concluaient que deux des trois semences étaient dangereuses pour l’environnement. Le journal s’appuyait sur le refus par la Royal Society de publier un neuvième article écrit par les chercheurs. L’article du Guardian, très polémique, parle d’échec sévère pour le gouvernement et les industriels et spécule sur les causes des résultats : les herbicides utilisés eux-mêmes et non, comme le rappelle les scientifiques, le mode de gestion des mauvaises herbes. La Royal Society a répliqué en estimant que le journal faisait passer ses propres intérêts avant ceux du public et du devoir d’information en publiant des informations spéculatives.
Pour faire taire tout autre polémique sur la valeur scientifique des articles publiés, la Royal Society, dans la préface du numéro spécial contenant les huit articles scientifiques sur la FSE, a rappelé que le journal "Philosophical Transaction" avait adopté, dès le 1er mars 1664, le système de "peer review" (examen par les pairs) qui est un gage de qualité maintenant utilisé dans tous les journaux scientifiques. Dans le cas des articles sur la FSE, le journal a même renforcé son système d’examen avant publication, avec la mise en place d’un comité consultatif de cinq scientifiques éminents venant de quatre pays différents qui a sélectionné les rapporteurs des articles. Pour ces derniers, le comité a refusé d’inclure toute personne affiliée ou ayant été affiliée à une entreprise ou une institution pouvant avoir un intérêt dans le débat, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. De plus, les membres du comité et les rapporteurs ont dû signer une déclaration nommant toutes les organisations commerciales auxquelles ils étaient affiliés et explicitant leurs intérêts économiques potentiels et financiers dans des entreprises agroalimentaires. Tous les articles ont été examinés par au moins 3 rapporteurs (la norme est souvent de deux). Aucun des articles scientifiques n’a été accepté dans sa forme originale, le neuvième article (celui repris par le Guardian) étant refusé suite aux commentaires des rapporteurs.

Pour rester dans la polémique sur la FSE, certains groupes souhaitent l’annulation des résultats concernant le maïs car l’herbicide utilisé dans les cultures conventionnelles, l’atrazine, devrait être bientôt interdite par l’Union Européenne. L’herbicide devra donc être remplacé par un autre, ce qui pourrait entraîner une modification des résultats observés.
Enfin, certains groupes critiquent l’étude dans son ensemble. Ils estiment qu’elle était trop limitée, et trop focalisée. Elle n’a pas cherché à évaluer les autres effets dommageables possibles, pour la santé humaine, en matière de pollinisation croisée, de dégâts sur les microorganismes du sol et les risques à long terme de transfert des modifications génétiques.

4- L’hybridation croisée

Des chercheurs britanniques se sont intéressés au problème de la pollinisation croisée, une des pierres d’achoppement pour les anti-OGM. Les cultures d’OGM n’existant pas actuellement au Royaume-Uni en dehors de la FSE, les chercheurs du "Biotechnology and Biological Science Research Council" (BBSRC) et du NERC se sont intéressés aux hybrides formés à partir de deux espèces voisines, le colza cultivé (Brassica napus) et le navet sauvage (Brassica rapa) qui poussent majoritairement le long des rivières. Les scientifiques ont mené une étude très approfondie qui devrait permettre d’évaluer à l’avenir le nombre, la fréquence et la localisation des hybrides. Grâce à des images satellite et des données du "Centre for Ecology and Hydrology", les chercheurs ont estimé que 1,8 millions (soit environ 2%) des navets sauvages des rives se trouvent à moins de 30 mètres d’un champ de colza. De façon intéressante aucun navet sauvage n’a été observé le long des rivières écossaises. En fonction de ces données, et des cultures actuelles, les chercheurs estiment à 32 000 le nombre d’hybrides qui apparaissent chaque année dans les populations de navet sauvage sur les rives et à 17 000 les espèces sauvages poussant dans les champs. De plus, selon l’étude, l’isolement des cultures réduit mais n’empêche pas complètement, le flux de gènes même sur de longues distances.

Sources : "Field Work : weighing up the costs and benefits of GM crops", rapport de la Strategy Unit, 07/2003, http://www.strategy.gov.uk ; "GM Nation, the findings of the public debate", 09/2003, http://www.defra.gov.uk ; BBC News, 31/10/03, http://news.bbc.co.uk ; Le supplement education du Guardian, 31/10/2003, http://education.guardian.co.uk ; "The Royal Society Philosophical transactions B", 16/10/03, p1775-913 ; Press Release de la Royal Society, 02/10/03 et 16/10/03, http://www.royalsoc.ac.uk ; The Guardian, 02/10/03, http://www.guardian.co.uk ; BBC news, 12 et 16/10/03, http://news.bbc.co.uk ; Science, 17/10/03, http://www.sciencemag.org, p407-409 ; press release du BBSRC, 09/10/03

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