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Sud-Ouest, Ouest-France, La France Agricole...

mardi 10 mai 2011

Sécheresse : ça chauffe pour l’agriculture et l’élevage

« La France au régime sec » titrent les uns. « Le spectre de l’année 1976 » rappellent les autres, et tous de citer l’inquiétude des agriculteurs, la peur d’un manque de fourrage, les restrictions d’eau qui ont commencé dans 17 départements, sans oublier l’image d’une terre qui se craquelle. Et toujours pas de pluies suffisantes en vue. Qu’en est-il exactement de cet épisode de sécheresse qui, les médias le soulignent, frappe tout particulièrement la moitié nord de la France mais aussi une partie de l’Europe septentrionale, dont la Suisse et l’Allemagne ? Le point avec cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences ainsi que des explications supplémentaires.

Difficile de l’ignorer : depuis le début de l’année, le temps très sec, le fort ensoleillement, les températures élevées favorisant l’évaporation, font peser la menace d’une sécheresse importante, voire « exceptionnelle » selon France Info (16 avril) qui développe : « Dans la plupart des régions, le niveau des précipitations est inférieur d’au moins 50% aux relevés habituellement faits à la même saison (…). En Picardie, en Sologne, en Touraine et en Bretagne, on a même constaté un déficit de précipitations de 75% en avril ». Un déficit qui intervient à un moment crucial car, par le stress hydrique qu’il occasionne pour le développement des végétaux, il affecte directement la production agricole.
Plus grave, ainsi que le relaye la France Agricole, qui s’appuie sur les relevés du BRGM , –la faiblesse des pluies de pluie perdure depuis septembre 2010, d’où l’état critique du niveau actuel des cours d’eau comme des nappes phréatiques et ce pour la France entière, à l’exception du pourtour méditerranée – un comble- et des Pyrénées. Aussi, nombreux sont les préfets qui ont signé, ces derniers jours, des arrêtés de restriction sévère. Car s’il y eut bien quelques orages, les pluies qui les ont accompagnés n’ont guère pénétré les sols déjà secs.

Des rendements qui se tarissent ?

La hantise ? Revivre l’épisode jugé désastreux de 1976. Souvenez-vous : on parlait alors de la « grande sécheresse », un événement qui ne devait pas se reproduire avant 100 ou 200 ans, avait-on jugé à l’époque et qui avait également touché l’agriculture de la moitié nord du pays. Les températures caniculaires, la réquisition de l’armée pour approvisionner en paille les éleveurs, l’impôt sécheresse instauré dès la fin de l’été par le gouvernement Chirac avaient marqué les esprits. Sauf qu’à l’époque, on augurait un refroidissement de la planète.
Sud-Ouest (9 mai) le rappelle : « Trente-cinq ans après, céréaliers et éleveurs prient le ciel de ne pas revivre pareil épisode climatique » Et de citer Bernard Malabirade, président de la FDSEA gersoise : Les blés souffrent énormément. Par rapport à l’année dernière, nous pourrions perdre 30 à 50% de récolte ». Même son de cloche pour Ouest France (9 avril) : « Une sécheresse de forte ampleur part de loin. Celle de 1976 avait lentement tissé sa toile. Le scénario semble se rééditer ». Côté cultures, le quotidien relève des orges deux fois plus courts que d’habitude et une faible repousse de l’herbe, avec des prairies qui ressemblent déjà à ce qu’elles devraient être en plein mois de juin. Conséquence : non seulement des baisses de rendement pour les céréaliers, mais aussi un probable manque de fourrage pour les éleveurs.

Des éleveurs sur la paille

Pénurie de paille et flambée des cours de la tonne… C’est ce que veulent actuellement éviter les syndicats agricoles. Car le dilemme est là : les céréaliers, qui ont besoin d’humus, épandent les pailles broyées sur leur sol, alors même que les éleveurs ont besoin de plus de fourrage. Si la FNSEA cherche du coup à organiser une solidarité entre bassins céréaliers et bassins d’élevage, les uns fournissant leur paille en échange de fumier, la Confédération Paysanne va plus loin et demande l’interdiction du broyage pour privilégier la mise en bottes. D’autres mesures sont évoquées, ainsi que le signale la France Agricole (9 mai) : une contractualisation de l’approvisionnement en paille sur la prochaine récolte, pour éviter notamment la spéculation de la part des marchands de paille. L’autorisation du fauchage des jachères. Ou encore le report d’échéances sur les prêts bancaires, sans oublier la mise en place d’une aide spécifique. Bon nombre d’éleveurs, notamment, qui connaissent déjà une situation critique depuis plusieurs années en termes de revenus, vont devoir augmenter leurs dépenses pour reconstituer les stocks afin de pouvoir nourrir leur bétail cet hiver, sachant que les prix de ces aliments vont vraisemblablement augmenter… D’où, dans les départements comme la Savoie ou l’Alsace, des Comités sécheresse qui se mettent en œuvre pour anticiper la pénurie.

Restent bon nombre d’interrogations que les médias ne formulent pas encore, ou si peu.
Qu’entend-on exactement par ce mot de sécheresse, qui recouvre des notions plus complexes qu’il n’y paraît ? Quelles leçons retirer des principaux épisodes de déficit hydrique depuis 1976 , notamment pour l’agriculture, le choix des espèces cultivées et l’irrigation ? Comment remettre en perspective cet épisode par rapport à un temps long et au fameux changement climatique ?

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