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jeudi 15 novembre 2012

Huile de palme : ces arguments qui font tache

Le 7 novembre dernier, dans le cadre du projet de loi de financement 2013 de la Sécurité sociale, le Sénat, sur proposition de Yves Daudigny, a adopté un amendement visant à surtaxer les huiles de palme et de coprah. Surnommé « amendement Nutella », du nom de la célèbre pâte à tartiner dont l’un des principaux ingrédients n’est autre que l’huile de palme, l’objectif de cette mesure n’est pas tant financier que sanitaire. Ainsi, selon son initiateur, il s’agit surtout « d’inciter les industriels de ne plus utiliser des produits nocifs pour la santé » (Site du Sénat).
Retour sur une huile qui sème la zizanie dans cette revue de presse de la Mission Agrobiosciences.

Au nom de la santé...
Issue du fruit du palmier à huile par pression, l’huile de palme est une huile dite concrète car solide à température ambiante, à l’instar des huiles de palmiste ou de coprah. Une caractéristique qui lui confère ses qualités technologiques, de texture notamment, si prisées par l’industrie agroalimentaire. Ajouter à cela le fait qu’elle soit très bon marché, et vous comprendrez pourquoi on la retrouve dans bon nombre de produits alimentaires.
Selon le journal Le Monde, « La France consomme 126 000 tonnes d’huile de palme à usage alimentaire par an, soit 2kg par habitant et par an ». Si le quotidien ne précise pas si cette quantité est importante, il indique cependant que cette huile est riche en acides gras saturés [1], ces graisses qui, consommées en excès, « contribuent au développement de l’obésité et favorisent les maladies cardio-vasculaires ».
Pour le sénateur Yves Daudigny, ces huiles « sont utilisées de manière excessive par la restauration collective et dans l’industrie agroalimentaire ». C’est donc dans un souci de santé publique, que ce dernier a proposé un amendement au projet de loi de financement 2013 de la Sécurité sociale (PFLSS), qui « institue une contribution additionnelle de 300 euros la tonne à la taxe spéciale prévue sur les huiles de palme, de palmiste et de coprah destinées à l’alimentation humaine. ». En clair : une augmentation de 300% de la taxe sur l’huile de palme qui, toujours selon le Monde, devrait rapporter près de 40 millions.

… Et de l’environnement
Ce n’est pas tout. On le sait, l’huile de palme est aussi vivement critiquée pour son impact environnemental car, comme le rappellent souvent les associations de protection de l’environnement, « six terrains de football de forêt disparaissent chaque minute en Indonésie », l’un des principaux producteurs d’huile de palme avec la Malaisie. A eux deux, ces seuls pays totalisent 90% de la production mondiale.
Avec cette conséquence : en Indonésie, 85% de la forêt de Sumatra a d’ores et déjà été déboisée au profit du « commerce du bois et de la conversion en plantations à palmiers à huile » détaille Anne-Fleur Delaistre pour le journal La Croix.
Et le phénomène n’est pas prêt de ralentir. Actuellement, les plantations de palmier à huile couvrent 8,3 millions d’hectares en Indonésie. « Le gouvernement indonésien espère voir cette part de terre attribuée à l’huile de palme augmenter jusqu’à 25 millions d’hectares en 2025, malgré la destruction de l’habitat d’animaux sauvages comme le tigre de Sumatra et l’Orang-Outan ».

Palme d’or
Pour les pays producteurs, l’huile de palme présente des enjeux financiers considérables, en Indonésie par exemple où elle pèse pour 6 à 7% du PIB. Sans compter que son commerce est appelé à fortement se développer. Actuellement, l’Europe reste la deuxième zone importatrice de cette huile végétale. D’autres marchés se font jour en Inde, en Chine ou en Russie... « Des pays bien moins regardants que l’Europe sur l’éthique des producteurs »pointe La Croix.
On comprend mieux pourquoi le gouvernement indonésien, et d’autres, misent sur le précieux palmier. Tout comme les producteurs. Interrogé par le quotidien, Dianto Bachriadi, fondateur de l’ONG KPA (Consortium pour la réforme agraire), explique que « 40% de l’huile de palme provient de petits agriculteurs qui n’ont pas d’alternative à cause de la pression internationale très forte sur les autres produits agricoles. Aujourd’hui, la culture du riz n’est plus rentable pour les paysans ». « 5 millions de familles vivent et ont vu leur niveau de vie s’élever grâce à cette culture. »

Colère et démentis
Même son de cloche en Malaisie ou en Côte d’Ivoire, où de nombreux producteurs dépendent du précieux liquide. Dans ce contexte, l’annonce de l’amendement Nutella a suscité la colère et l’indignation des associations de producteurs. Tous démentent les arguments avancés.
Sur le versant diététique, pour le Conseil malaisien de l’huile de palme, la quantité de graisses saturées apportée par cette huile est minime au regard de celle contenue dans la viande - « 101 kilos de viande consommés par personne par an, qui contiennent 15 kilos de graisses saturées » - et les fromages - « 30% de matières grasses contenues dans les 24 kilos de fromage par an et par tête » dont se délectent les Français (Europe 1).
Quant à l’argument environnemental, il est retoqué par l’Association Interprofessionnelle de la filière Palmier à Huile de Côte d’Ivoire (AIPH) qui rappelle, « qu’il faut 10 fois moins de terres cultivées pour produire de l’huile de palme que pour produire de l’huile de soja et 7 à 8 fois moins que pour produire de l’huile de tournesol ou de colza ».

Une situation bien plus complexe
Dénoncée pour ses méfaits ici, louée ailleurs pour les débouchés économiques qu’elle offre, on le voit, l’huile de palme suscite des prises de position contradictoires. Pourtant, les questions diététiques, environnementales ou encore économiques de sa culture sont probablement bien plus complexes encore que tout ce qu’on peut lire ou entendre depuis quelques jours.
Sur le versant nutritionnel par exemple, dans une intervention donnée en juillet dernier au CIRAD lors de la journée « Palmier à huile », le docteur Jean-Michel Lecerf a dressé un portrait bien plus nuancé des caractéristiques diététiques de cette huile, rappelant notamment qu’elle contribue dans une faible mesure à l’apport en graisses saturées. Ou encore qu’elle évite le recours aux matières grasses végétales partiellement hydrogénées, qu’aucun nutritionniste ne souhaite voir revenir à la table des mangeurs. Certes, dit-il, « l’huile de palme n’est pas une huile idéale. Mais, tous les nutritionnistes le diront : il n’y a pas d’huile idéale ». Dans ce tableau, il identifie cependant un risque possible : cette graisse étant bon marché, il est possible que les populations les plus défavorisées « achètent, pour des raisons économiques, des produits qui en contiennent beaucoup. »

Vraiment, cette mesure sera-t-elle efficace pour protéger les populations les plus exposées ? Rien ne l’assure. A l’heure où le Danemark, lui, abandonne sa taxe sur les graisses saturées, il est permis d’en douter...

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 15 novembre 2012.

SOURCES.


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